Nicolas Thierry : "Faire de la Nouvelle-Aquitaine la première région écologique d’Europe"

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Nicolas Thierry, au micro à Poitiers le 26 octobre, en compagnie de Noël Mamère, à gauche, Maryse Combres (son binôme EELV de Lot-et-Garonne) et Léonore Mondond'huy, maire de Poitiers.
Nicolas Thierry, au micro à Poitiers le 26 octobre, en compagnie de Noël Mamère, à gauche, Maryse Combres (son binôme EELV de Lot-et-Garonne) et Léonore Mondond'huy, maire de Poitiers. (Crédits : Benjamin Boccas)
Membre de la majorité de gauche au conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, le parti écologiste EELV est le premier à se lancer officiellement dans la campagne des prochaines élections régionales prévues en mars 2021. Une initiative prise sans donner de coups de canifs au contrat de majorité qui le lie au PS d'Alain Rousset. Les derniers sondages montrent que, comme ses futurs concurrents, Nicolas Thierry a les moyens d'emporter la victoire.

Associés depuis l'élection de 2016 à la majorité PS qui gouverne la Nouvelle-Aquitaine, dont Alain Rousset (PS), est le président, la formation EELV (Europe Ecologie Les Verts) a désigné, le 26 octobre à Poitiers, Nicolas Thierry, élu de Gironde et vice-président en charge de l'environnement et biodiversité à la Région, comme son chef de file pour les prochaines élections régionales de 2021 prévues en mars, en même temps que celles des conseils départementaux. L'élue EELV lot-et-garonnaise Maryse Combres, cheffe de file de l'opposition municipale à Agen, formant avec lui un binôme en tête de la liste écologiste.

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EELV est ainsi la première formation politique représentée à la Région à déclarer sa candidature pour la prochaine échéance électorale régionale. Cette annonce ne signifie pas pour autant qu'EELV a décidé de rompre son alliance avec l'actuelle majorité régionale, malgré des tensions récurrentes sur la gestion des ressources en eau.

 "Prendre cette région, c'est notre objectif"

"Nous sommes des gens sérieux, nous avons posé des lignes rouges et tant qu'elles ne sont pas rompues nous restons alliés [avec le PS], nous assumerons nos responsabilités jusqu'à la fin du mandat. Prendre cette région, c'est notre objectif. La position que nous avons aujourd'hui est le résultat des élections lors du dernier scrutin régional. Depuis, les choses ont beaucoup changé et nous prétendons gagner ces régionales pour faire de la Nouvelle-Aquitaine la première région écologique d'Europe", déroule pour La Tribune Nicolas Thierry.

Les dernières élections municipales constituent sans aucun doute pour les Verts la séquence politique la plus saillante de la période 2016-2020, puisque deux des trois métropoles de Nouvelle-Aquitaine, Bordeaux (avec Pierre Hurmic) et Poitiers (avec Léonore Moncond'huy), ont basculé dans le camp écologiste, Limoges lui préférant son maire (LR) sortant, Emile-Roger Lombertie. Le fait d'annoncer sa candidature à Poitiers, où il a été accueilli par Léonore Moncond'huy, est un symbole d'autant plus fort que la capitale poitevine est le porte-drapeau d'un territoire en première ligne sur la question de la gestion des ressources.

La mobilisation contre les Bassines monte en puissance

Le dossier des prélèvements d'eau par l'agriculture dans la Sèvre niortaise et le Marais poitevin, en particulier dans les Deux-Sèvres, par le biais des Bassines, cristallise ainsi les tensions au sein de la majorité régionale. Le plus gros projet doit aboutir à la construction de 16 Bassines, des retenues d'eau d'une capacité totale de stockage de 6,8 millions de mètres cubes, moyennant 50 millions d'euros d'argent public.

Un énorme projet auquel s'oppose le collectif citoyen "Bassines non merci!" La manifestation organisée par ce collectif le 11 octobre à Epannes (Deux-Sèvres) a été un succès avec, selon Nicolas Thierry, près de 4.000 participants, et des têtes d'affiche nationales, comme Yannick Jadot, député européen d'EELV, José Bové, ex-député européen EELV, syndicaliste altermondialiste de la Confédération paysanne, mais aussi Philippe Poutou, ex-ouvrier à Ford Aquitaine Industries et nouvel élu d'extrême-gauche à la mairie de Bordeaux, avec la liste Bordeaux en luttes.

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D'énormes retenues qui pompent l'eau des nappes

"Contrairement à ce que l'on pourrait croire les Bassines ne sont pas alimentées par les eaux de pluie. Ces énormes retenues, qui font la taille de 10 à 20 terrains de football chacune, sont remplies par des pompages effectués dans les nappes phréatiques l'hiver, ce qui pose un problème majeur pour le cycle de l'eau. D'autre part ce projet des Bassines est très coûteux et n'a pas de viabilité économique, il ne peut exister que grâce à des financements publics. Et cet argent nous voulons qu'il soit affecté à la transition écologique. Au lieu de quoi le projet actuel prévoit d'engager des financements publics au service d'une monoculture intensive dont la production est destinée à l'export. Ces Bassines c'est un cadeau fait à des industriels, pas à des agriculteurs", martèle Nicolas Thierry.

Lire aussi : Bassin Adour-Garonne : la gestion de l'eau fragilisée par les coupes budgétaires

Favoriser une agriculture locale et biologique

Lui-même fils de viticulteur, Nicolas Thierry souligne qu'il sait de quoi il parle et ne condamne pas les aides financières publiques à l'agriculture.

"Nous voulons seulement que ces aides soient mises au service du développement d'une agriculture locale et biologique, au lieu de subventionner l'industrie de l'agro-business", recadre l'élu régional.

Dans le dossier des Bassines, Alain Rousset a joué un rôle de médiation qui a permis de réduire le projet initial de 19 à 16 Bassines. Mais le maintien de ce projet encore ambitieux a convaincu quatre élus locaux EELV de déposer plainte, à titre individuel, contre l'exécutif régional. Des plaintes qui suivent suivent leur cours.

Hors de question de passer "à la va-vite"

"Dans cette affaire il y a beaucoup de démarches qui ont été initiées en justice. Nous sommes dans un moment crucial parce que la Région veut faire passer le projet avant les prochaines élections. Pour nous il est hors de question que ce projet passe à la va-vite : c'est un enjeu démocratique qui nécessite d'avoir un débat serein et, sur ce point, j'ai un désaccord profond avec Alain Rousset", relève le candidat EELV.

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"Oui l'agriculture industrielle c'est fini"

Sans vouloir jouer les Cassandre, Nicolas Thierry est loin de céder à l'euphorie et prône l'adoption de mesures radicales pour maintenir au plus bas la hausse maximale des températures que va provoquer le chaudron des émissions de gaz à effet de serre.

"Nous avons beaucoup attendu avant d'amorcer la transition énergétique, et plus nous allons avancer dans le temps et plus le chemin va être étroit. Nous en sommes arrivés à la décennie critique, comme l'a démontré le Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat -NDLR). Nous ne pouvons plus ménager la chèvre et le chou. Oui l'agriculture industrielle c'est fini, oui il va y avoir des problèmes, prévient Nicolas Thierry. Il y a des syndicats agricoles, poursuit-il, qui ne veulent pas sortir du modèle productiviste et à côté de ça des agriculteurs qui voudraient changer de modèle mais pour lesquels c'est très difficile".

Nicolas Thierry n'est pas là pour donner des bons points

Concernant Alain Rousset, le chef de file EELV et toujours vice-président régional est clair :

"Je ne suis pas là pour distribuer les bons et les mauvais points. Nous sommes dans le cadre d'un contrat de majorité et, comme je vous l'ai dit, nous continuerons à assumer nos responsabilités. Déchirer ce contrat maintenant serait une manœuvre purement électoraliste, ce dont nous ne voulons pas".

Personne ne peut encore dire si les prochaines élections auront bien lieu à la date prévue, Covid-19 oblige. Mais, dans tous les cas, la liste EELV se lancera dans la bataille.

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Les sondages s'invitent dans la pré-campagne

Jusqu'ici trois sondages, commandés par LREM-Modem, EELV et le PS donnent des résultats sensiblement différents, qui sont plus ou moins favorables au parti écologiste et montrent surtout que l'élection risque de se jouer dans un mouchoir de poche.

Le 1e tour de l'élection dessiné par le sondage réalisé en août par OpinionWay, à la demande de LREM-Modem, donne le PS d'Alain Rousset en tête à 19 %, à égalité avec la liste LREM-Modem, que pourrait conduire la landaise Geneviève Darrieussecq (Modem), ministre déléguée à la Mémoire et aux Anciens combattants, devant le Rassemblement national d'Edwige Diaz, à 18 %, la liste LR de Nicolas Florian, à 17 %, EELV étant décroché à 13 %.

Mais le sondage réalisé en septembre par Harris Interactive à la demande d'EELV donne une vision du 1e tour différente. En l'occurence, c'est la liste LREM-Modem qui vire en tête au 1e tour avec 22 % des voix, devant le Rassemblement national, à 21 %, EELV à 19 % (avec Génération-S et le PCF), et le PS à 17 %...

Résultat qui a entrainé le lancement de son propre sondage par le PS, rendu public fin octobre, avec un 1e tour où c'est le RN qui vire en tête, avec 23 % des voix, devant le PS, à 22 %, LREM-Modem, à 19 % et EELV à 17 %.

Bref, le jeu des alliances, avec en particulier Générations-S et le PCF va s'avérer déterminant pour cette élection qui s'annonce particulièrement serrées compte-tenu des marges d'erreur.

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Commentaires
a écrit le 15/03/2021 à 22:33 :
Tiens tiens Nicolas Thierry ! Lorsqu'on lui avait demandé de l'aide sur comment faire pour protéger un lieu avec de la biodiversité une zone humide et de la faune et flore protégés (avec preuves et validations) mais que des politiques locaux voulaient détruire au profit d'un projet immobilier...il nous a répondu qu'il était là pour sa conférence et que si on voulait que ça change on n'avait qu'à faire de la politique !!! On était tous dégoûtés ! Il veut faire carrière, s'assurer une bonne place, le reste lui importe peu... nous ne sommes que des gueux.
a écrit le 05/11/2020 à 8:56 :
"Prendre cette région c'est notre objectif" ... ça en dit long sur la mentalité des élus EELV qui ne souhaitent se mettre au service des citoyens mais "prendre le pouvoir" ... si ce n'est pas le début d'une dictature c'est quand même bien imité ...
a écrit le 03/11/2020 à 8:29 :
La Nouvelle Aquitaine est devenue en quelques années la référence de ce qu'il ne faut surtout pas faire en matière de climat, d'eau et de biodiversité ... Mr Rousset a investi des millions dans des études pour anticiper le dérèglement climatique et on s'aperçoit que les actions entreprises sont à l'opposé de ce qu'il fallait faire puisqu'on alterne des inondations et des sécheresses de plus en plus fortes et meurtrières !

Une sécheresse c'est juste un manque d'eau l'été, un comble quand on a passé l'hiver les pieds dans l'eau sans faire de réserve ... en France ce sont les écologistes qui s'opposent systématiquement à la construction de réserve et qui vont même jusqu'à en faire détruire .... Cherchez l'erreur !
Réponse de le 03/11/2020 à 10:09 :
"Cherchez l'erreur ! "

IL est déjà trouvé c'est ton "raisonnement" gros, ou plus sûrement ton résonnement, les réserves comme vous les nommez dans l'agro-industrie favorisent l'évaporation de l'eau, par ailleurs vous êtes incapables d'y entretenir la vie dans ces réserves parce que vous n'en voyez pas l'intérêt pour votre porte monnaie, faisant que vos retenues d'eau gaspillent massivement l'eau, la matière première vitale que nous avons de moins en moins.

Entretenez la vie autour de vos points d'eau et déjà vous serez bien plus crédibles. Mais il va falloir éviter les produits chimiques industriels pour alimenter cette vie qui vous est au final totalement inconnue, vous pensez y arriver ? Hum vu comme vous y êtres drogués à tous vos poisons ce serait étonnant que vous y parveniez.
Réponse de le 03/11/2020 à 12:25 :
les sécheresses de plus en plus longues ont des conséquences monstrueuses qui entraînent l’effondrement accéléré des pollinisateurs, des insectes, des oiseaux, impactent l’ensemble du vivant, y compris la santé humaine ! les néonicotinoïdes sont uniquement l'arbre qui cache le désert ... 1.1 millions d'hectares de prairies en Nouvelle Aquitaine avec des haies et des arbres, sans labour et sans pesticide pourtant tous les étés ce sont des cimetières de biodiversité, même les vieux arbres sèchent ...

Le bassin versant de la Sèvre Niortaise (au niveau de la Tiffardière) fait 1070km2 et reçoit une moyenne 900 millions de m3 par an, depuis le 18 10 2019 la Sèvre a évacué 683 millions de m3 d'eau douce dans la mer (74% des précipitations annuelles, alors qu'il ne faudrait jamais dépasser les 30% ) avec 5 périodes d'inondations ... ça doit être la rivière de France la plus mal gérée ... et ce n'est pas fini !

ça peut paraitre anodin mais en Nouvelle Aquitaine la consommation d'eau potable et industrielle, dans les nappes phréatiques, correspond exactement aux prélèvements agricoles, donc si cette eau était recyclée pour l'arrosage (conformément au code de l'environnement) on diviserait par deux les prélèvements estivaux.
Idem pour les ruissellements urbains, la Nouvelle Aquitaine compte 781 200 hectares artificialisées (9.3% du territoire) avec une pluviométrie moyenne de 700mm par an on obtient 5 milliards de m3 d'eau douce exploitable pour des usages non domestiques comme l'arrosage. 5 milliards de m3 c'est 3 fois la consommation TOTALE de toute la région (potable agricole et industrie) qui n'est que de 1.5 milliards, c'est 10 fois les prélèvements agricoles estivaux dans les nappes phréatiques (500 millions de m3) , c'est à dire qu'au lieu d'irriguer 400 000 hectares on pourrait en irriguer 4 millions donc la TOTALITÉ de la Surface Agricole Utile de la Nouvelle Aquitaine sans prélever une goutte dans les nappes phréatiques l'été...
Réponse de le 03/11/2020 à 18:45 :
les sécheresses et les inondations ne sont pas des fatalités mais le résultat logique d'une très mauvaise gestion des eaux de surface !

La France ne manque pas d'eau, la consommation (potable, industrie et agricole) ne représente que 2.5% des précipitations annuelles, mais juste de réserve. Actuellement les rivières françaises rejettent entre 50 et 70% des précipitations (alors qu'il ne faudrait jamais dépasser les 30% ...) ce qui provoque des inondations, un assèchement mathématique des bassins hydrologiques. Contrairement aux idées reçues les pluies ne viennent pas exclusivement de la mer mais à 70% de l'évapotranspiration et donc des terres, Autrement dit avec 0% d'évaporation on provoque 0% de chance d'avoir des pluies, et au lieu d'évacuer la chaleur on la stocke dans les sols ce qui provoque des canicules et amplifie les effets du dérèglement climatique !
Réponse de le 19/11/2020 à 17:26 :
de plus il ne s'agit pas de reserve se remplissant avec l'eau de pluie, mais bien d'un droit de pompage associé, dans les nappes souterraines, si la bassine n'etait pas remplie avec l'eau de pluie. c'est CE PUTAIN de droit de pompage qui pose souci, pas de retenir de l'eau de pluie. arretons de prendre les gens pour des cons, avec ces elements de language qui font croire qu'on serait contre retenir de l'eau de pluie. cultivez vous merde à la fin.

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