Un an après la LGV, l'ex-Poitou-Charentes entre retombées économiques et sentiment de relégation

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La gare de La Rochelle connaît une fréquentation en hausse de 16 % en un an
La gare de La Rochelle connaît une fréquentation en hausse de 16 % en un an (Crédits : Mikaël Lozano)
La mise en service de la ligne à grande vitesse a rebattu les cartes de l'attractivité économique dans l'ancienne région Poitou-Charentes. Poitiers et Angoulême bénéficient à plein de leur proximité nouvelle avec Paris et Bordeaux et La Rochelle tire aussi son épingle du jeu. En revanche, le tableau est plus sombre pour les agglomérations de Ruffec et Châtellerault.

C'est une très belle prise ! Le fabricant francilien de batteries au lithium, Forsee Power, a décidé en mars dernier de s'implanter à Chasseneuil-du-Poitou, au sein du Grand Poitiers, pour y créer 300 emplois dont une centaine dès 2018. « Le critère de la proximité avec Paris a beaucoup compté. Quant au bassin d'emploi, il est ici intéressant », explique l'entreprise.

Nuitées touristiques en hausse de 28 %

« Poitiers fait désormais partie de la vingtaine d'agglomérations situées à moins d'1h20 de Paris, c'est un atout considérable en termes d'attractivité, en particulier vis-à-vis des donneurs d'ordre franciliens », se réjouit Alain Claeys, le président de cette communauté d'agglomération de 200.000 habitants et 90.000 emplois qui est désormais à 1h05 de Bordeaux et 1h18 de Paris. En matière touristique, les premiers chiffres disponibles témoignent du dynamisme local : le nombre de nuitées est en hausse de 28 % dans le Grand Poitiers au premier trimestre 2018.

L'autre gagnant de cette nouvelle infrastructure, c'est l'aire urbaine d'Angoulême et ses 180.000 habitants : « La LGV nous repositionne au centre de la Nouvelle-Aquitaine. La perception du territoire a changé chez les entreprises et les investisseurs », estime Jean-François Dauré, le président du Grand Angoulême. Signe de cette nouvelle dynamique, le groupe Intermarché a choisi de regrouper les 300 emplois de ses deux bases logistiques régionales dans le Grand Angoulême, au détriment de Niort... qui n'est pas desservie par la LGV.

Renforcer les liens Bordeaux-Angoulême

La fréquentation des musées d'Angoulême a bondi de 10 % ces derniers mois tandis qu'après des années d'atonie, le marché immobilier angoumoisin se réveille même s'il reste trois à quatre fois moins cher qu'à Bordeaux. Selon l'intercommunalité, les permis de construire y sont en hausse de 20 % sur le début d'année 2018. « On est au-delà du frémissement. Il y une belle évolution des prix, avec de plus en plus de transactions autour de 350.000 à 400.000 €, liée à l'arrivée d'une nouvelle clientèle parisienne de cadres intermédiaires et supérieurs », confirme Jean-Philippe Pousset, conseiller municipal d'Angoulême en charge de la prospective urbaine et des entreprises.

A l'instar du vaste chantier Bordeaux Euratlantique, Angoulême a initié une reconfiguration globale du quartier de la gare et une convention a même été signée avec Bordeaux, en février dernier, pour lancer un projet immobilier commun autour des deux gares. L'amplification des liens avec la capitale de région est en effet une stratégie assumée à Angoulême, notamment « pour attirer des entreprises en croissance qui ont du mal à trouver des locaux abordables dans la métropole bordelaise », indique Jean-François Dauré. Problème : les dessertes ne sont pas optimales notamment pour venir à Bordeaux tôt le matin. « Le premier train rapide n'arrive à Bordeaux qu'à 9h37 avec 1h05 de trajet. La première liaison en 35 min n'arrive qu'à 10h52. C'est clairement trop tard pour un aller-retour à la journée », déplore Jean-Philippe Pousset.

La Rochelle fait coup double

Les horaires sont également pointés du doigt à La Rochelle dont la gare connaît pourtant une fréquentation en hausse de 16 %. « On ne peut pas arriver à Paris avant 9h20, ce qui est tard. Dans l'autre sens c'est 10h20 au plus tôt ! Le nombre de TGV à Poitiers est très supérieur et on demande donc un rééquilibrage avec La Rochelle et son bassin de mobilités de 500.000 habitants. Mais la SNCF reste inflexible », regrette Jean-François Fountaine, maire de La Rochelle et président de l'agglomération. Néanmoins, la mise en service de la LGV participe doublement au dynamisme du bassin d'emplois en boostant le tourisme et en alimentant les carnets de commande du site d'Alstom-Siemens d'Aytré, près de La Rochelle, où les 1.200 salariés construisent notamment les nouvelles rames Océane à deux étages.

Pour autant, la nouvelle infrastructure ne fait pas que des heureux. Du côté du Grand Châtellerault, et de ses 100.000 habitants et 32.000 emplois, l'ambiance est plus morose puisque le territoire a perdu une desserte quotidienne vers Paris et toutes ses dessertes vers Bordeaux. « L'aller-retour à Bordeaux dans la journée en train est impossible alors même qu'elle est devenue notre capitale régionale. Pour y aller, les gens ne se posent plus la question et prennent la voiture ! », témoigne ainsi Thierry Fèvre. Le directeur général adjoint en charge du développement local et de l'aménagement du Grand Châtellerault craint surtout de voir la LGV entraver la bonne dynamique économique locale :

« Franchement, ça n'aide pas les entreprises à recruter alors qu'elles ont déjà du mal à trouver de la main d'œuvre qualifiée dans un contexte d'économie florissante tirée par les équipementiers automobiles et aéronautiques. »

« Tous les leviers de développement économique sont cassés »

La situation est pire pour le bassin de vie de Ruffec qui compte 100 .000 habitants pour 35.000 emplois mais est situé sur l'ancienne voie ferrée et n'est donc plus desservi. « En réalité, tous les leviers de développement économique sont désormais cassés et la facture totale n'est pas encore tombée, elle se paiera année après année », lâche, désabusé, le maire de la ville, Bernard Charbonneau, qui regrette les touristes parisiens qui venaient pour le weekend. Les trajets vers Poitiers et Paris se font désormais en voiture, des lotissements restent vides et une centaine de maisons sont à vendre. Et le maire se montre parfaitement lucide sur l'avenir :

« La fin du TGV a un effet repoussoir pour les médecins avec un risque accru de désert médical. Tout cela entraîne chez les habitants un très fort sentiment de relégation et d'abandon vis-à-vis de l'Etat. On a payé pour voir passer les trains et devenir un territoire de seconde zone. »

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Commentaires
a écrit le 10/07/2018 à 8:17 :
Le TGV, c'est top... quand on vit a Paris.
Le TGV ne fait qu'amplifier l’hyper-centralisation Française. Maintenant toutes les villes citées dans ce papier ne sont plus que des banlieues dépendantes de Paris.
Les autres villes qui n'y sont par raccordées peuvent crever la gueule ouverte.
A quand un vrai plan décentralisation, avec des lignes qui ne passent pas par Paris ?
a écrit le 09/07/2018 à 17:21 :
Cet état de fait n'a rien d'étonnant quand on connaît la question des trains régionaux.
Il est cependant utile de rappeler qu'au moment du montage financier du projet de LGV la région Poitou Charente, dirigée alors par une socialiste dispendieuse et à grand effets de communication, avait particulièrement rechigné à donner son obole et il serait intéressant de connaître à combien s'est élevée sa participation finale : ses habitants n'ont que le retour de cette politique de gribouille.
Cela n'empêche pas de se pencher sur une amélioration des dessertes et correspondances au sein de la grande Aquitaine d'Alienor.

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