Télémédecine : comment Satelia veut se greffer aux systèmes de santé européens

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Nicolas Pagès est le CEO et cofondateur de la startup Satelia.
Nicolas Pagès est le CEO et cofondateur de la startup Satelia. (Crédits : Agence APPA)
Après deux ans d'expérimentations et de développement commercial, la startup bordelaise de télémédecine Satelia a acquis des certitudes sur son modèle et sa capacité d'intégration aux systèmes de santé européens. Auprès de La Tribune, Nicolas Pages, son CEO, ne cache pas son ambition de devenir une licorne de la e-santé européenne d'ici à 2030.

La jeune pousse a bien grandi depuis sa création il y a tout juste deux ans, à Pessac, par Paul Tiba et Nicolas Pagès. Hébergée au Village by CA de Bordeaux depuis le début de l'année, Satelia compte désormais une vingtaine de collaborateurs et devrait générer 650.000 € de chiffre d'affaires en 2019 puis entre 1 et 1,2 M€ en 2020. Le tout avec un modèle économique qui, à défaut d'être rentable à ce jour, enregistre "une croissance commerciale de 28 % par mois". Satelia commercialise trois applications de suivi des patients à distance : l'insuffisance cardiaque, pour un suivi régulier, et la chirurgie ambulatoire et la coronarographie pour des suivis plus ponctuels de quelques jours avant et après chaque intervention (lire encadré).

Accord de distribution européen avec Dedalus

Les applications de télémédecine de Satelia, dont le développement a été soutenu par la Région Nouvelle-Aquitaine, ont déjà permis le suivi à distance de 650 patients cardiaques et de 600 patients en chirurgie ambulatoire. L'application est ainsi déployée dans 55 hôpitaux pour le suivi des patients cardiaques et dans cinq centres hospitaliers pour l'ambulatoire : Bordeaux, Pau, Tarbes, Metz et l'hôpital américain de Paris. Commercialisée en direct ou via un distributeur, l'application Satelia est remboursée par la Sécurité sociale pour le suivi cardiaque mais pas pour le reste de la chirurgie ambulatoire.

Un accord de distribution a été noué avec WeHealth Digital Medicine, une filiale des laboratoires Servier, et, il y a quelques jours, Satelia a conclu un autre partenariat de distribution avec l'éditeur et intégrateur de solutions de santé Dedalus. Cet accord doit lui permettre de toucher "plus de 200 centres hospitaliers français et européens" en matière de chirurgie ambulatoire. La solution de Satelia sera "désormais commercialisée et interconnectée à la solution DxCare, comme un module intégré sous le nom de DxSatelia", précise-t-elle. De quoi lui offrir de vastes perspectives de développement. D'autant que ses applications sont traduites en plusieurs langues et que, dans le même temps, la startup travaille aussi à l'élargissement de sa gamme de produits :

"Le suivi à distance de l'insuffisance cardiaque est un démonstrateur de notre savoir-faire qui peut ensuite être facilement dupliqué à d'autres domaines comme l'oncologie, la cardiologie opérationnelle, le respiratoire ou la tabacologie. L'idée est d'avoir une usine de fabrication d'applications à la demande en fonction des besoins de chaque pathologie et de chaque centre hospitalier", fait valoir Nicolas Pagès.

"Etre un add-on qui se branche  facilement"

Loin de vouloir renverser la table de la santé, Satelia préfère plutôt s'y inviter aux côtés des autres convives : "Notre valeur ajoutée, c'est notre capacité à rendre reproductible la e-santé et la télémédecine à grande échelle parce qu'on ne cherche ni à casser, ni à réinventer le système mais, au contraire, à nous y intégrer le plus simplement possible", expose Nicolas Pagès, qui ne veut pas entendre parler de "killing app", ni de "modèle disruptif" :

"On entend beaucoup de gens chercher à bouleverser le monde de la santé avec une solution soit-disant révolutionnaire. Je n'y crois pas une seconde parce que la santé n'est pas un sujet comme les autres, c'est un secteur complexe qui nécessite au moins deux éléments incontournables : de l'éthique et de l'humain. Notre stratégie est donc d'être une sorte d'extension, un add-on qui se branche facilement dans le système de santé existant en respectant les patients et les professionnels de santé. On a d'abord un souci d'intégration à cet existant, quels qu'en soient ses qualités ou ses défauts par ailleurs", détaille le chef d'entreprise pas encore trentenaire.

Cybersécurité et interopérabilité

Et dans les années qui viennent, la startup bordelaise est déterminée à devenir "une boîte qui compte" dans le secteur de la e-santé en Europe. Le partenariat avec Dedalus est ainsi une première brique. "L'objectif de Satelia dans dix ans, c'est être une licorne européenne présente dans tous les hôpitaux par le biais d'une vingtaine d'applications médicales allant de la pathologie cardiaque jusqu'à la maladie rare", affirme sans détours Nicolas Pages. Une licorne est une startup dont la valorisation atteint ou dépasse le milliard de dollars. Et pour gravir cette montagne, le CEO identifie deux objectifs jugés critiques pour le développement de l'entreprise : la cybersécurité et l'interopérabilité.

La sécurisation des données est ainsi perçue comme une priorité absolue : "On sait qu'on sera attaqué et on sait qu'on sera craqué un jour, c'est inévitable. Donc tout l'enjeu pour nous c'est qu'en cas de piratage, les pirates ne trouvent que des confettis et ne puissent rien collecter ni exploiter en termes de données personnelles", considère Nicolas Pagès, qui met ses systèmes à l'épreuve en permanence via un prestataire chargé de simuler des attaques. L'autre enjeu, sur le plan commercial, c'est la nécessité d'assurer l'interopérabilité de Satelia avec tous les systèmes informatiques et les logiciels des hôpitaux et des systèmes de santé en France et en Europe. "L'objectif est que notre implantation soit la plus simple possible du point de vue des professionnels de santé et de leurs administrations."

Enceinte connectée et reconnaissance d'image

Sur le plan de la R&D, les équipes de Satelia souhaitent avancer dans deux directions pour répondre au plus près aux besoins des hôpitaux et des patients : "Le développement des enceintes vocales pour communiquer avec le patient est une piste à creuser notamment pour ceux ayant des difficultés avec les outils numériques et qui représentent près d'un tiers des patients suivis", juge Nicolas Pagès, qui a aussi en tête "des services de reconnaissance d'images pour évaluer, par exemple, l'état d'une plaie, propre ou sale, grâce des outils de science des données et d'intelligence artificielle". Et Nicolas Pages tient là aussi le même raisonnement : "il y a beaucoup de bullshit autour de l'IA. En ce qui nous concerne, on ne va pas chercher à inventer de nouveaux algorithmes révolutionnaires ; on va plutôt se saisir d'outils qui fonctionnent déjà mais pour s'en servir différemment. L'innovation ça passe aussi, et peut-être d'abord, par là !"

L'équilibre économique, a priori prévu pour début 2021, sera peut-être atteint plus tôt. A moins qu'une levée de fonds ne vienne rebattre les cartes de la feuille de route mais cette option n'est pas jugée nécessaire pour l'instant par Nicolas Pagès. Le CEO n'entend pas grandir non plus à marché forcée. "Nous avons aujourd'hui un effectif cohérent et complémentaire avec de très fortes expertises dans différents domaines-clés. Nous devrions être autour de 35 collaborateurs dans deux ans", évalue le dirigeant, lui-même interne en anesthésie-réanimation, qui s'est notamment entouré de profils techniques mais aussi d'infirmières, de médecins et de fins connaisseurs de la sécurité sociale et du fonctionnement des hôpitaux.

Et, au fond et à plus long terme, ce que défendent les dirigeants de Satelia c'est "une approche plus collective de la médecine grâce aux outils de télémédecine avec davantage d'échanges entre praticiens et notamment entre spécialistes et généralistes. Les spécialistes vont devoir déléguer une partie de leur savoir à des généralistes en particulier pour répondre aux enjeux de la démographie médicale", anticipe Laurent Betito, médecin urgentiste et ancien cadre de santé tahitien qui a rejoint Satelia en septembre dernier pour en assurer le développement stratégique.

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Satelia, comment ça marche ?

Pour accompagner au mieux les patients en chirurgie ambulatoire, Satelia a développé une solution de télésurveillance médicale avec le CHU de Bordeaux. Via un questionnaire sur smartphone d'une dizaine de question qui dure environ cinq minutes, le patient renseigne à distance le médecin ou l'infirmier sur son état. En fonction des réponses, ce dernier sait si le patient a besoin d'être contacté de manière urgente ou non. Une solution qui apporte un précieux gain de temps puisqu'elle est automatisée pour 70 % des patients. Le tiers restant est suivi par téléphone si nécessaire. L'application propose au patient aussi des informations pratiques et pédagogiques avant et après une intervention chirurgicale.

Satelia

L'interface Satelia du côté des professionnels de santé (crédits : Satelia)

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