Comment Aptic va déployer le chèque inclusion numérique dans toute la France

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Le chèque culture numérique d'Aptic permet de financer des formations au numérique.
Le chèque culture numérique d'Aptic permet de financer des formations au numérique. (Crédits : Aptic)
Le chèque numérique Aptic, créé et expérimenté en Gironde depuis 2015, va être déployé au niveau national l'an prochain. Une société coopérative dédiée vient d'être créée et sera pilotée par Gérald Elbaze, le cofondateur et gérant de Médias-Cité et membre du Conseil national du numérique. Il présente à La Tribune la logique et les objectifs de la démarche : faire de l'inclusion numérique un bien commun et créer un écosystème rentable pour porter sa diffusion. L'Etat fléchera 10 M€ dès 2019 avec l'ambition d'éditer 30 M€ de pass numériques en 2022.

13 millions de Français savent peu ou pas utiliser les outils numériques, quelle que soit leur forme, et près de 7 millions d'entre eux ne se connectent jamais à internet. Un véritable handicap tant les procédures dématérialisées occupent une place croissante dans les tâches de la vie quotidienne et dans les démarches administratives. Et si 40 % de ces non internautes disent être prêts à se former, un quart d'entre eux ne sait pas comment ni à qui s'adresser. C'est pour remédier à cette fracture persistante que, depuis 2015, la Scic (société coopérative à intérêt collectif) Médias-Cité, basée à Darwin à Bordeaux, a conçu, configuré puis expérimenté en Gironde son chèque numérique, baptisé Aptic.

30 M€ de pass numériques en 2022 ?

Le concept est simple et fonctionne sur un principe similaire à celui du chèque-déjeuner : un acteur public ou privé commande un chéquier Aptic d'une valeur de 50 ou 100 € édité par Médias-Cité et remis à un bénéficiaire pour qu'il puisse payer tout ou partie d'une formation aux outils numériques dans un lieu qualifié par Médias-Cité. Ce lieu de formation effectue la prestation et reçoit ensuite la valeur du chèque de la part de Médias-Cité. Celle-ci se rémunère par une commission de 4 % après du commanditaire pour les frais de fabrication et d'édition et d'une autre commission de 4 % auprès du lieu de formation qui perçoit en réalité 9,96 € au lieu de 10 €.

"En 2018, environ 500.000 € de chèques Aptic sont en circulation dans une grosse trentaine de départements français. De quoi assurer la formation de 5.000 à 10.000 personnes. L'objectif est désormais de déployer le dispositif dans toute la France pour atteindre 30 M€ en 2022 et former entre 300.000 et 600.000 personnes par an", explique Gérald Elbaze, le gérant de Médias-Cité à La Tribune, à l'occasion des Assises des solidarités numériques qui se tiennent à Cenon, près de Bordeaux, les 5 et 6 décembre.

Une coopérative dédiée à l'inclusion numérique

Un objectif qui laisse encore une vaste marge de progression pour toucher les 13 millions d'oubliés du numérique mais qui entend avant tout s'appuyer sur une base solide. Les ingrédients retenus sont une action collective et un modèle économique rentable.

"Nous voulons faire de l'inclusion numérique un outil stratégique mais aussi un bien commun. Cela suppose une gouvernance collective pour traduire dans les faits la logique de grande coalition que l'on promeut", observe Gérald Elbaze. Concrètement, une Scic dédiée à Aptic a été officiellement créée au mois de novembre pour porter le développement. Elle associera dans sa gouvernance ses salariés, l'Etat, des collectivités locales dont le Département de la Gironde, des acteurs publics comme Pôle Emploi et la Cnaf, des acteurs publics, privés et associatifs de la médiation numérique et des entreprises. "C'est un peu un cas d'école sur les possibilités d'innovation avec l'Etat et les collectivités locales tout en étant dans les clous de la réglementation", salue Gérald Elbaze, qui prend la direction de cette nouvelle coopérative.

Une levée de fonds de 2 M€ début 2019

Celle-ci, qui sera également basée à Darwin, bouclera une levée de fonds de 2 M€ début 2019 pour financer sa montée en puissance et notamment le recrutement de l'équipe qui devrait atteindre 15 salariés d'ici 18 mois. Mais l'objectif est bien d'être rentable dès l'an prochain afin d'assoir le pass numérique sur des bases solides et pérennes. D'autant que les incitations économiques semblent bien réelles. Une étude de France Stratégie de juillet 2018 indique qu'un plan d'inclusion numérique qui toucherait un tiers de la population cible sur dix ans, soit environ 4,5 millions de personnes éloignées du numérique, pourrait représenter un gain de 1,6 milliard d'euros par an en moyenne sur la période.

A court terme, pour stimuler le déploiement national des pass numériques Aptic, 10 M€ de crédits de l'Etat ont été redéployés du plan Très haut-débit dans le cadre du projet de loi pour 2019. Si cette sommes est faible au regard des enjeux et des montants évoqués ces derniers mois, c'est néanmoins la première fois qu'une enveloppe est dédiée à l'inclusion numérique. L'idée est de générer un effet de levier en abondant les commandes des collectivités locales notamment. Mais il faudra aussi convaincre de nombreux acteurs, y compris privés, d'utiliser les chèques numériques.

"Nous discutons actuellement avec des opérateurs téléphoniques qui ont un intérêt économique à distribuer des chèques Aptic à leurs clients les plus fragiles afin de diminuer le coût de leurs relations clients. Ce raisonnement est aussi valable pour les banques qui sont à la recherche de nouveaux clients qu'ils n'arrivent pas à toucher aujourd'hui avec les outils numériques. Il faut mettre en avant ces aspects car même s'ils répondent à une logique purement économique ou commerciale, ils peuvent concourir à l'intérêt général", fait valoir Gérald Elbaze.

Et pour éviter tout conflit d'intérêt, les commanditaires de chèque Aptic ou les sociétaires de la coopérative ne peuvent choisir, seuls, les lieux, les outils et les types de formation qui seront dispensés aux bénéficiaires.

5 M€ de la Banque des territoires

Enfin, pour ancrer le dispositif sur le terrain, une dizaine de hubs territoriaux devraient être mis en place en 2019. La Banque des territoires (groupe Caisse des dépôts) y consacre un appel à manifestation d'intérêt à hauteur de 5 M€. "Chacun de ces hubs devra opérer dans deux à cinq départements. Leur mission sera de repérer des solutions d'inclusion numérique qui fonctionnent, de les consolider et de les passer à l'échelle. Ces hubs seront des centres de ressources pour tous les acteurs de l'inclusion numérique. L'objectif prioritaire est d'identifier des outils permettant de changer la donne rapidement", insiste le futur directeur de la Scic Aptic. Ces hubs locaux auront aussi un rôle pivot d'ingénierie financière pour aller chasser des subventions auprès des fonds européens et privés. Là encore, cet appel à projet est conçu comme un amorçage et ne devrait concerner que des projets ayant un modèle de développement économique soutenable à 3 ans.

Enfin, pour assurer la continuité du dispositif et mesurer son impact social, un système de badge de compétences est prévu et permettra aux personnes suivants les formations comme aux différents formateurs de suivre la montée en compétences. "Cela permettra de valider les acquis et ensuite d'orienter les personnes qui le souhaitent vers des formations plus qualifiantes et diplômantes. Tout ça doit aussi contribuer au développement d'un écosystème de la formation numérique", conclut Gérald Elbaze.

Qui sont les oubliés du numérique ?

    Le chiffre est saisissant : 88 % des utilisateurs d'Aptic ne connaissaient pas le lieu où ils ont suivi leur formation au numérique ! « Quand ça fait 20 ans qu'on travaille à l'inclusion numérique, c'est dur d'accepter qu'on a manqué tout une partie du public cible pendant des années », reconnaît Gérald Elbaze. Cela montre toute la difficulté d'identifier ces personnes vulnérables vis-à-vis du numérique qui ne sont pas toujours là où on le croit. Pour affiner son action, Aptic travaille donc avec les acteurs de terrain mais aussi avec l'Education nationale, les banques, les services publics, etc. « Il faut regarder là où les vulnérabilités s'expriment au quotidien. Par exemple, un collégien qui ne se connecte jamais à son espace numérique, c'est probablement qu'il n'y a pas ou peu d'outils numériques à domicile. Il faut avancer avec des faisceaux d'indices divers et variés», explique le directeur d'Aptic. Le déploiement du pass numérique devrait ainsi permettre de cartographier les lieux et les services de formation disponibles et d'affiner les territoires les plus fragiles.

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Commentaires
a écrit le 06/12/2018 à 5:30 :
13 millions de citoyens francais qui ne savent pas se servir d'un outil numerique !
C'est tout simplement siderant un pareil retard, mais on est en France, ne l'oublions pas.
Faut donner du temps au temps comme disait le mitrand.
Inclusion numerique.....non mais sans blague, est-ce que j'ai une gueule d'inclusion ?

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