Les ventes de vins de Bordeaux ont dévissé de 400 millions d'euros en 2020

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En 2020, les ventes de vins de Bordeaux ont reculé de -5 % en volume et de -12 % en valeur.
En 2020, les ventes de vins de Bordeaux ont reculé de -5 % en volume et de -12 % en valeur. (Crédits : Thibaud Moritz / Agence APPA)
Le bilan du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) confirme un fort recul des ventes de bordeaux en 2020. C'est particulièrement vrai à l'export où la chute des ventes en valeur est supérieure à la baisse constatée sur le marché français. Il n'en reste pas moins que les vins de Bordeaux peuvent encore compter sur la fidélité des acheteurs de Hongkong, toujours prêts à payer le prix fort pour s'offrir le meilleur.

Avec le début du premier confinement, en mars 2020, la fermeture des cafés et restaurants est venue s'additionner aux annonces d'annulations en cascade des salons professionnels consacrés aux vins. Après la petite accalmie de l'été, le couperet de la fermeture des cafés-restaurants est brutalement retombé depuis le mois de novembre. Venant gonfler un coussin de mauvaises nouvelles déjà épaissi par les représailles douanières américaines appliquées sur les producteurs français de vins, dans le cadre du conflit commercial entre Boeing et Airbus, finalement suspendues il y a quelques semaines.

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Miné par une crise commerciale qui n'en finit plus de rebondir depuis une dizaine d'années, le vignoble bordelais a beaucoup souffert en 2017, frappé par un épisode de gel dévastateur qui a fait chuter la production et mis l'année suivante sous pression, puisque les ventes de ce millésime ont été déséquilibrées par le manque de volumes. Au lieu d'alléger la pression d'une offre devenue surabondante sur le marché en France, cette chute a provoqué, a souligné le CIVB (Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux), présidée par Bernard Farges, un recul des ventes à cause d'un manque de bouteilles de bordeaux estampillées 2017 à mettre en vente dans les linéaires. Cette raréfaction provoquant une hausse des prix.

Les ventes dévissent deux fois plus en valeur

Au bout du compte l'année 2020 s'est traduit par une baisse des volumes vendus de -5 % par rapport à 2019, soit 3,9 millions d'hectolitres, et, encore plus préoccupant, de -10,3 % en valeur, à 3,5 milliards d'euros. Pour mémoire, les ventes de vins de Bordeaux avaient déjà reculé en volume à 4,1 millions d'hectolitres en 2019 et à 3,9 milliards d'euros en valeur (-4 %). Aux éléments purement conjoncturels liés à la météo, à la pandémie de coronavirus et au bras de fer commercial avec les Etats-Unis, le CIVB rajoute des changements qui vont durer.

"En France, au-delà d'une année 2020 totalement perturbée, les modes et occasions de consommation des Français connaissent des profondes mutations depuis quelques années, qui ont un effet direct sur l'ensemble de la catégorie vin", recadre ainsi l'interprofession bordelaise.

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Une France essoufflée à la tête des ventes

Le CIVB souligne notamment que la diminution constante de la consommation et plus particulièrement de celle des vins rouges, avec une tendance accusée à boire moins mais mieux, s'accompagne d'une évolution plus globale marquée par la baisse de la consommation de viande, l'émergence de repas plus déstructurés, etc.

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Hypers et supermarchés, qui restent encore les circuits majeurs pour la vente des vins, sont en perte de vitesse. Un recul amplifié par la pandémie de coronavirus, souligne le CIVB, au profit "de plus petites surfaces, cavistes, magasins de producteurs, e-commerce ou bien encore du drive".

La bouteille à 5,66 euros en moyenne en GMS

Le prix moyen d'une bouteille de bordeaux (75 centilitres) en grande et moyenne surface est de 5,66 euros. Globalement les bordeaux à moins de 3 euros représentent 10 % des ventes, derrière la tranche dominante des 3-5 euros (41 %), qui suivent de près celle des 5-10 euros (37 %) et des plus de 10 euros (12 %).

En 2020, la France s'est imposée comme la première destination des vins de Bordeaux, avec 57 % des ventes. Dans ce cadre, le circuit des grandes et moyennes surfaces a capté 48 % du marché, devant celui des magasins à très bas prix (hard discount) français 9 % et les autres circuits (hors domicile, restauration, cavistes, vente directe...), à 43 %.

Les ventes des bordeaux dans le circuit de la grande distribution ont reculé de 4 % en volume en 2020, avec 142 millions de bouteilles, et de 5 % en valeur, à 807 millions d'euros. Si la tendance "boire moins mais mieux" ne semble pas s'être retournée, le CIVB concède que l'an dernier les Français "face aux multiples restrictions" provoquées par la pandémie se sont davantage orientés vers les "des produits moins valorisés, au détriment des vins d'appellation".

Hongkong se paie les bordeaux les plus chers

Le dénivelé affiché par les ventes de vins de Bordeaux entre volume et valeur est particulièrement accusé en 2020 dans le secteur de l'export. Sur ce terrain les ventes se sont ainsi tassées de -3 % en volume, avec 1,73 millions d'hectolitres, tandis qu'elles chutaient de -14 %, à 1,8 milliard d'euros. En plus du conflit douanier avec les Etats-Unis, il fut rajouter à ce menu décourageant le poids des incertitudes commerciales liées au Brexit et les conséquences de la violente crise politique (que le CIVB considère comme sociale) qui secoue Hongkong, qui reste le joyau de la couronne des ventes de bordeaux à l'étranger.

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Car pour être très précis il faut souligner que le tout premier client en valeur des vins de Bordeaux dans le monde est bien la zone spéciale de Hongkong, avec 296 millions d'euros en 2020, à -2 %, devant la Chine continentale, à 222 millions d'euros (-13 %) ! Vient ensuite le Royaume-Uni, troisième client en valeur l'an dernier, à 211 millions d'euros (-19 %), devant des Etats-Unis, qui pointent à 208 millions d'euros en chute libre de -29 %.

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En volume, le premier client de Bordeaux est la Chine continentale, avec 308.000 hectolitres, devant les Etats-Unis (199.000 hectolitres) et le Royaume-Uni où les volumes sont par contre en hausse, à 188.000 hectolitres à +6 %. Avec 55.060 hectolitres achetés en 2020, il est clair que la zone spéciale de Hongkong, une quasi cité-Etat avec laquelle Bordeaux avait noué des liens très serrés, ne ressemble à aucun autre marché au monde et s'impose comme le plus bling-bling de tous.

Bio : des indices qui pourraient rassurer

Le vignoble bordelais s'est imposé en 2020 comme le premier de France en AOP bio en volume et en valeur, tous formats (Bib, bouteilles) et tous circuits de distribution confondus (hypers, supers, proxis), avec 7,9 millions de bouteilles vendues (-3 %) et un chiffre d'affaires de 44,9 millions d'euros (-2 %). Le vin bio représente 5,6 % des ventes en Bordeaux.

Pour raisonner en termes financiers on peut dire que la tendance du marché à l'export est logiquement dictée par la Chine consolidée ou grande Chine comme certains l'appellent, qui agrège Chine continentale, îles de Hongkong et de Macao, et qui s'impose avec un total de 364.000 hectolitres en 2020, en fort recul de -13 %, pour un chiffre d'affaires de 532 millions d'euros, à -7 %.

A l'inverse, les ventes à l'export bondissent dans les pays faiblement ou très faiblement buveurs de vin de Bordeaux comme le Danemark, à +45 % (en 13e position pour les ventes en valeur à 19 millions d'euros), et au pays de la bière, en Irlande (classée au-delà des quinze premiers clients/non répertoriée), à +39 %. Avec de bons résultats en Lettonie, à +18 % (en 15e position pour les ventes en valeur à 11 millions d'euros).

Dans tous les cas en 2021 le vignoble va devoir affronter une situation très difficile attisée par les problèmes de ventes.

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