Scop, Scic : des entreprises aux multiples facettes (9/10)

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De gauche à droite : les équipes d'Aptic, de Bois & Paille, de l'Atelier Provisoire et d'O Tempora.
De gauche à droite : les équipes d'Aptic, de Bois & Paille, de l'Atelier Provisoire et d'O Tempora. (Crédits : Agence APPA / Bois et Paille / Agence APPA / Jérémie Briand-Wach)
En Nouvelle-Aquitaine comme dans le reste de la France, les sociétés coopératives opèrent dans des secteurs très variés et répondent à des motivations parfois très différentes. Echantillon non représentatif de cette diversité avec cinq entreprises.
  • Aptic (numérique / Gironde)

Aptic

Gérald Elbaze (à gauche) et l'équipe d'Aptic (crédits : Agence APPA)

Créée en 2019 par les équipes de la Scic Médias-cité, la coopérative Aptic lutte contre la fracture numérique via le déploiement du Pass numérique au niveau national. "Ce statut nous permet d'associer toutes les parties prenantes de l'inclusion numérique et de garantir son ancrage dans l'intérêt général. L'un des premiers sociétaires de la Scic n'est autre que la République française, via l'Agence des participations de l'Etat, aux côtés de Médias-cité, du Département de la Gironde, de la Caisse des dépôts / Banque des territoires et de la Maif. Plusieurs acteurs de la coopération tels que le Crédit coopératif, France active, Socoden et le fonds Ecofi se sont également mobilisés pour permettre à Aptic d'atteindre la bonne taille pour agir », explique son directeur général, Gérald Elbaze. Installée à Darwin, à Bordeaux, Aptic emploie 14 collaborateurs et a bouclé une levée de fonds de 2,5 M€ en avril dernier. "Tous les investisseurs sont venus pour affirmer et concrétiser leur engagement pour l'impact social et pas dans une optique de plus-value à la revente contrairement aux pratiques habituelles dans le monde des startups. Pour autant, Aptic développe de vrais modèles de revenus pour garantir sa viabilité économique et donc la soutenabilité de son modèle et de l'écosystème que nous venons consolider", précise Gérald Elbaze. L'action de la coopérative a été saluée par le label "Inclusion numérique" en octobre dernier.

Lire aussi : Inclusion numérique : la coopérative Aptic change d'échelle en levant 2,5 M€

  • L'Atelier Provisoire (architecture / Gironde)

Atelier Provisoire

Les architectes de l'Atelier Provisoire (crédits : Agence APPA)

Le choix de la Scop est encore très rare au sein de la profession d'architecte qui reste marquée par un fort individualisme. L'Atelier provisoire, installé à Bordeaux Bastide, réunit pourtant neuf architectes salariés, dont six associés, pour un chiffre d'affaires annuel de 500.000 €. Ici, peu ou pas de hiérarchie mais une échelle de salaires très resserrée (de 1 à 1,5) et une gestion collégiale pleinement assumée. Créée en 2004, la Scop a pris la suite logique d'un collectif informel d'architectes constitué en 1993. "Pour créer la Scop nous avions besoins d'une trésorerie suffisante pour assumer le salariat, ce qui n'était pas le cas à notre sortie de l'école d'architecture ! Mais désormais ce statut correspond parfaitement à notre organisation résolument collective même si c'est parfois au prix d'une forte inertie par rapport à la réactivité parfois nécessaire à la vie d'une entreprise", observe Hélène Soubiran, l'une des quatre co-gérants.

A l'instar du studio de jeux vidéo Motion Twin, la logique coopérative colle aussi avec l'approche collective du métier qui prévaut au sein de l'Atelier provisoire. "Chaque vendredi matin on se réunit pour aborder tous les sujets de l'entreprise de manière collégiale : les projets, les concours, les questions internes, etc. Cette approche collective est très présente dans les écoles d'architecture mais très peu ensuite dans la vie professionnelle donc ce modèle intéresse beaucoup même s'il suppose un engagement collectif très fort pour surmonter les obstacles financiers liés à la trésorerie", considère Vincent Paredes, un autre des co-gérants, qui ajoute que chaque associé s'est formé à la gestion d'entreprise. L'Atelier a aussi pu bénéficier du soutien de l'Union régionale des Scop lors des exercices difficiles sur le plan financier. La Scop est très présente sur le marché des équipements publics (écoles, crèches, centres de loisirs, collèges, parking) et du logement social avec notamment le chantier de réhabilitation de la cité Blanche à la Benauge, à Bordeaux.

  • Bois et Paille (construction / Deux-Sèvres)

Bois et Paille

Eddy Fruchard (à droite) et l'équipe de Bois et Paille (crédits : Bois et Paille)

Cette charpenterie créée en 2007 à Vausseroux, dans les Deux-Sèvres, rayonne dans toute la région. Elle est spécialisée dans l'éco-construction en bois et en paille et ses 12 salariés réalisent autour de 1,4 M€ de chiffre d'affaires. "J'avais toujours dit qu'après une dizaine d'années à la tête de Bois et Paille, je passerai à autre chose. L'an dernier je me suis donc penché sur le statut de Scop dans l'idée de transmettre sereinement l'entreprise aux salariés", raconte Edddy Fruchard, le fondateur et, jusqu'en octobre 2019, son dirigeant. Désormais, la société est une Scop détenue par sept des douze salariés qui ont désigné deux co-gérants, élus pour quatre ans. "Mon objectif a toujours été que personne ne soit irremplaçable dans ses compétences afin que l'entreprise puisse se développer et perdurer. La Scop répond pleinement à cet enjeu tout en assurant la cohésion du groupe", poursuit Eddy Fruchard qui, à 32 ans, se lance dans Tiny House, une activité de construction d'habitats insolites.

  • Le Jardin des Enfants (école Montessori / Gironde)

Cette école privée sous contrat accueille chaque année 90 enfants en classes de maternelle et de primaire à Latresne (Gironde) selon la pédagogie Montessori. Créée en 1999 par Alexia Lefebvre, l'association a atteint ses limites au fil des ans : "Le bureau de l'association, qui était notre employeur, était géré par les parents d'élèves et ça entraînait des difficultés et des lenteurs dans le fonctionnement quotidien." Le passage en Scop à la rentrée 2018 a permis de simplifier drastiquement la gestion de l'école qui compte désormais huit salariés dont sept associés et une professeure des écoles pour un chiffre d'affaires de 500.000 €. "La gestion de l'école appartient désormais à celles et ceux qui travaillent au plus près des enfants, c'est plus logique et légitime. Cela a à la fois soulagé et remobilisé l'équipe", juge Alexia Lefebvre. Le Jardins des Enfants cherche désormais à déménager dans des locaux plus modernes et adaptés, toujours à Latresne.

  • O Tempora (conseil / Gironde)

O Tempora

L'équipe d'O Tempora (crédits : Jérémie Briand-Wach)

Créée dès 1990 par trois jeunes associées sorties d'école, O tempora fait figure de pionnière des Scop dans le secteur tertiaire en Nouvelle-Aquitaine. Cette agence d'analyse et de stratégie installée à Bordeaux se concentre sur des thématiques d'intérêt général portés par des acteurs publics et privés. Ses 18 salariés, dont 12 associés, génèrent 1,3 M€ de chiffre d'affaires avec une organisation volontairement horizontale. "Au départ, la Scop était un choix pragmatique plus qu'idéologique mais aujourd'hui ce statut est une grande fierté individuelle et collective et nous permet d'expérimenter des modes de fonctionnement innovants avec un sociétariat des salariés qui est une symbolique forte de copropriété de l'entreprise", observe Sophie Humbert, la gérante qui estime que "l'image des Scop a beaucoup changé depuis une dizaine d'année auprès des banques et des clients. Il n'y a plus d'effet repoussoir, bien au contraire".

Cette dimension coopérative fait partie intégrante de la marque employeur d'O Tempora : "On ne recrute pas un salarié mais un futur associé qui doit être en ligne avec nos valeurs et un fonctionnement collectif et évolutif dans les missions de chacun qui accorde beaucoup de place à l'épanouissement et la forme de chacun". Et en termes de pilotage stratégique, Sophie Humbert est aussi convaincue des vertus de la Scop : "C'est une vraie chance parce qu'elle oblige à un effort de lisibilité et de transparence vis-à-vis des associés et des salariés qui permet d'être mieux outillé qu'une PME classique équivalente pour appréhender les enjeux économiques, financiers et stratégiques et donc pour agir en conséquence."

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Cet article s'intègre dans le dossier intitulé "Les PME de Nouvelle-Aquitaine misent sur le modèle coopératif", paru dans l'hebdomadaire de La Tribune du 29 novembre 2019.

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