Luos choisit l'open source pour commercialiser son architecture de systèmes embarqués

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Nicolas Rabault, le cofondateur et CEO de Luos (à gauche), mise sur l'open source pour convertir un grand nombre d'utilisateurs à sa solution de développement de systèmes embarqués.
Nicolas Rabault, le cofondateur et CEO de Luos (à gauche), mise sur l'open source pour convertir un grand nombre d'utilisateurs à sa solution de développement de systèmes embarqués. (Crédits : Luos)
La startup bordelaise fait le choix de l'open source pour déployer sur le marché sa solution de développement modulaire de systèmes électroniques embarqués. Une stratégie élaborée avec ses investisseurs qui apportent 1,2 millions d'euros à Luos pour lui permettre de gagner rapidement en notoriété et de viser la rentabilité dès 2022. Dix recrutements sont en cours à Bordeaux.

Dans nos voitures et nos avions, dans nos vélos et trottinettes électriques, dans notre petit et gros électroménager, dans nos multiples objets connectés... L'électronique embarquée est présent partout ou presque dans les objets et engins qui nous entourent au quotidien. Et ce sont les développeurs de ces systèmes électroniques embarqués, ceux-là même qui mettent au point l'interface entre la partie mécanique et la partie logicielle, qui sont le cœur de cible de la solution de développement modulaire proposée par la startup bordelaise Luos. Créée en juillet 2018 et accompagnée par Unitec, l'équipe de huit collaborateurs est installée chez Héméra, à Bordeaux Ravezies, avant de possiblement rejoindre l'incubateur Technowest à la suite de l'appel à projets sur l'aéronautique.

"La plupart de nos clients viennent nous voir parce qu'ils ont des problèmes de développement liés à leur moteur. La technologie de Luos est d'autant plus pertinente quand un appareil ou un véhicule embarque plusieurs cartes électroniques qui doivent fonctionner et communiquer ensemble. C'est pour cela que notre cible prioritaire ce sont les acteurs de la robotique, des nouvelle mobilités électriques et de l'électroménager", souligne Nicolas Rabault, le CEO de Luos et cofondateur avec Emanuel Allely et Simon Baudry.

Luos

Nicolas Rabault (1er rang au centre) et l'équipe de Luos (crédits : Luos)

Des briques logicielles...

Et pour convaincre ses futurs utilisateurs et clients d'opter pour sa solution, Luos met notamment en avant d'importants gains de temps et donc d'efficacité opérationnelle.

"La plupart du temps, quand des développeurs travaillent sur un nouveau matériel, ils recommencent tout à zéro car les développements sont spécifiques à telle ou telle fonction. Si bien que 75 % du temps est passé à refaire ce qui a déjà été fait par ailleurs mais de manière trop spécifique pour être réutilisé, faute de standards ou de méthodes adaptées", expose Nicolas Rabault, qui avait déjà défendu cette approche au sein de Pollen Robotics, dont il est l'un des cofondateurs. "Chez Luos, nous proposons des capsules de code logiciel capables de fonctionner seules mais aussi de fonctionner et de communiquer ensemble quelle que soit leur fonctionnalité : moteur, capteur, applicatif. Cela permet de gagner beaucoup de temps de développement et d'être plus évolutif."

Un parti pris très fort en faveur d'une architecture de micro-services plus souple et flexible mais au risque de déstabiliser des utilisateurs aux habitudes de développement parfois bien installées dès la formation initiale. Un écueil dont a bien conscience l'équipe de Luos et qui justifie le pivot vers un modèle économique en open source décidé début 2021.

... proposées en open-source

"Au départ nous étions sur une solution 100% payante puis sur une licence hybride avant de faire de choix d'un modèle open core, c'est à dire d'une solution entièrement gratuite et en open source", rembobine le dirigeant qui indique avoir pris cette décision en concertation étroite avec ses investisseurs Aquiti Gestion, Skalepark, Foreis, Bpifrance, Région Nouvelle-Aquitaine, Airbus Développement et Michelin Développement. Car l'objectif de la levée de fonds de 1,2 million d'euros qui vient d'être bouclée est bien de gagner rapidement en notoriété et d'évangéliser le marché pour trouver un maximum d'utilisateurs et donc de clients potentiels. "Notre défi c'est de sensibiliser les développeurs à cette nouvelle approche de micro-services. L'open source leur permet de tester notre technologie et de se faire un avis en quelques minutes seulement. C'est un critère essentiel pour la diffusion et l'adoption de notre offre", assure Nicolas Rabault.

L'autre avantage de l'open source c'est l'autonomie des clients et les apports de la communauté. "Notre solution appartient désormais en partie à la communauté d'utilisateurs. C'est une grande sécurité pour les clients puisqu'ils sont certains que la solution perdurera quoi qu'il arrive à Luos et qu'ils peuvent eux-mêmes améliorer l'outil, corriger des bugs et développer de nouvelles fonctions. Mais ce n'est pas non plus notre priorité : si 1 % des utilisateurs sont contributeurs ce sera déjà énorme", souligne le dirigeant de la startup.

1,5 million d'euros de chiffre d'affaires en 2022

D'ici fin 2022, Luos vise 2.500 utilisateurs dont 10 % qui opteraient pour des fonctions payantes. Ce qui permettrait de viser 1,5 millions d'euros de chiffre d'affaires l'année prochaine et d'atteindre l'équilibre de rentabilité à cet horizon. Les recettes de Luos proviendront de la facturation de services connexes, de fonctions supports de formation et d'accompagnement, d'options spécifiques, de logiciels additionnels de diagnostic et de debug ainsi que du déploiement à venir d'une surcouche logicielle dédiée à la sécurité.

L'augmentation de capital permettra de recruter dix personnes sur des postes de développement, de marketing et de prospection commerciale, notamment pour accélérer sur les marchés américain, japonais et sud-coréen, jugés plus ouverts aux nouveaux usages promus pas Luos.

Des perspectives dans l'aéronautique et l'automobile

Et la présence, parmi les investisseurs dans Luos, d'Airbus Développement et Michelin Développement ne doit rien au hasard. La startup bordelaise suscite en effet le vif intérêt des acteurs de l'aéronautique et de l'automobile même s'il s'agit des perspectives de long terme comme l'explique Nicolas Rabault : "Nous sommes beaucoup approchés par des entreprises de l'aéronautique, du spatial et de l'automobile mais il y a des normes et certifications très difficiles d'accès pour répondre à ces marchés et davantage de concurrence. On se positionne donc aujourd'hui sur du co-développement avec ces acteurs dans l'objectif d'être sur ce marché d'ici cinq à dix ans, le temps d'être normalisé."

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"Nous sommes très fiers de soutenir cette startup deeptech qui a tous les atouts pour devenir un standard de l'électronique embarquée", salue de son côté Camille Le Roux Larsabal, directrice de participations chez Aquiti Gestion. Luos compte parmi ses clients l'entreprise parisienne Eat Cala et les startups bordelaises 3ditex et Nimbl'bot, engagées dans une colocation originale à Saint-Médard-en-Jalles, ainsi que des partenariats avec la SNCF et le Crédit Agricole.

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