Lucine lève 5,5 millions d'euros pour apaiser la douleur par ses thérapies numériques

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L'équipe de Lucine, autour de Maryne Cotty-Eslous (en rouge), début 2019.
L'équipe de Lucine, autour de Maryne Cotty-Eslous (en rouge), début 2019. (Crédits : Agence Appa)
La startup bordelaise Lucine, pionnière dans le champ des thérapies numériques, lève 5,5 millions d'euros. De quoi lui permettre de peaufiner son application mobile pour soulager les douleurs chroniques et de la valider par des études cliniques. Positionnée sur un marché mondial, Maryne Cotty-Eslous, la dirigeante, confirme ses grandes ambitions et espère une mise sur le marché en France en 2025.

"Créer la première molécule numérique" pour soulager les douleurs chroniques : c'est l'ambition de la startup bordelaise Lucine qui vient de boucler une levée de fonds de 5,5 millions d'euros exclusivement avec des investisseurs français dont plusieurs fonds régionaux. Un montant remarquable pour le secteur de niche dans lequel opère Lucine, celui des thérapies numériques. "C'est l'une des plus grosses levées de fonds en seed dans le monde dans le secteur des thérapies numériques où les trois-quarts des 275 boîtes du marché sont américaines et lèvent en moyenne 2 millions d'euros", sourit Maryne Cotty-Eslous, la directrice générale de 31 ans qui a fondée Lucine en 2017 avec Aymeric Esperance.

Stimuler le cerveau pour diminuer la douleur

L'entreprise bordelaise conçoit et commercialise un système présenté comme capable de mesurer, analyser et soulager la douleur chronique immédiatement, le tout de manière personnalisée. L'utilisateur peut se connecter à la plateforme accessible via son smartphone ou sa tablette et répondre à un questionnaire. Un soin personnalisé est alors proposé sous la forme de stimuli sonores ou visuels, d'un serious game... afin de stimuler le cerveau ou détourner son attention et faire baisser la douleur immédiatement. Le tout peut être affiné par une caméra qui utiliser des techniques de reconnaissance faciale pour détecter des "signes extérieurs de douleur".

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En réalité, "Lucine ne fait qu'actionner des mécanismes naturels, comme la production d'endorphines, grâce au digital", précise Maryne Cotty-Eslous. Et la directrice générale de Lucine sait de quoi elle parle puisqu'elle souffre elle-même de douleurs chroniques et a connu les effets secondaires, l'accoutumance et la perte progressive d'efficacité des traitements anti-douleurs. Aujourd'hui, Lucine emploie 40 salariés, affiche 1,3 million d'euros de chiffre d'affaires en 2020 et n'a pas encore atteint la rentabilité. Mais les perspectives sont prometteuses.

Un marché mondial, un pool d'investisseurs national

"25 % de la population mondiale souffre de douleurs chroniques et 500.000 personnes décèdent chaque année à cause de leur traitement antidouleur médicamenteux. Mais 70 % des patients souffrant de douleur chroniques ne suivent aucun traitement", assure Maryne Cotty-Eslous, signe que le marché potentiel est énorme.

Début 2019, la cheffe d'entreprise, qui est également membre du Conseil national du numérique, expliquait à La Tribune avoir deux ans "pour prendre la place. L'idée n'est pas de faire une belle entreprise française, c'est de créer un grand acteur mondial présent dans le monde entier mais ancré à Bordeaux." Aujourd'hui, avec un pied au Québec, les moyens de cette ambition se concrétisent sur le plan financier grâce à un groupe d'investisseurs, dont plusieurs étaient déjà présents lors de la phase d'amorçage de la startup. Celle qui ne souhaitait pas initialement procéder à une augmentation de capital a finalement changé d'avis et rencontrant ce pool d'investisseurs 100 % français qui réunit Kurma Partners, Bpifrance via son fonds Patient Autonome, BNP Paribas Développement, Aquiti Gestion et Irdi Soridec ainsi que Grégory Lefort et l'accélérateur Héméra.

 "J'ai la chance d'avoir trouvé des investisseurs français courageux qui prennent le risque d'investir dans une filière encore émergente en France et en Europe, de surcroît dans une entreprise dirigée par une femme de 31 ans et une équipe jeune. Et nous avons un conseil d'administration paritaire. Tout cela est très singulier dans le secteur des biotechnologies", souligne Maryne Cotty-Eslous, que La Tribune avait sélectionné en 2019 parmi les 30 personnes qui transforment la Nouvelle-Aquitaine.

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Déployer des études cliniques approfondies

Car c'est bien comme une entreprise de biotechnologie que Lucine se positionne :

"L'investissement va vraiment servir à faire monter les équipes en compétence et à structurer l'entreprise en véritable PME. Mais les deux années qui viennent seront surtout consacrées à la finalisation des preuves scientifiques de nos traitements avec des études cliniques menées sur plusieurs milliers de patients à l'échelle internationale, d'un standard équivalent aux études réalisées habituellement pour les molécules chimiques."

Maryne Cotty-Eslous, fondatrice de Lucine

Maryne Cotty-Eslous (crédits : Agence APPA)

Pour l'heure, deux traitements sont dans les tuyaux : l'un pour traiter les douleurs féminines, notamment l'endométriose ; l'autre pour être un antidouleur généraliste capable de traiter toutes les douleurs chroniques indépendamment de la maladie qui en est à l'origine. "Pour ces deux traitements, l'objectif est de prendre le temps d'obtenir des preuves scientifiques de leur utilité, fondée sur des données factuelles et crédibles", insiste Maryne Cotty-Eslous. Si bien que l'accès à ces traitements numériques en France est envisagé à l'horizon 2025. Quant au modèle économique et de distribution, il est encore en cours d'élaboration mais devrait s'appuyer à la fois sur des partenariats avec des gros acteurs pharmaceutique et des distributions en direct pays par pays une fois obtenues les précieuses autorisations de mises sur le marché.

Les traitements de Lucine seront-ils accessibles pour le grand public en direct, via des assurances, des mutuelles ou même par l'Assurance maladie avec un remboursement à la clef ? "Rien n'est décidé pour l'instant mais l'objectif, très épineux, est de combiner une rentabilité économique pour l'entreprise et une distribution au plus grande nombre de patients possible", répond la dirigeante. Pour tester ces traitements innovants avant 2025, le plus efficace sera donc de postuler aux études cliniques qui devraient lancées dès 2021.

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