Vins de Bordeaux : le CIVB veut que l'Europe subventionne l'arrachage de la vigne

Le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) est à la recherche d'un outil de régulation suffisamment rapide et efficace pour rétablir l'équilibre entre la production et les ventes de vin, a souligné Bernard Farges, président de l'interprofession lors de la dernière assemblée générale. Il s'agit de sortir d'une crise chronique qui aboutit bon an mal an chaque année à des invendus compris entre 500.000 hectos et 1 million d'hectos.

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Réduire la production de bordeaux pour mieux coller aux évolutions de la consommation, avec un arrachage subventionné de la vigne par l'Europe, c'est l'un des objectifs de Bernard Farges (notre photo : la Cité du vin à Bordeaux).
Réduire la production de bordeaux pour mieux coller aux évolutions de la consommation, avec un arrachage subventionné de la vigne par l'Europe, c'est l'un des objectifs de Bernard Farges (notre photo : la Cité du vin à Bordeaux). (Crédits : REUTERS/Regis Duvignau)

Malgré le très net rebond de l'activité enregistré en 2021, qui s'est traduit pour le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) par une hausse de ses propres recettes de +14 % sur un an, à 31,9 millions d'euros, le vignoble bordelais n'est pas au mieux de sa forme. Les sorties à la propriété sont en hausse de 430.000 hectolitres (+9 %) par rapport à 2020, à 4,2 millions d'hectolitres, mais c'est encore faible. En 2018, avec 4,7 millions d'hectos mis sur le marché, le vignoble de Bordeaux s'était retrouvé dans un état de faiblesse historique en matière de volume, pas vu depuis 1991...

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Ce qui donne une idée de la puissance du recul subi en 2020, où 3,9 millions d'hectos ont été vendus, contre 4,1 millions d'hectos en 2019... Une tendance nettement en recul par rapport à la moyenne historique de la production dans le vignoble bordelais, comprise entre 4,5 millions et 5 millions d'hectos. Mais ce mouvement à la baisse ne permet même pas au vignoble bordelais de retomber sur ses pieds et d'écouler sa production... Avec chaque année des invendus représentant entre 500.000 et un million d'hectolitres.

Des paradoxes qui au bout du compte étouffent Bordeaux

Si le vignoble bordelais n'est pas le seul en difficulté en France, il connaît une crise qui dure depuis des années et semble être devenue chronique. Quel que soit le sens du vent, de la tendance : que la production se mette à chuter ou qu'elle remonte à son étiage moyen historique, la crise répond toujours présente. Un déséquilibre qui épargne les grands crus qui semblent vivre dans un autre monde où les clients, en France comme à l'étranger, ont depuis longtemps pris l'habitude de répondre toujours présent.

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"De nombreux paradoxes doivent être relevés aujourd'hui... Des marchés d'exportation sont très dynamiques, comme les États-Unis, d'autres sont en souffrance, comme la Chine. Nos ventes dans la filière cafés-hôtels-restaurants (CHR), se sont relancées et celles en grande distribution sont en berne. Nos vins les plus chers se vendent bien, tandis que les moins chers sont à la peine. La dernière récolte est petite et les cours restent scandaleusement bas.

Nous sommes le premier département bio de France, et nous sommes tous inquiets de la capacité du marché à absorber les volumes bio à venir", a tout d'abord éclairé Bernard Farges, président du CIVB, qui a rappelé tout le travail de promotion de l'image du vignoble fait depuis deux ans, en mettant en avant les femmes et les hommes et du vignoble.

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A la recherche du meilleur outil de régulation

L'idée de disposer d'un outil de régulation suffisamment puissant pour permettre au vignoble d'encaisser les chocs de tendance n'est pas nouvelle mais toujours d'actualité :

"Sur notre pilotage de filière, nous progressons en vue de nous doter au plus vite d'un outil de régulation pour les AOC (vins d'appellation d'origine contrôlée -Ndr) qui le voudront. Un outil capable d'amortir les chocs climatiques ou commerciaux, comme le pratiquent avec succès nos collègues champenois et charentais. Le VCI (volume complémentaire individuel) est un formidable dispositif qu'il faut préserver et qui peut être adapté pour le rendre plus efficace, il n'est pas question de perdre ce qui fait sa force", a recadré Bernard Farges.

Instaurer un arrachage subventionné piloté par les régions viticoles

Comme le marché bordelais ne cesse de voir diminuer ses volumes et que les ventes n'arrivent pas vraiment à remonter, Bernard Farges entend pouvoir utiliser l'arrachage définitif et subventionné des vignes pour réduire la production au plus juste.

"Il ne s'agit pas de savoir s'il faut réduire les surfaces de vignes en production car ceci est en cours, il s'agit maintenant d'agir pour organiser, accélérer, orienter cette réduction utile pour tout le monde. Toutefois il faut rappeler que les textes européens ne permettent pas aujourd'hui de financer l'arrachage définitif avec de l'argent public. Rappeler cela ne veut pas dire que nous sommes contre l'arrachage (...)

Les représentants de la viticulture bordelaise demandent seulement de pouvoir arbitrer au sein des aides de l'Union européenne entre restructuration, investissements de chais et arrachage pendant trois ou quatre ans à l'échelle des régions viticoles", a déroulé en substance le président du CIVB.

Cette mesure ferait ainsi l'objet d'une prise de décision de la part des régions viticoles au sein des interprofessions et des conseils de bassins. Une proposition qui va de pair avec celle de convertir les surfaces viticoles à d'autres destinations que la vigne.

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Commentaires 2
à écrit le 29/05/2022 à 11:42
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Comment des gens en costume cravate, comme le CIVB et les pantins européens pourraient comprendre le vin ? Entre chiens et loups quand tombe la nuit.

le 30/05/2022 à 13:13
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Désolé de vous contredire, je connais la maison et c'est la marque Bordeaux qui est protégé et non le vin qui doit être de qualité et non de quantité! Par contre je vous accorde le fait pour les pantins de Bruxelles!

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