Le cluster Naos passe le logiciel libre à l'échelle de la Nouvelle-Aquitaine

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Le cluster Aquinetic est devenu Naos (Nouvelle-Aquitaine open source) à l'occasion de son passage à l'échelle de la grande région.
Le cluster Aquinetic est devenu Naos (Nouvelle-Aquitaine open source) à l'occasion de son passage à l'échelle de la grande région. (Crédits : NAOS)
Ne dites plus Aquinetic mais Naos, pour Nouvelle-Aquitaine open source. Ce cluster régional dédié au logiciel libre vient de changer de nom et d'échelle pour regrouper désormais 120 PME régionales. La souveraineté numérique et la formation des entreprises sont au cœur de ses priorités comme l'explique à La Tribune, son co-président François Pellegrini.

Le logiciel libre est un vieux combat local puisque le conseil régional d'Aquitaine, élargi à la Nouvelle-Aquitaine en 2016, soutient cette filière depuis 1995, il y a déjà 25 ans. "La Nouvelle-Aquitaine est la seule Région à disposer d'un chargé de mission dédié au logiciel libre et à l'open source", souligne François Pellegrini, professeur à l'Université de Bordeaux et co-président du cluster Aquinetic, devenu Naos (Nouvelle-Aquitaine open source) en décembre 2019. Cette grappe d'entreprises soutenue par la collectivité régionale fédère désormais 120 entreprises dont une majorité de TPE orientées vers des marchés de niche ainsi que des PME et une poignée de grosses PME. On pense notamment à Ekylibre (agritech), dont David Joulin, l'un des dirigeants, est également co-président de Naos, mais aussi à des entreprises telles que Ullo (thérapies digitales), MapoTempo (solutions logistiques géolocalisées), Prévimétéo (prévisions météorologiques) ou encore Mellisphera (ruches connectées).

Souveraineté et formation

Naos s'est dotée d'une nouvelle feuille de route triennale pour la période 2020-2022 qui fait une place importante aux questions de souveraineté numérique. "L'enjeu est de défendre une politique de souveraineté, de réfléchir en termes de résilience, d'agilité et de subsidiarité pour avoir le bon outil au bon échelon et d'articuler ces notions autour du logiciel libre", précise François Pellegrini, qui poursuit : "Pour atteindre ces objectifs, il ne peut pas y avoir de modèles économiques autres que ceux du logiciel libre. Il faut sortir de la logique de biens rivaux qui n'a pas lieu d'être dans le numérique. Au contraire, il faut mutualiser les coûts et les intérêts pour augmenter la valeur ajoutée de tous grâce à un coût marginal très faible voire nul."

D'autant que le modèle freemium - mêlant une offre basique gratuite et des options avancées payantes - n'est pas le seul chemin suivi par les logiciels libres. La principale condition de la réussite étant d'arriver à fédérer une coalition d'intérêt entre des personnes et entreprises ayant le même besoin et étant prêts à payer pour cela. Même si l'investissement initial dans un logiciel open source doit ensuite être soutenu par une communauté pour le faire vivre. "Beaucoup d'entreprises n'ont pas encore intégrer ce paramètre et le rôle de Naos sera aussi de leur expliquer, de les former à ces questions, des les inciter à chasser en meutes autour du libre. Microsoft a fait croire que l'informatique c'est cher et ça ne fonctionne pas mais ce n'est pas vrai et il faut l'expliquer aux gens !", lance François Pellegrini, avant de souligner que "Naos n'a aucun monopole sur le logiciel libre est ouvert à toutes les coopérations y compris au-delà de la Nouvelle-Aquitaine".

Quelles applications concrètes ?

La feuille de route de Naos pour 2020-2022, qui s'intègre à la feuille de route numérique du conseil régional validée à l'été 2018, prévoit plusieurs actions. Il s'agit d'abord de "l'étude, l'installation, l'évaluation, la validation et la mise à disposition d'infrastructures et de services facilitant l'appropriation et l'utilisation de ces services par le déploiement d'un Système d'information local (SIL) offrant un hébergement loyal et dotés de logiciels également loyaux. Ce SIL donnera accès à des solutions numériques locales ouvertes destinées à différents métiers, comme par exemple, des plateformes locales pour les agriculteurs ou les producteurs". Le réseau des Fablabs sera également associé ayant déjà fait preuve d'une très belle mobilisation solidaire et spontanée pendant le confinement pour fabriquer des visières de protection contre le Covid-19 via des schémas d'impression 3D en open source.

Concrètement cela devrait se traduire, pour les entreprises qui le souhaitent, par la possibilité d'accéder à "des briques réplicables et accessibles librement dont elles peuvent se saisir dans leur transformation numérique." Encore faut-il qu'elles en connaissent l'existence. "Cela n'a en effet rien d'évident pour nous puisqu'il faudra fournir la bonne information au bon interlocuteur dans chaque TPE ou PME pour s'assurer que la pratique du logiciel libre soit digérée puis déployée dans l'entreprise", remarque François Pellegrini. Naos devra ainsi se doter d'un réseau de formateurs / ambassadeurs pour sensibiliser les entreprises de Nouvelle-Aquitaine. Objectif : faire du logiciel libre un élément d'attractivité régionale pour attirer de nouvelles entreprises et startups et ainsi consolider l'écosystème déjà dynamique.

Enfin, le développement du télétravail et de la téléformation, dans la lignée de la feuille de route régionale Néo Terra, est également au programme tout comme le développement de biens communs numériques pour les acteurs économiques et la population. François Pellegrini pilote également La Banquiz, la pépinière de startups autour de l'open source basée à Pessac. Cette dernière fera l'objet d'une refonte complète de son processus d'accompagnement avec onze formations proposées contre six jusque-là. De son côté, l'évènement professionnel B-Boost, dédié au logiciel libre, devrait revenir en 2021 mais pas nécessairement à Bordeaux.

Lire aussi : B-Boost Bordeaux : "Le logiciel libre a gagné mais personne ne le sait !"

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Commentaires
a écrit le 28/07/2020 à 13:49 :
" Ullo (thérapies digitales)", thérapies digitales, c'est le nouveau nom pour la manucure ?

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