Drones : vers des tests de transports aériens en zone urbaine à Bordeaux ?

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De gauche à droite : Gervais Gaudière, directeur régional de l'aviation civile, Vassilis Agouridas, chef de projet EIP-SCC, Alain Juppé, président de Bordeaux Métropole, Alain Rousset, président de la Région Nouvelle-Aquitaine, et Philippe Merlo, directeur de l'aviation civile européenne chez Eurocontrol.
De gauche à droite : Gervais Gaudière, directeur régional de l'aviation civile, Vassilis Agouridas, chef de projet EIP-SCC, Alain Juppé, président de Bordeaux Métropole, Alain Rousset, président de la Région Nouvelle-Aquitaine, et Philippe Merlo, directeur de l'aviation civile européenne chez Eurocontrol. (Crédits : PC / La Tribune)
La Région Nouvelle-Aquitaine et Bordeaux Métropole ont signé une lettre d'intention pour expérimenter la mobilité urbaine aérienne, c'est-à-dire le transport par drones de marchandises et de personnes en ville. Les aspects règlementaires et d'acceptabilité sociale seront au cœur de cette démarche.

Accepteriez-vous de recevoir vos colis livrés par des drones ou d'être vous-même transporté par un drone d'un bout à l'autre de l'agglomération bordelaise ? Et si vous refusez ces deux hypothèses, seriez-vous d'accord pour être survolés quotidiennement par des dizaines voire des centaines de drones ? C'est pour répondre à ces questions cruciales d'acceptabilité sociale des drones en zone urbaine qu'une lettre d'intention a été signée, ce jeudi 20 septembre à Cap Sciences, dans le cadre de l'initiative européenne "Mobilité urbaine aérienne" (UAM).

Par cette lettre d'intention, la Région Nouvelle-Aquitaine et Bordeaux Métropole se portent volontaires pour travailler sur la faisabilité de cette mobilité urbaine aérienne avec la Drac (direction régionale de l'aviation civile), Eurocontrol, l'organisme qui coordonne le trafic aérien au sein de l'Union européenne, et le programme européen EIP-SCC (partenariat européen d'innovation pour les villes et les territoires intelligents). Cela permettra de mobiliser tous les partenaires publics et privés de la filière drones : d'Airbus à Thales en passant par l'entreprise Dronisos, les clusters dédiés Aetos et Topos, le pôle de compétitivité du Sud-Ouest Aerospace Valley ou encore Bordeaux Technowest et Drone City.

Rentrer rapidement dans le concret

S'il ne s'agit pour l'heure que d'un tout premier pas sans équipe dédiée, ni budget ni calendrier, l'objectif est bel et bien d'entrer dans le concret aussitôt que possible, notamment en menant des études sur la faisabilité réglementaire. "La mobilité aérienne est un objet industriel qui relève à la fois de la réalité et de la prospective", se réjouit Alain Rousset, le président du conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, qui souhaite s'appuyer sur les initiatives qui fonctionnent déjà sur le terrain dans la région comme les ballets de drones opérés par Dronisos et le projet de livraison de colis par drone développé par Cdiscount avec Air Marine et La Poste. Et, à terme, l'objectif est bel et bien d'envisager le transport de personnes, qu'il s'agisse de touristes entre le paquebot et les vignobles, de patients entre deux centres hospitaliers ou, tout simplement, de Bordelais lambda.

"La mobilité est un problème quotidien dans la métropole et il faut donc y réfléchir tous azimuts que ce soit le vélo et le tramway, les trottinettes, les bus à haut niveau de service, les téléphériques mais aussi le transport aérien", abonde Alain Juppé, le maire de Bordeaux et président de Bordeaux Métropole, qui confirme "le soutien politique et institutionnel" des deux collectivités à cette initiative menée par la Région au regard notamment de sa compétence de développement économique.

Lire aussi : Téléphériques, bateaux, métros : comment relier les deux rives de Bordeaux Métropole en 2050 ?

Les drones cacheront-ils le soleil ?

Pour les différents signataires, l'essor des drones en zone urbaine est désormais moins un enjeu technique que social :

"Techniquement, dans quelques années, on pourrait raisonnablement avoir un million de drones en vol au-dessus de Bordeaux qui cacheraient alors jusqu'à la lumière du soleil ! Ce sera possible mais est-ce que ce sera souhaitable et acceptable ? C'est à ce type de questions que nous devrons répondre", explicite Vassilis Agouridas, cadre d'Airbus détaché comme chef de projet de l'initiative EIP-SCC.

Et l'ingénieur de préciser sa pensée : "En réalité, nous allons mener d'abord des travaux sur les villes et sur leurs habitants plutôt que sur la technologie et les drones. Il faudra raisonner à partir des besoins des gens et des services potentiels qu'on pourra leur proposer."

Intense concurrence internationale

En plus de l'acceptabilité sociale, les travaux menés dans l'agglomération bordelaise viseront aussi à explorer le champ réglementaire, notamment pour définir des standards au niveau européen, comme l'explique Philippe Merlo, le directeur de l'aviation civile européenne chez Eurocontrol :

"On est sur une problématique analogue à celle des véhicules autonomes, les drones fonctionnent mais il manque encore l'infrastructure et, notamment, l'infrastructure réglementaire pour les insérer dans le trafic aérien classique, pour arbitrer les conflits possibles en zone urbaine et pour régler la question des responsabilités lorsqu'un drone sort de la ligne de vision de son opérateur, ce qui est interdit aujourd'hui."

Concrètement, les vols de drones devraient ainsi être limités à certains corridors tels qu'au-dessus de la Garonne, des voies ferrées ou des autoroutes. Une manière de limiter les accidents potentiels en cas de chute et de favoriser l'acceptabilité de ces nouveaux engins.

Les signataires ont prévu de se rencontrer à nouveau en 2019 pour avancer. Et le temps presse face à la concurrence internationale, selon Philippe Merlo, d'Eurocontrol, qui rappelle "qu'aux Etats-Unis la FAA, l'agence fédérale d'administration de l'aviation civile, a mis sur pied une équipe de 60 personnes pour travailler à plein temps sur ces sujets".

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Commentaires
a écrit le 21/09/2018 à 16:17 :
Il faut effectivement préparer l'avenir !
L'acceptabilité sociale est un point clé, notamment vis-à-vis de la sécurité des biens et des personnes, mais surtout - et personne à ma connaissance n'en parle - par rapport à la nuisance sonore. Un seul drone survolant le Jardin Public s'entend sur des centaines de mètres à la ronde, alors un essaim de drones voire des myriades, je ne crois pas que cela soit acceptable tant que leur production de décibels ne sera pas drastiquement réduite.
Par ailleurs, il faut à mon sens pousser les feux sur la multi-modalité : pourquoi pas effectivement des départs de drones depuis des entrepôts centralisés en périphérie, eux-mêmes livrés par camions / trains, suivant des "trouées" aériennes sécurisées (le terre-plein central d'une autoroute par exemple), déposant la marchandise dans une "aire-relais" afin que le dernier kilomètre soit effectué par un transport doux (vélo, véhicule électrique) ? Le trafic camion pourrait peut-être ainsi ne plus avoir à entrer dans les agglomérations sauf exception.
En tous cas l'acceptabilité est le vrai bon bout par lequel prendre le sujet.
Réponse de le 22/09/2018 à 7:34 :
Le bruit des drones est une vraie préoccupation prise en compte, notamment pour la ville.
L’Onera travaille sur le sujet :
https://cdrone.fr/index.php/2018/06/26/le-bruit-des-drones/

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