E-santé : la télémédecine de Satelia au chevet de la chirurgie ambulatoire

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Le service de télémédecine, mis au point par Satelia et le CHU de Bordeaux, vise à faciliter la communication entre les patients et le personnel infirmier avant et après l'opération en chirurgie ambulatoire.
Le service de télémédecine, mis au point par Satelia et le CHU de Bordeaux, vise à faciliter la communication entre les patients et le personnel infirmier avant et après l'opération en chirurgie ambulatoire. (Crédits : Satelia)
Développée en étroite collaboration avec le CHU de Bordeaux, la solution de télémédecine de Satelia vise à accompagner l'essor de la chirurgie ambulatoire en simplifiant les tâches des infirmières avant et après l'opération. La startup espère vendre son outil à un dizaine d'établissements en 2018 et table sur 200.000 € de chiffre d'affaires l'an prochain. Quatre recrutements et une levée de fonds sont déjà dans les tiroirs.

"La réalité du monde hospitalier est difficile et tendue, surtout en chirurgie ambulatoire qui est marquée par un manque de temps et une communication souvent difficile avec les patients en post-opératoire." Nicolas Pages, 27 ans et interne en anesthésie-réanimation au CHU de Bordeaux, pose un regard lucide sur le quotidien des personnels hospitaliers. En novembre 2017, il a créé l'entreprise Satelia avec Paul Tiba, 28 ans, directeur d'une compagnie aérienne de rapatriements sanitaires.

Déjà 300 patients suivis

Soutenue par la Région Nouvelle-Aquitaine, via une aide au prototype numérique de 52.000 €, et hébergée dans des locaux d'Unitec à Pessac, Satelia a validé sa preuve de concept avec le CHU de Bordeaux qui a reçu pour cela une aide de 40.000 € de l'Agence régionale de santé. 300 interventions chirurgicales au centre François-Xavier Michelet du CHU ont déjà été suivies et environ 150 s'y ajoutent désormais chaque semaine. En pratique, le patient reçoit un SMS la veille de son intervention avec un lien vers des informations pratiques et les recommandations d'usage. Un second SMS est envoyé à J+1 pour assurer le suivi post-opératoire :

"Le patient doit alors répondre à dix questions, validées scientifiquement par les équipes du CHU de Bordeaux, pour mesurer sa perception de la douleur et son ressenti physique et psychologique. L'accent est mis sur l'ergonomie et le tout ne prend en général pas plus de 5 minutes. En fonction des réponses, un voyant vert, orange ou rouge s'affiche sur l'interface de l'infirmière. Celle-ci gagne beaucoup de temps puisqu'elle ne doit rappeler que les patients signalés en orange et en rouge soit en moyenne seulement 10 à 15 % des patients", détaille Nicolas Pages.

Satelia

Les patients signalés en "rouge" doivent être rappelés rapidement et remontent donc en haut de liste (Crédits : Satelia).

Concrètement, cela se traduit par une dizaine d'appels quotidiens pour les infirmières contre une soixantaine sans l'utilisation de Satelia. "Les retours des infirmières sont généralement très positifs car elles peuvent se concentrer sur les appels qui comptent vraiment en s'adressant aux patients qui en ont besoin. Satelia les décharge des autres appels et des tâches à faible valeur ajoutée", promet le confondateur. Et en ce qui concerne les 15 % de patients qui, pour une raison ou pour une autre, ne sont pas à l'aise avec le smartphone et les outils numériques, l'infirmière les appelle systématiquement pour remplir le questionnaire "à leur place".

Vers de l'analyse de risques

Du côté des médecins, l'accueil est également plutôt favorable vis-à-vis de ce nouvel outil qui leur permet de disposer de nombreuses données post-opératoires. Et le traitement et l'analyse de ces données, hébergées par OVH Healthcare, constituent la prochaine étape de développement envisagée par Satelia :

"La télémédecine est un secteur très concurrentiel et, outre l'interface, ce qui fera notre valeur ajoutée demain c'est notre capacité à structurer nos données et à les qualifier pour fournir une batterie d'indicateurs aux hôpitaux et à leurs personnels", observe Nicolas Pages. A terme, on s'oriente vers une logique d'analyse de risques par rapport, par exemple, à l'opportunité d'opérer en ambulatoire. On transmettra nos données au personnel hospitalier qui conservera la responsabilité de prendre une décision."

Une levée de fonds début 2019

Maintenant que l'outil est validé par le CHU de Bordeaux et y sera déployé dans les prochains mois, Satelia espère décrocher ses premiers contrats commerciaux dès cette année. Des discussions avancées sont en cours avec une dizaine de centres hospitaliers et de cliniques, principalement dans le Sud-Ouest et en Ile-de-France. Le modèle économique s'appuie sur l'octroi de licence dont le prix dépend du nombre de patients concernés avec un coût unitaire de l'ordre de 3 à 4 € par patient. L'an prochain, l'entreprise vise un chiffre d'affaires de 200.000 €. Le logiciel doit aussi être traduit en anglais dans les prochains mois et décliné au suivi cardiaque et à l'oncologie (suivi et traitement des cancers).

Pour financer ces projets, la très jeune entreprise envisage une levée de fonds au premier trimestre 2019 d'un montant probablement compris entre 1 et 1,5 M€. Satelia ne cache pas qu'elle ambitionne de suivre le chemin tracé par d'autres startups régionales de la e-santé à l'instar d'Invivox et d'Exelus.

Pour l'heure, l'équipe se constitue autour de deux co-fondateurs. : trois développeurs web en CDI, une chargée de communication en CDD et un alternant. Quatre recrutements sont lancés : deux développeurs supplémentaires, un statisticien et un spécialiste du machine learning.

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