Horizon 2030 : la Nouvelle-Aquitaine face au défi de ses fractures territoriales

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A l'instar de l'agglomération de Marmande Val-de-Garonne, la Nouvelle-Aquitaine est une région très largement rurale et agricole confrontée à une transition climatique, démographique et numérique.
A l'instar de l'agglomération de Marmande Val-de-Garonne, la Nouvelle-Aquitaine est une région très largement rurale et agricole confrontée à une transition climatique, démographique et numérique. (Crédits : Ville de Marmande)
Transitions agricole, démographique et numérique : ce sont les principaux défis que devra relever, d'ici à 2030, la région Nouvelle-Aquitaine. Son économie diversifiée se porte bien, tirée par le littoral et le dynamisme de la métropole bordelaise, mais elle devra surmonter l'écueil des inégalités territoriales.

Près de trois ans après la fusion de l'Aquitaine, du Limousin et du Poitou-Charentes, la Nouvelle-Aquitaine, plus peuplée que le Danemark et aussi grande que l'Autriche, est tournée vers l'avenir. Les schémas régionaux d'aménagement du territoire et de développement économique, l'un adopté, l'autre en cours d'élaboration, esquissent les trajectoires à suivre et peuvent s'appuyer sur un dynamisme incontestable même s'il bénéficie d'abord à l'ex-Aquitaine. La nouvelle grande région a accueilli l'an dernier 54 000 créations d'entreprises (+ 8 % sur un an) et 305 projets d'investissements extérieurs (+ 29 %). L'industrie, les services et la construction sont en croissance, tout comme l'agroalimentaire.

20 % de surface bio en 2027 ?

« La création de la Nouvelle-Aquitaine a redistribué les cartes avec une région très grande, diverse et éparse dans laquelle la ruralité et l'agriculture ont pris un poids plus important », souligne Claude Lacour, professeur émerite en sciences économiques à l'université de Bordeaux et spécialiste des dynamiques régionales. La Nouvelle-Aquitaine est en effet la première région métropolitaine en surfaces boisées et en nombre d'emplois dans les domaines agricole, agroalimentaire et viticole.

Tout l'enjeu pour ce secteur stratégique sera de suivre le rythme des évolutions climatiques et sociétales, notamment la sortie des pesticides dans une région encore trop peu portée sur le sujet, à l'instar du vignoble bordelais. « On sera sorti des pesticides avant 2030 ! », promet pourtant Alain Rousset, le président du conseil régional, qui dessine « une agriculture résiliente et innovante tant pour l'alimentation humaine et animale que pour notre autonomie alimentaire ». La Région participe à un appel à projet national autour de la viticulture durable et de la sortie des pesticides. Plus largement, à l'échelle régionale, 5,4 % de la surface agricole utile est cultivée en bio avec l'objectif d'atteindre 20 % en 2027.

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Ces surfaces agricoles et naturelles devront cependant résister à la pression démographique des 35 000 nouveaux habitants qui arrivent chaque année et des touristes toujours plus nombreux : 28 millions en 2017 et un objectif de 32 millions en 2020. « Le grand défi dans la région, et tout particulièrement dans la métropole bordelaise, ce sera la pénurie de foncier qui nous promet de grandes difficultés potentielles, que ce soit pour le logement ou les activités économiques », met ainsi en garde Claude Lacour.

Le cerveau, l'océan, l'espace

Sur le plan économique, Alain Rousset a un penchant assumé pour l'innovation et l'industrie qu'il résume par le triptyque « océan, cerveau, espace » : « L'océan, c'est un potentiel immense en matière de protéines, de santé et d'énergies. L'espace est un domaine où nous sommes reconnus, avec le pôle aéronautique de Bordeaux-Mérignac en pointe sur la maintenance, la formation et les drones. Enfin, le cerveau recouvre nos savoir-faire en matière de santé, neurologie, laser, réalité virtuelle, jeux vidéo, robotique », détaille le président de région, qui a fait de « l'usine du futur et des interactions entre l'homme et la machine » l'un de ses marqueurs politiques.

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Pour Claude Lacour, le point commun de ces filières prioritaires est « la volonté de se positionner sur la dimension "qualité-prestige", héritée de la viticulture bordelaise. C'est vrai dans le vin, mais aussi dans l'agriculture, la filière cuir, la maintenance aéronautique, le soutien aux startups et le tourisme qui se veut de plus en plus haut de gamme et ciblé ».

La LGV Bordeaux-Toulouse ?

Encore faudra-t-il arrimer tous les territoires au développement économique. « Il y a un éclatement territorial plus marqué avec une concentration de forces favorables à Bordeaux ; des territoires comme le Pays basque, Poitiers et Angoulême qui s'en sortent bien et un sentiment de relégation aggravé pour les autres », diagnostique Claude Lacour.

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Pour Alain Rousset, la solidarité passera avant tout par un maillage ferroviaire autour de la réalisation avant 2030 des lignes à grande vitesse (LGV) au sud de Bordeaux vers Toulouse et vers l'Espagne. Mais si le premier projet vient d'être confirmé, sans calendrier précis, le second ne figure plus sur les tablettes du gouvernement. L'antidote à l'absence de LGV sera peut-être la couverture numérique, prévue à l'horizon 2025, d'un territoire très largement rural et à la population plus âgée que la moyenne nationale. La Région, pionnière en matière de tiers-lieux, s'est fixé l'objectif d'atteindre 300 structures en 2020 afin que chaque habitant puisse y accéder en vingt minutes en voiture.

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La Nouvelle Aquitaine en chiffres

  • Population totale : 5,9 millions d'habitants
  • PIB par habitant : 27.657 € (2015)
  • Taux de chômage : 8,4 % (4e trim. 2017)

(Source : Insee)

>> Lire également le dossier "Vos régions en 2030" de La Tribune

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