Alain Anziani, président de Bordeaux Métropole, veut éviter le "tout-vélo"

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Alain Anziani ce mardi matin lors de la conférence de presse
Alain Anziani ce mardi matin lors de la conférence de presse (Crédits : Appa/ Eric Barrière)
Le président de Bordeaux Métropole, Alain Anziani, a mis l'accent sur le dossier de la mobilité lors de sa conférence de presse de rentrée. Un sujet de préoccupation pour l'élu socialiste, qui estime qu'il y a quelque chose de déréglé dans ce domaine métropolitain. Entre refus de chasser la voiture de l'espace urbain, demande d'un moratoire sur le déploiement de la 5G et envie de créer une ligne de RER métropolitain Bordeaux-Libourne, Alain Anziani a balisé sa rentrée.

Alain Anziani a fait ce mardi matin 15 septembre 2020 une conférence de presse de rentrée largement consacrée aux questions de mobilité. Le nouveau président (PS) de Bordeaux Métropole, élu à l'issue des dernières élections municipales, préside une métropole de 28 communes et près de 800.000 habitants, qui est née en 2015 (1er janvier) à partir de la Communauté urbaine de Bordeaux, qui avait de son côté vu le jour en 1968 (1er janvier).

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Elu PS, Alain Anziani est l'allié de Pierre Hurmic, nouveau maire EELV de Bordeaux à la tête d'une coalition de gauche (PS-PCF...) qui a bénéficié de l'appui de l'appareil socialiste du Département de la Gironde, présidé par Jean-Luc Gleyze, et de la Région, présidée par Alain Rousset. Le nouveau président de la Métropole, qui, comme son allié bordelais, est avocat, n'entend pas cesser d'exister.

La mobilité reste un point noir dans la vie métropolitaine

"Nous devons rendre la ville plus fluide, simplifier les déplacements, réduire le temps de déplacement. Nous faisons face à un échec collectif des acteurs publics qui remonte à des années et dans lequel je me mets. La Métropole se retrouve aujourd'hui avec un budget mobilité de l'ordre de 500 millions d'euros par an, soit près d'un quart des dépenses du budget principal. Et à la fin nous voyons que nous avons toujours des problèmes de mobilité. Il faut être clair, il y a eu quelque chose de raté", déroule le président de Bordeaux Métropole.

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Ce dernier évoque une croissance accélérée de l'agglomération, plus rapide que prévue, mais aussi le fait que Bordeaux Métropole soit -selon lui- une des dernières agglomérations à faire passer sa rocade à deux fois trois voies ou à s'être à nouveau dotée d'un tram (les derniers avaient été envoyés à la casse par Jacques Chaban-Delmas en 1958).

Pour en finir avec cette situation Alain Anziani a prévenu qu'il faut "éviter la caricature et, après le tout-voiture, tomber dans le tout-vélo, qui n'est pas la solution à toutes les mobilités" a prévenu le patron de la Métropole, qui a tout de même souligné qu'il fallait laisser au vélo toute sa place. Sans doute pour ne pas froisser son allié Pierre Hurmic, écologiste convaincu, qui ne conduit pas de voiture, circule à Bordeaux à vélo et nourrit de grands projets urbains pour les biclous.

Le piéton, un nouvel aventurier urbain qu'il faut tenter

"Nous n'avons pas de plan « marcher », le piéton est oublié, à Bordeaux comme à Mérignac. Désormais même le piéton est un aventurier, quand on voit dans quel cadre il se déplace parfois. Il faudrait construire des enfouissements, pour sécuriser, donner envie avec des parcours fléchés qui pourraient pointer le nombre de pas à faire... Je n'ai pas oublié la voiture, elle a encore de l'avenir dans le paysage urbain", a défendu en substance le nouveau président de la Métropole.

Sans condamner le tramway, Alain Anziani a souligné qu'il coûte très cher et que "plus on fait de lignes, plus le risque d'avoir des pannes augmente". C'est ainsi que l'élu a commencé par plaider pour le bus à haut niveau de service (BHNS), un projet toujours dans les tuyaux juridiques, qui ne risque pas de bloquer le trafic en cas de problème et qui doit être "mieux vendu" a recadré le président de la Métropole.

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RER métropolitain : en route pour Libourne

Le président Anziani a également estimé que le fleuve est sous-exploité, mettant en avant le triptyque fleuve-piéton-cycliste, non sans préciser que la Métropole va se doter de trois nouveaux bateaux pour traverser la Garonne en ville. Favorable au RER métropolitain, dont le fonctionnement s'articulerait autour d'une nouvelle desserte utilisant la ligne de ceinture, mais aussi par une connexion optimisée de Bordeaux Métropole à différentes villes, grâce au réseau ferré existant de la SNCF.

Ce qui ouvre de nouveaux horizons à l'échelle d'une conurbation identifiée par les chercheurs mais encore peu présente sur le terrain politique. Conurbation qui englobe la ville de Libourne, une trentaine de kilomètres à l'est.

"Je vais ce vendredi à Libourne où je vais rencontrer le maire de la ville, Philippe Buisson. L'idée de créer un axe Libourne-Bordeaux, en vingt ou trente minutes, pourrait permettre d'offrir des logements aux étudiants bordelais", éclaire le président de Bordeaux Métropole.

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Une rupture de DSP sur la gestion de l'eau historique

Ce dernier n'entend pas s'attaquer brutalement au plan local de l'urbanisme (PLU) mis en place dans la Métropole par l'ex-maire de Saint-Médard-en-Jalles, Jacques Mangon, qui passe pour être davantage une boîte à outils très flexible au service des collectivités, qu'un oukase auquel se conformer. Il semble qu'Alain Anziani ait décidé de rester dans le ton, préférant les retouches -mêmes si elles peuvent être lourdes- aux grands soirs urbanistiques.

A noter qu'Alain Anziani n'est pas revenu sur le probable plan de relance pour les entreprises, actuellement en préparation du côté de la Métropole, préférant rappeler qu'il est favorable à l'adoption d'un moratoire concernant le déploiement de la 5G sur le territoire métropolitain.

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En matière de gestion de l'eau, il a confirmé que la Métropole allait mettre fin au contrat qui la lie depuis des années au groupe Suez, pour passer en régie municipale. Il faudra bien compter une année de délai, le temps que tout soit remis en place. Ce qui fait que le contrat de délégation de service public (DSP) confié par la Métropole à Suez, qui arrive à échéance en décembre 2021 devrait être prorogé d'un an avant d'être cassé début 2023.

Navette Air France : front du refus contre la fermeture

Le président s'est montré plutôt optimiste quand à l'achèvement du pont Simone Veil, à l'arrêt depuis plusieurs mois, moyennant un surcoût qui pourrait faire bondir la facture de 146 millions d'euros au départ, à 170 millions d'euros. Il s'est enfin positionné comme un défenseur de la navette d'Air France, qui relie chaque jour Bordeaux à Paris et dont l'avenir est menacé, par l'impact de l'arrivée du TGV à  Bordeaux, avec deux heures de trajet pour aller à Paris, mais aussi du Covid-19, sans compter l'hostilité de Pierre Hurmic au maintien de ces liaisons.

"Les gens qui habitent dans des territoires proches, comme le Médoc ou le bassin d'Arcachon, veulent la garder, tout comme les industriels et les ressortissants d'outre-mer, en particulier des Antilles, qui au lieu de prendre comme avant leurs correspondances à Orly en arrivant de Bordeaux, doivent désormais aller à Roissy", a éclairé Alain Anziani, qui a rappelé que les vols de nuit seraient bientôt interdits.

Le président de la Métropole aura tracé toutes les pistes qui lui semblent pour le moment essentielles au cours de cette rentrée. Un agenda qui pourrait bouger avec le temps.

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