Alain Anziani prend la présidence de Bordeaux Métropole sur fond de crise ouverte avec la droite

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Alain Anziani, 69 ans, est élu président de Bordeaux Métropole à la suite de Patrick Bobet.
Alain Anziani, 69 ans, est élu président de Bordeaux Métropole à la suite de Patrick Bobet. (Crédits : Agence APPA)
Le maire PS de Mérignac, Alain Anziani, 69 ans, a été élu président de Bordeaux Métropole ce 17 juillet par 65 des 104 conseillers métropolitains. Un élection sur fond de crise ouverte puisque 34 élus de la droite et du centre ont quitté la salle pour protester contre la fin de la cogestion associant la droite et la gauche depuis les années 1970. Les délégations des vingt vice-présidents ont été votées.

La Métropole, qui pilote des compétences particulièrement stratégiques dont le développement économique, les transports et l'urbanisme, avait-elle besoin de s'offrir une crise politique inaugurale ? L'élection du maire socialiste de Mérignac, Alain Anziani, à la présidence ce vendredi 17 juillet a en effet été précédée par un discours très critique de son prédécesseur, Patrick Bobet, qui a estimé que la fin de la cogestion droite-gauche est une "triple erreur politique, humaine et stratégique". Les 34 élus du groupe Communauté d'avenir (droite et centre) ont ensuite quitté ensemble le conseil pour protester contre la volonté de la majorité "d'exclure sèchement" onze communes et 250.000 habitants de la gouvernance de Bordeaux Métropole. Les quatre conseillers du groupe LREM, qui constituent un groupe à part au conseil métropolitain, sont en revanche restés dans la salle.

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Le départ d'un tiers des élus métropolitains n'a pas empêché Alain Anziani d'être désigné à 69 ans à la présidence de l'intercommunalité par 65 voix contre une à Philippe Poutou, représentant Bordeaux en luttes, quatre bulletins blancs ou nuls et 34 abstentions.

Défenseur et partie prenante de la cogestion depuis 2014, Alain Anziani est contraint d'adopter une position opposée tout en assurant vouloir offrir des garanties aux onze maires de droite et du centre. "Je salue les six présidents de la Communauté urbaine qui m'ont précédé : trois de droite et trois de gauche [...] J'ai souhaité un large rassemblement mais il n'a pas été possible", a indiqué le nouveau président qui a qualifié la décision des élus de Communauté d'avenir de "digne et cohérente"."J'avais le choix de travailler avec Communauté d'avenir et d'exclure Bordeaux ou de travailler avec la ville centre qui doit prendre toute sa place dans la Métropole. J'ai choisi la deuxième option mais j'ai bel et bien proposé à la droite trois postes de vice-présidents et ils ont refusé", a réaffirmé Alain Anziani alors que Patrick Bobet assure "qu'il n'y a eu aucune réelle négociation sur ce sujet".

"Tout n'est pas à jeter dans le bilan de la Métropole : ce serait inélégant et ce serait inexact", a ajouté Alain Anziani qui indique prendre des engagements : "le fait majoritaire n'effacera pas le fait communal et nous travaillerons ensemble avec tous les maires sur l'élaboration et l'adoption d'un pacte de gouvernance. Aucune commune ne sera exclue de la gestion et des actions de la Métropole". Reprenant les grandes lignes du projet de mandature présenté la veille, le nouveau président a mis en avant l'innovation, la politique d'insertion économique, le vélo et les transports en commun, sans oublier la place de la voiture, une Opération d'intérêt métropolitain sur la rive droite, une possible liaison en téléphérique au-dessus de la Garonne et une politique de coopération avec les territoires voisins en matière d'habitat et d'activités économiques.

Pierre Hurmic Alain Anziani

Pierre Hurmic et Alain Anziani (crédits : Agence APPA)

"Je reprends à mon compte l'expression d'urgence climatique qui se déclinera dans l'habitat, avec des rénovations énergétiques par exemple, mais aussi dans la mobilité. Et il y a aussi une crise économique et sociale mondiale majeure. Il faut donc soutenir et accompagner nos entreprises et nos habitants. Je lie ces deux urgences, ces deux grands défis qu'il faut traiter en même temps", a poursuivi Alain Anziani qui entend également retoucher le fonds d'urgence de 15,2 M€ débloqué par la Métropole pour aider les entreprises face au Covid-19 mais qui peine à trouver preneurs. "Il faut regarder comment on peut mieux utiliser ce fonds et comment on peut mieux y travailler avec la Région Nouvelle-Aquitaine."

Lire aussi : Covid-19 : les fonds d'aides aux entreprises encore loin d'être épuisés !

"Une triple erreur"

Dans son discours inaugural, le président sortant Patrick Bobet, a qualifié la fin du principe de cogestion associant la droite et la gauche au sein de l'exécutif métropolitain de "triple erreur" :

"Une erreur politique et un déni démocratique qui exclut purement et simplement onze maires de la Métropole [...] Une erreur humaine qui bafoue et méprise le vote de 250.000 habitants de la Métropole, soit le tiers de sa population [...] Une erreur stratégique car ces 38 élus écartés de la gestion de la Métropole ne porteront pas les décisions et les projets métropolitains de la même manière". "La cogestion est consubstantielle de l'existence de la Communauté urbaine", a-t-il martelé, citant les mots de Michel Sainte-Marie, ancien président socialiste de la Communauté urbaine.

"Cette nouvelle gouvernance n'exclut pas, elle partage, elle clarifie. Il y a une instance politique, le bureau métropolitain, qui consacre un fait majoritaire, et une conférence des maires collégiale où chacun aura sa place quelque soit sa taille ou sa couleur politique", a voulu rassuré Pierre Hurmic, le maire écologiste de Bordeaux et farouche pourfendeur de la cogestion, avant de citer Gandhi pour "définir la notion de résilience qui devra être notre boussole : 'il nous faut apprendre à vivre plus simplement pour permettre à d'autres de simplement vivre' ".

Les principales délégations

Le maire de Bordeaux a été désigné 1e vice-président en charge du pilotage et de l'évaluation du projet de transition métropolitain. Le poste de 2e vice-présidente revient à Christine Bost, maire d'Eysines, en charge de l'aménagement urbain et naturel et du foncier opérationnel. Clément Rossignol-Puech, maire de Bègles, est 3e vice-président en charge des stratégies des mobilités et mobilités alternatives et de la prospective 2030-2050 tandis que Béatrice de François, maire de Parempuyre, est en charge des transports en commun et du stationnement. C'est Stéphane Delpeyrat, le maire de Saint-Médard-en-Jalles, nommé 4e vice-président, qui pilote le développement économique, l'emploi, l'enseignement supérieur et la recherche tandis que Bernard-Louis Blanc, adjoint au maire de Bordeaux, est en charge des stratégies urbaines : Plan local d'urbanisme, établissement public foncier et gestion des risques inondation et technologiques, et que Jean-Jacques Puyobrau, maire de Floirac, supervisera le logement, l'habitat et la politique de la ville. Claudine Bichet, première adjointe au maire de Bordeaux, est vice-présidente en charge du climat, de la transition énergétique et de la santé.

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Commentaires
a écrit le 18/07/2020 à 11:54 :
La "victoire" avec moins de 15 % des inscrits de Hurmic permet à la gauche déguisée en vert de reprendre un vieux rêve : tenir le Sud-Ouest, terre de paysans et la teindre en rose (couleur si douce) avec des infrastructures, du social, des réalisations, des subventions, etc. De Rousset, à Glaize, Anziani puis Hurmic, nous voilà dans la "république du rose", mais aussi avec des méthodes staliniennes (cf. cette élection à la Métropole) : Hurmic va imposer des mesures idiotes, consensuelles parmi les bobos-gauchards-postconfinement, etc. Et ceci s'appelle poliment un déni de démocratie, pour moi c'est le début des dictacratures : une méthode pseudo-démocratique, mais autoritaire et partisane. Au secours l'esprit des Lumières !!!

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