Le débat public s'ouvre en Gironde sur le projet Horizeo de centrale solaire géante

C’est parti pour quatre mois de démocratie participative autour d’Horizeo. Le projet de plateforme photovoltaïque, porté par Engie et Neoen, qui s’étendrait sur 1.000 hectares de surface boisée en Gironde fait l’objet d’un débat public à partir de ce jeudi 9 septembre. Cet été, le Conseil économique, social et environnemental régional (Ceser) de Nouvelle-Aquitaine a d’ores et déjà demandé un moratoire dans le cadre d’une réflexion globale à mener sur la planification et le pilotage des projets dans le contexte de la transition énergétique.

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Jacques Archimbaud, président de la commission particulière du débat public dédiée à Horizeo (à droite) et François Gillard, membre de la commission (à gauche).
Jacques Archimbaud, président de la commission particulière du débat public dédiée à Horizeo (à droite) et François Gillard, membre de la commission (à gauche). (Crédits : HL)

Avec un objectif de 200.000 personnes à consulter, une quarantaine d'événements qui s'échelonneront sur quatre mois, le débat public qui s'ouvre, ce jeudi 9 septembre, sur le projet Horizeo est un "petit événement démocratique local", insiste Jacques Archimbaud, président de la commission particulière du débat public dédiée au projet Horizeo.

Pour rappel, cette infrastructure portée par Engie et Neoen prévoit la construction d'un parc photovoltaïque de près de 1000 hectares à Saucats, à trente kilomètres au sud-ouest de Bordeaux, pour une puissance d'un GW qui alimenterait également plusieurs briques technologiques : des batteries de stockage d'électricité, un électrolyseur produisant de l'hydrogène, un centre de données (data center) et une parcelle dédiée à l'agrivoltaïsme. L'investissement est estimé à un milliard d'euros, dont 650 millions d'euros pour le parc photovoltaïque.

"Il s'agirait de l'une des plus grosses plateformes bas carbone de France et même parmi les 15 à 20 plus grands projets à l'échelle mondiale", a déclaré Jacques Archimbaud qui présidera, ici, son sixième débat public.

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Des oppositions

Selon le projet qui a été présenté en début d'année, les maîtres d'ouvrage envisagent de défricher 1.000 hectares d'une exploitation forestière, et c'est bien sur ce point que des voix ont commencé à s'élever. Une pétition en ligne intitulée "Non à la déforestation de 1.000 hectares de pins pour un parc solaire en Gironde" a ainsi réuni plus de 18.000 signatures en huit mois. "Le sujet de la compensation et plus largement des impacts environnementaux seront donc bien sûr abordés à l'occasion du débat", a tenu à rappeler Jacques Archimbaud.

"Nous nous poserons la question de l'inscription de ce projet dans les objectifs nationaux et régionaux. Est-ce que la Nouvelle-Aquitaine peut se permettre de se passer d'Horizeo pour atteindre ses objectifs ? Faut-il développer le photovoltaïque en France ? Faut-il protéger toutes les forêts ? Voici quelques unes des questions qui seront abordées", ajoute-t-il.

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"Le match n'est pas joué"

Quatre scénarios seront ensuite possibles : le projet se fera quasiment tel quel ou sera modifié, il ne se fera pas pour privilégier le photovoltaïque sur des toitures et ombrières ou pour laisser la place au nucléaire.

"Si j'avais la conviction que le match était joué, je n'y serais pas allé et je peux vous assurer que le débat pèsera !", insiste Jacques Archimbaud. "A ce stade, la position de l'Etat sur le projet n'est d'ailleurs manifestement pas arrêtée. Or, c'est l'Etat, in fine, qui accordera ou non les autorisations nécessaires à la réalisation du projet."

Quant au débat, il l'espère le plus serein possible et se veut, à ce sujet, relativement optimiste. "J'ai l'habitude de dire que c'est un moment de trêve républicaine, où chacun écoute le point de vue des autres et affûte ses arguments. Les personnes que nous avons rencontrées me semblent venir avec cet état d'esprit. A nous de ne pas les décevoir !."

Le Ceser demande un moratoire

A ce stade, le Conseil économique, social et environnemental régional (Ceser) Nouvelle-Aquitaine, s'est d'ores et déjà exprimé en demandant, cet été, un moratoire sur Horizeo et le projet de parc éolien au large de l'île d'Oléron (Charente-Maritime) tout en choisissant de s'exprimer plus globalement sur la question énergétique.

"C'est un enjeu majeur des années à venir et si la trajectoire est claire en matière de maitrise et de réduction de la consommation et de mix énergétique, notre rôle est d'alerter sur le fait qu'il y a de plus en plus d'opposition autour de ces projets. La question est de savoir comment nous sortons de ce nœud de crispation sur un sujet d'une grande complexité", explique Emmanuelle Fourneyron, la présidente du Ceser Nouvelle-Aquitaine.

Le Ceser considère, en l'occurrence, que l'arbitrage sur les enjeux énergétiques nécessite une évolution de la façon de décider, de planifier et de piloter les investissements stratégiques dans une approche globale et pluriannuelle.

"Aujourd'hui, ce n'est pas le cas, nous sommes dans une approche projet par projet ou territoire par territoire. Si nous demandons un moratoire, c'est donc précisément pour que la réflexion ne se fasse pas sous la pression de projets", assure Emmanuelle Fourneyron.

Le Ceser note, par ailleurs, que les projets qui émergent entrent parfois en conflit direct avec les dispositions de politique publique en vigueur. Il indique, à ce propos, que "le projet Horizeo qui serait amené à consommer 1.000 hectares d'espaces forestiers entre en contradiction avec l'esprit et la lettre du Schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires (Sraddet), adopté par la Région Nouvelle-Aquitaine en décembre 2019, dont une des mesures phares, consiste en un objectif de réduction de 50 % du rythme de la consommation foncière non artificialisée et qui prévoit à ce titre que les parcs photovoltaïques soient prioritairement installés sur des zones déjà artificialisées."

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Le débat public sur le projet de plateforme photovoltaïque Horizeo s'achèvera le 9 janvier prochain. S'il aboutissait, les premiers travaux débuteraient en 2024 pour une mise en service du parc à partir de 2026, selon Engie et Neoen dans leur dossier de présentation.

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Commentaire 1
à écrit le 08/09/2021 à 10:31
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Heu... ya pas une côte océanique en gironde ? Et l'éolien offshore ??? Vous croyez qu'on peut se permettre en pleine bulle immobilière faisant que des salariés dorment dans leurs bagnoles gaspiller massivement les terres ? La vache...

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