Santé : cinq innovations au plus près des patients

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Cette 3e édition bordelaise du Forum Santé Innovation de La Tribune a consacré une séquence aux innovations concrètes en matière de santé.
Cette 3e édition bordelaise du Forum Santé Innovation de La Tribune a consacré une séquence aux innovations concrètes en matière de santé. (Crédits : APPA)
Réalité virtuelle, télémédecine, suivi à distance : des applications très concrètes ont été déployées ces derniers mois dans plusieurs centre de santé de la région bordelaise avec la même obsession de coller au plus près des besoins des patients et soignants. Cinq d'entre elles ont été présentées lors du Forum Santé Innovation organisé par La Tribune, ce 15 mai 2019, à Bordeaux.
  • Un casque de réalité virtuelle post-césarienne

"Nous avons recours à la réalité virtuelle pour conserver le lien entre la mère et son bébé en cas de césarienne et ainsi éviter une séparation de 2 heures juste après la naissance qui est souvent mal vécue. On compense la perte de contact physique par un contact sonore et visuel. Ce n'est pas l'idéal mais c'est la meilleure technique que l'on a trouvé", présente Renaud Benichou, gynécologue-obstétricien à la clinique Jean Villar de Bruges, près de Bordeaux. La clinique a développé "un système dédié pour sécuriser le flux de données en temps réel. La vidéo est réelle mais le casque permet d'isoler la patiente pour qu'elle puisse voir à 360 degrés la pièce où est son bébé" Le tout est gratuit pour les parents qui repartent également une copie de la vidéo sur clef USB.

Le dispositif, développé en interne à Bruges, doit être déployé sur les 34 maternités du groupe Elsan et intéresserait également d'autres acteurs. "Le coût est assez faible : un téléphone et un casque de VR disponibles dans le commerce. Il faut juste faire attention à la sécurisation des données", assure Renaud Benichou. Le gynécologue-obstétricien estime que "la réalité virtuelle peut aussi être utilisée pour les temps de détente avant les opérations ou pendant l'opération : pour la pré-hypnose et l'hypnose opératoire mais aussi en post opératoire pour la gestion des douleurs".

Renaud Benichou,  gynécologue-obstétricien à la clinique Jean Villar

Renaud Benichou, gynécologue-obstétricien à la clinique Jean Villar de Bruges (crédits : Agence APPA).

  • Un suivi à distance de patientes souffrant d'un cancer

A l'Institut Bergonié, à Bordeaux, Nathalie Quénel-Tueux est la coordinatrice du groupe Sein et du groupe Santé numérique. Pour créer et déployer des procédures nouvelles, elle insiste sur la nécessité de "partir des besoins des patientes plutôt que des outils technologiques" et sur l'indispensable "travail d'équipe entre les médecins, les infirmières, les patientes et les ingénieurs". En l'occurrence, l'Institut Bergonié a mis en place un suivi à distance des patientes souffrant d'un cancer du sein métastasé à l'aide de questionnaires médicaux hebdomadaires et de montres connectées afin d'éviter des déplacements inutiles. "Les ingénieurs ont fait évoluer les outils et les fonctions à partir des retours des patientes au fur et à mesure de l'expérimentation", ajoute-t-elle.

 Et le bilan est très satisfaisant au bout de deux ans. "Nous avons constaté une stabilisation ou une amélioration de la qualité de vie de l'ensemble des patientes alors même que leur maladie progressait. L'outil numérique n'a pas été un obstacle alors qu'un tiers des patientes avaient plus de 75 ans", éclaire la responsable qui indique que le dispositif est désormais étendu à 500 patients de Nouvelle-Aquitaine souffrant de tous les types de cancers. "L'objectif est d'obtenir un gain en termes de survie et de qualité de vie et d'un gain médico-économique."

Nathalie Quenel-Tueux

Nathalie Quénel-Tueux, coordinatrice du groupe Sein et du groupe Santé numérique à l'Institut Bergonié (crédits : Agence APPA).

  • Une boîte à outils pour solutions numériques

Fondée à Biarritz en 2013, Betterise Health Tech "commercialise une plateforme pour les soignants permettant de créer facilement puis de déployer des outils numériques en 3 à 4 mois plutôt qu'en 3 à 4 ans : télésurveillance de patients, accompagnement à distance, etc.", explique Paul-Louis Belletante, son président et co-fondateur, qui évoque "une boîte à outils à partir des besoins concrets des soignants avec des briques techniques, juridiques, sécurité, etc." Plutôt que le modèle de la levée de fonds, Betterise Health Tech a choisi de "concevoir et commercialiser un produit pour avoir des clients qui paient ce produit et ainsi bâtir un modèle économique rentable", sourit Paul-Louis Belletante qui emploie une vingtaine de salariés et affiche 3 M€ de chiffre d'affaires.

Et le dirigeant biarrot se montre catégorique : "Le marché de la e-santé en France est pollué par beaucoup de rencontres entre professionnels mais trop peu d'échanges avec les patients et les médecins. Il ne faut pas les oublier, il faut davantage les écouter. Il faut qu'ils aient le produit dans les mains pour voir si oui ou non le produit leur est utile : au patient pour mieux vivre et au soignant pour mieux soigner !"

Paul-Louis Belletante

Paul-Louis Belletante, président et co-fondateur de Betterise Health Tech (crédits : Agence APPA).

  •  Un outil de télémédecine en cardiologie

Suivre à distance des patients insuffisants cardiaque : c'est l'une des possibilités proposées par la startup Satelia, créée fin 2017. Sa solution, remboursée à 100 % par l'Assurance maladie depuis mai 2018, est notamment déployée auprès de 150 patients du CHU de Bordeaux Pellegrin. "Nous faisons de l'analyse de risques pour prévenir les soignants en cas de potentiel problème et faciliter la communication entre patients et soignants", décrit Nicolas Pagès, le CEO et co-fondateur de Satelia.

Il met en avant plusieurs atouts : "Ces outils de télésurveillance ont un vrai impact sur les temps de survie des patients et à moindre coût. Il se passe beaucoup de choses en dehors de l'hôpital et du temps de consultation et il faut que les soignants puissent les connaître." La télémédecine déployée par Satelia, via des questionnaires simples accessibles sur téléphone portable en plusieurs langues, "accélère aussi la chirurgie ambulatoire en facilitant la gestion de la douleur des patients".

Nouvelles technologies dans la réalité du soin

Nicolas Pagès, CEO et co-fondateur de Satelia (crédits : Agence APPA).

  • Un capteur 3D pour suivre les malades d'Alzheimer

"Le suivi à distance d'un patient ne vise à remplacer sa relation avec son soignant mais à la développer", rassure Vincent Bronet, le directeur usages et services du groupe Scopelec. Basée à Toulouse depuis sa création en 1973, cette Société coopérative et participative (Scop) emploie 4.000 salariés pour 430 M€ de chiffre d'affaires. "Notre mission première c'est de créer des emplois dans les territoires ruraux et périurbains qu'il faut donc rééquiper en tuyaux et moyens de communication, notamment pour la santé", poursuit-il avant de présenter un outil conçu par Scopele.

"C'est un capteur 3D qui permet de modéliser une pièce et d'y voir les mouvements de la personne et ses comportements qui sont analysés avec des schémas de déclenchement d'alerte", détaille Vincent Bronet qui "travaille au modèle économique de ce capteur avec les assurances et les mutuelles parce que ce suivi permet de favoriser le maintien à domicile et donc d'économiser."

Vincent Bronet, le directeur usages et services du groupe Scopelec (crédits : Agence APPA).

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