Inclusion numérique : la coopérative Aptic change d'échelle en levant 2,5 M€

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(Crédits : Aptic)
Pionnier de l'inclusion numérique, le Pass numérique Aptic est désormais porté par une société coopérative d'intérêt collectif dédiée. Cette nouvelle structure, qui reste implantée au sein de Darwin, à Bordeaux, a levé 2,5 M€ auprès de différents acteurs d'intérêt général, dont l'Etat. Objectif : identifier et atteindre prioritairement toutes les personnes éloignées des usages numériques et tout en consolidant la filière et les lieux de formation. Un défi colossal.

La Gironde est depuis plusieurs années une terre de mobilisation et d'expérimentation en matière d'inclusion numérique. Et c'est en grande partie grâce à la détermination de la coopérative Médias-Cité et de son dirigeant Gérald Elbaze. A 41 ans, ce dernier est devenu au printemps dernier le tout premier salarié et le directeur général de la nouvelle société anonyme Aptic, dont le logo #APTIC fait référence à l'adjectif haptique. C'est le statut de Scic (société coopérative d'intérêt collectif) qui a été retenu, comme l'explique Gérald Elbaze à La Tribune :

"Ce statut nous permet d'associer toutes les parties prenantes de l'inclusion numérique et de garantir son ancrage dans l'intérêt général. L'un des premiers sociétaires de la Scic n'est autre que la République française, via l'Agence des participations de l'Etat, aux côtés de Médias-cité, du Département de la Gironde, de la Caisse des dépôts / Banque des territoires et de la Maif. Plusieurs acteurs de la coopération tels que le Crédit coopératif, France active, Socoden et le fonds Ecofi se sont également mobilisés pour permettre à Aptic d'atteindre la bonne taille pour agir."

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Un engagement pour l'impact social

La jeune coopérative, qui emploie déjà 14 collaborateurs dont plusieurs transferts de Médias-cité, a bouclé fin avril une levée de fonds de 2,5 M€ plutôt atypique puisqu'elle associe des acteurs nationaux de l'intérêt général et de la coopération, tout en confirmant son ancrage en Nouvelle-Aquitaine notamment par l'implication de la Maif et le soutien du conseil régional de Nouvelle-Aquitaine (programme StartUp Innovation). "Tous les investisseurs sont venus pour affirmer et concrétiser leur engagement pour l'impact social et pas dans une optique de plus-value à la revente contrairement aux pratiques habituelles dans le monde des startups. Pour autant, Aptic développe de vrais modèles de revenus pour garantir sa viabilité économique et donc la soutenabilité de son modèle et de l'écosystème que nous venons consolider", détaille le directeur général de la Scic qui restera au sein de l'écosystème Darwin, à Bordeaux, même si son envergure est désormais nationale.

Gérald Elbaze Aptic

Gérald Elbaze, le directeur général de la Scic Aptic (crédits : Aptic).

Car c'est bien tout l'enjeu pour la jeune coopérative désormais : changer d'échelle pour opérer au niveau national et devenir le pivot utile au service de l'inclusion numérique. Le principal levier sur le terrain sera le Pass numérique. A l'instar du titre-restaurant ou du chèque culture, il permet à son utilisateur de bénéficier de formations et de services d'accompagnement au numérique dans des lieux partenaires et préalablement qualifiés par Aptic. Financé par un tiers (Etat, collectivité locale, entreprise, association), le Pass numérique ouvre ainsi à son bénéficiaire une prise en charge totale ou partielle de sa formation aux outils numériques.

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Mobilisation des entreprises

Au-delà de sa propre levée de fonds, l'équipe d'Aptic mobilise ainsi "l'ensemble des acteurs qui ont un intérêt direct ou indirect à la montée en compétences des citoyens dans une stratégie de grande coalition au service de l'inclusion", met en avant Gérald Elbaze, également membre du Conseil national du numérique (CNN). Aptic a ainsi fait émerger des nouveaux commanditaires, financeurs des Pass, y compris dans le secteur privé - principalement les opérateurs télécom, les énergéticiens et les banques et assurances - mais aussi auprès d'opérateurs publics et des fonds européens.

"Le Pass numérique reste notre outil principal mais il sera complété par un portfolio de compétences pour chaque personne accompagnée avec un système de badges de compétences aisément identifiables d'un lieu à l'autre", indique Gérald Elbaze qui travaille aussi à la mise en place d'outils pour aider les acteurs de la formation au numérique et, plus largement, pour l'ensemble des travailleurs sociaux. Le tout avec une démarche souple et agile : "On n'avance pas avec des certitudes absolues mais plutôt en cherchant à gommer toutes les fragilités qu'on constate au fur et à mesure", précise le directeur général.

Les rôles sont par ailleurs bien répartis entre les différents acteurs : les multiples lieux et médiateurs existants dans toute la France se concentrent sur leur mission de formation auprès du public. Aptic assure le travail d'ingénierie financière et administrative que chaque lieu, seul, n'est pas en mesure de gérer, tout en vérifiant et accompagnant les capacités de chaque lieu pour engager une montée en compétences globale.

Identifier les personnes fragiles

Il y aurait 13 millions de personnes éloignées, à des degrés divers, des usages numériques sous leurs différentes facettes. Un réel handicap social et économique et une raison supplémentaire de non-recours aux droits pour les plus fragiles. Mais la principale difficulté reste de les identifier. "Notre première approche s'est concentrée sur des critères sociaux mais nous sommes parfois confrontés à des constats contre-intuitifs : un ou une bénéficiaire du RSA peut être, par exemple, au top sur le plan numérique alors qu'un ou une secrétaire de PME peut galérer avec les outils numériques au point de mettre en danger son entreprise et les emplois qui vont avec parce que c'est sur lui ou elle que repose l'ensemble des démarches désormais dématérialisées. Notre défi est d'atteindre cette personne et de convaincre un ou plusieurs commanditaires d'agir en ce sens", résume Gérald Elbaze qui promeut une approche non stigmatisante.

L'équipe d'Aptic entend ainsi se retrousser les manches et se remuer les méninges "pour imaginer des méthodes de repérages et des circuits de distribution du Pass numérique qui ne sont pas les plus évidents au premier regard." Avec une approche résolument pragmatique comme le raconte le directeur général :

« Lorsqu'on repère une typologie de population fragilisée par le numérique, notre approche consiste à repérer des acteurs légitimes disposant d'une connaissance fine et précise, d'identifier avec eux les vulnérabilités numériques créées, d'identifier ensuite le meilleur moyen d'atteindre les personnes concernées. Dans le même temps nous mobilisons des commanditaires en démontrant l'enjeu qui est le leur à ce que ces populations montent en compétences numériques, voire qu'elles puissent atteindre une forme d'autonomie numérique. Et si besoin nous outillons les acteurs qui accompagnent ces populations pour qu'elles soient mieux accueillies et accompagnées, comme ce fut le cas par exemple sur l'illétrisme. »

La Scic devrait recruter cinq à six personnes l'an prochain pour atteindre une vingtaine de collaborateurs à Bordeaux.

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