Forum Santé Innovation : comment les pépites bordelaises façonnent la santé de demain

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De gauche à droite : Mikaël Lozano (La Tribune), Clément Goehrs (Synapse), Jérôme Leleu (Interaction Healthcare), Pier-Vincenzo Piazza (Aelis Farma), Jean-Marc Pinguet (Laboratoire Roche) et Denise Silber (Basil Strategies)
De gauche à droite : Mikaël Lozano (La Tribune), Clément Goehrs (Synapse), Jérôme Leleu (Interaction Healthcare), Pier-Vincenzo Piazza (Aelis Farma), Jean-Marc Pinguet (Laboratoire Roche) et Denise Silber (Basil Strategies) (Crédits : Agence Appa)
Les dirigeants de Synapse Medicine, d'Interaction Healthcare, d'Aelis Farma et du Laboratoire Roche étaient réunis, ce 20 juin, lors du Forum Santé Innovation organisé par La Tribune, pour échanger sur l'avenir de la santé. Réalité virtuelle, e-santé, assistants personnels, biotechnologie, analyse génomique : ils ont esquissé leurs projets et les enjeux auxquels sont confrontés les nombreuses entreprises du secteur en Nouvelle-Aquitaine et en France. C'est Denise Silber qui a introduit les débats.

"J'ai fait le choix de créer Synapse Medicine en France plutôt qu'aux Etats-Unis parce que je ne voulais pas laisser aux patients français un choix binaire entre Google/Facebook et l'AP-HP", lance Clément Goehrs, le CEO de cette startup crée en 2016, lors d'une table ronde organisée par La Tribune dans le cadre de la 2e édition du Forum Santé Innovation, mercredi 20 juin à l'Institut culturel Bernard Magrez, qui a attiré près de 300 personnes.

L'IA a un avenir dans la santé

Mais le dirigeant de Synapse, qui bâtit un assistant virtuel pour les professionnels de santé, est également médecin et porte un regard sans concession sur la situation française : "Le système de santé est à bout de souffle. Les professionnels n'ont pas la bonne information au bon moment, cela peut mener à des erreurs. Depuis une trentaine d'années la technologie a essayé d'entrer à l'hôpital mais ça n'a pas beaucoup fonctionné. Heureusement, ça évolue positivement."

Synapse

Clément Goehrs, de Synapse Medicine (Crédits : Agence APPA)

L'assistant virtuel mis au point par Synapse Médecine visait initialement à fournir aux professionnels de santé des informations précises et à jour sur les interactions médicamenteuses. Mais l'ambition de la plateforme va désormais au-delà de ce simple aspect.

"L'intelligence artificielle a un créneau aujourd'hui dans le monde de la santé parce qu'elle est capable de comprendre les textes. Or, la médecine est, avant tout, un univers de textes, souvent longs et complexes. Notre assistant est capable de sourcer sa réponse, de croiser les pratiques européennes et américaines par exemple, et enfin, et c'est essentiel aux yeux des médecins, il est en mesure d'expliquer et de contextualiser sa réponse", détaille Clément Goehrs.

"Aucun radiologue ne sera mis au chômage"

De telles évolutions peuvent cependant soulever des inquiétudes légitimes chez les radiologues, dermatologues et autres cardiologues qui craignent de se voir remplacer à moyen terme par des machines, des algorithmes, voire de simples applications pour smartphones. Pour le dirigeant de Synapse, il ne faut pas s'inquiéter outre-mesure :

"Nous comptons deux médecins chez Synapse. Nous sommes partis des besoins des médecins par rapport à la recherche de diagnostics qui leur prend beaucoup de temps. L'inquiétude est légitime mais les radiologues, qui sont des gens intelligents, comprennent que s'ils se saisissent de l'IA, ce sera une opportunité pour leur métier. Aucun radiologue ne sera mis au chômage mais il y aura une évolution de leur métier avec une répartition des tâches différentes."

Convaincre des bienfaits de l'e-santé

Un travail de pédagogie également considéré comme essentiel par Jérôme Leleu, le président d'Interaction Healthcare, en charge du développement stratégique de SimForHealth, qui proposent des outils de formation numérique des professionnels de santé via la réalité virtuelle (VR). "Il y a une appréhension naturelle des personnels de santé vis-à-vis de la VR parce ce qu'il n'est pas évident de comprendre et de conceptualiser ce que cette technologie peut apporter en termes de formation", reconnaît le dirigeant dont l'entreprise a déjà formé plus de 40.000 professionnels dans le monde.

Jérôme Leleu

Jérôme Leleu, le président d'Interaction Healthcare et de French Tech Bordeaux (Crédits : Agence APPA).

"Nos outils permettent de mener des formations à distance avec un apprenant et un coach et nous travaillons actuellement, dans le cadre d'une thèse universitaire, sur la prise en compte de l'empathie du patient virtuel", met en avant Jérôme Leleu. L'enjeu est désormais de réussir, via une mobilisation des acteurs privés et publics, à intégrer ces nouveaux outils de formation dans les circuits traditionnels.

La e-santé n'a pas le monopole de l'innovation

Numérique, intelligence artificielle, VR : si l'e-santé a la cote, elle ne détient pas pour autant le monopole de l'innovation. Et Pier-Vincenzo Piazza, le président du laboratoire Aelis Farma, tient à le rappeler haut et fort :

"Il y a une tendance aujourd'hui à faire passer l'e-santé comme la seule innovation dans la santé. Cela devient légèrement intolérable ! Ces outils d'amélioration des méthodes existantes sont très intéressants mais ce n'est pas eux qui permettront de guérir demain la maladie d'Alzheimer, ni de développer de nouveaux médicaments !"

Aelis Farma

Pier-Vincenzo Piazza, président d'Aelis Farma (Crédits : Agence APPA).

De son côté, Aelis Farma mène des travaux de recherche appliquée en bio-technologie pour développer des traitements pour les maladies liées à la consommation de cannabis et pour les déficits cognitifs tels que la trisomie 21. "Notre objectif est de concevoir de nouveaux médicaments dotés de la capacité de soigner une pathologie dans dégrader le fonctionnement normal de l'organisme. Nous avons trouvé un mécanisme dans le cerveau qui intervient seulement sur l'activité pathologique.Pour cela il faut inverser la logique de recherche classique en se concentrant d'abord sur les critères d'absorption et de non-toxicité plutôt que sur l'efficacité du traitement en lui-même", poursuit Pier-Vincenzo Piazza. Une méthodologie qui a permis à Aelis Farma d'aller très vite et de lever près de 10 M€ depuis ses débuts. Des premiers test seront menés en octobre aux Etats-Unis. Les premiers médicaments pourraient arriver sur le marché vers 2023.

Vers un médicament personnalisé ?

Autre exemple d'innovation qui pourrait connaître une application à court terme : les travaux menés par le Laboratoire Roche sur les médicaments personnalisés. "On ne se contente plus de développer des médicaments mais nous adoptons une approche globale des solutions thérapeutiques", explique ainsi Jean-Marc Pinguet, directeur de l'accès national et des prix chez Roche. En clair, la prochaine étape du traitement médical passera par "une thérapie personnalisée en fonction des données génomiques de chaque patient."

Roche

Jean-Marc Pinguet, directeur de l'accès national et des prix chez Roche (Crédits : Agence APPA).

Roche, qui se présente comme le 1er investisseur mondial en R&D dans le secteur de la santé, y travaille depuis quatre ans et a mené des acquisitions récentes pour se renforcer encore dans ce domaine. Le laboratoire a racheté en février dernier Flatiron Health, une gigantesque base de données sur le cancer, ainsi que, il y a quelques jours,  Foundation Medicine Inc (FMI), une entreprise américaine spécialisée dans l'analyse génomique. Roche doit encore convaincre les autorités, notamment françaises, d'aller au bout de la démarche en autorisant un test, même à échelle réduite, mais le laboratoire a déjà pensé à l'étape d'après :

"Les médicaments hyper-personnalisés permettront de moduler le prix du traitement en fonction du bénéfice constaté pour le patient en termes de réponse, de durée, d'effets secondaires, etc.", esquisse Jean-Marc Pinguet. Un traitement plus efficace sera donc potentiellement plus cher et inversement.

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Denise Silber veut un mouvement citoyen pour la santé connectée !

Invitée à ouvrir ce forum par une keynote dédiéela spécialiste du numérique et de la santé et fondatrice de Basil Strategies et des congrès Doctors 2.0 & You, Denise Silber a insisté sur l'importance d'envisager la e-santé comme un système global. "Vieillesse, maladies cardiaques, obésité, déserts médicaux, erreurs médicales, envolée des coûts : les problématiques de santé ne sont pas françaises mais mondiales !", souligne-t-elle. "Il y a des millions d'innovations en matière de santé et d'e-santé mais les professions médicales sont trop souvent restées dans leur chemin et les structures dans leur mode de fonctionnement", poursuit Denise Silber.

Pour arriver à faire bouger les lignes, elle préconise de "penser, dès le départ, l'innovation  santé dans une logique de diffusion à grande échelle, internationale voire mondiale". Enfin, pour être efficace et déployable, un outil d'e-santé doit s'intégrer dans un "système entièrement connecté à tous les niveaux". Et Denise Silber de mettre en avant le système de santé digitalisé mis en œuvre en un temps record en Estonie, appuyé sur le système X-Road. Pour déployer de tels systèmes, elle insiste sur l'importance d'une mobilisation citoyenne : "L'avenir des entreprises d'e-santé à Bordeaux et ailleurs dépend de la capacité et de la volonté des citoyens à pousser vers un système de santé dont le cœur doit être digital et connecté".

Denise Silber

Denise Silber, fondatrice de Basil Strategies des congrès Doctors 2.0 & You (Crédits : Agence APPA).

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