La sécurisation des transports en commun se prépare sur le campus bordelais

A l'occasion de ses deux ans d'existence, la chaire Mobilité et transports intelligents, pilotée par Bordeaux INP, l'Université de Bordeaux et l'Enseirb-Matmeca, a livré ses premières avancées et ses prochaines orientations. Illustration d'un futur des mobilités entre transports en commun autonomes et régulations des bouchons, alors que la congestion du trafic bordelais semble être à son paroxysme.

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Les jeunes doctorants de la chaire ont présenté leurs premiers travaux de thèses lundi 15 novembre à l'Enseirb-Matmeca.
Les jeunes doctorants de la chaire ont présenté leurs premiers travaux de thèses lundi 15 novembre à l'Enseirb-Matmeca. (Crédits : chaire mobilité et transports intelligents)

Deux ans après son lancement, la chaire Mobilité et transports intelligents a-t-elle trouvé la solution ultime pour dompter les bouchons bordelais ? "C'est très prétentieux de dire ça", balaye Mohamed Mosbah en souriant. "On essaye, par des modèles, de réfléchir sur ces questions et proposer des réponses à moyen et long terme", argumente le professeur en informatique à Bordeaux INP et responsable de la chaire qui associe des chercheurs et industriels autour des enjeux d'optimisation des déplacements urbains.

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L'équipe d'une dizaine de scientifiques a présenté lundi 15 novembre l'état et les résultats des travaux entrepris depuis 2019. Avec, pour cœur de cible, la fluidité et la sécurisation des transports en commun. Les réseaux publics de transports vont glisser vers des systèmes techniques beaucoup plus connectés.

"En intégrant des technologies de l'information et de la communication dans les transports, on diminue le nombre d'accidents de 80%", justifie Mohamed Mosbah.

Deux nouveaux mécènes


  • La chaire Mobilité et transports intelligents accueille deux nouveaux mécènes : Keolis Bordeaux Métropole, gestionnaire du réseau de transports de l'intercommunalité, et Bird France, acteur du transport en libre-service et qui a lancé ses vélos électriques à Bordeaux le 17 novembre. Cinq autres mécènes financent la chaire et participent aux expérimentations : Egis, Geosat, Gertrude, NeoGLS et l'Université Gustave Eiffel.

Les véhicules autonomes "pas pour tout de suite"

Première expérimentation : les trains et la sécurisation des passages à niveau. Par un système de surveillance vidéo identifiant une présence anormale sur les rails et informant immédiatement le conducteur, "le train s'arrêtera avant d'arriver au passage à niveau" promet le responsable de la chaire, résultats du cas pratique à l'appui. Les chercheurs conçoivent des systèmes fonctionnant sur la perception augmentée, une méthode qui recoupe les mouvements visuels pour en transmettre une information significative aux acteurs de la mobilité. Une technologie notamment développée avec le projet Ferrocampus à Saintes (Charente-Maritime) pour le volet ferroviaire.

Autre cas de terrain bien connu des Bordelais, celui du croisement du tramway avec les usagers de la route. Et une zone bien ciblée pour mener l'expérimentation : le rond-point Arts et métiers, à Talence. "On cherche à augmenter la perception des usagers et du tramway au moment du croisement, avec des outils numériques qui permettent d'envoyer des alertes par un système de surveillance", explique l'enseignant de l'Enseirb-Matmeca.

Le responsable de la chaire a déroulé la présentation des travaux devant mécènes et chercheurs. (Crédits : Chaire mobilité et transports intelligents)

Au fil des démonstrations, un mot revient souvent dans le discours de Mohamed Mosbah pour qualifier les véhicules de demain : "autonomes". Serait-ce donc la fin des chauffeurs de bus et conducteurs de tramway, délaissés pour l'algorithmique jugée plus fiable par les scientifiques ? "Les véhicules autonomes ne sont pas pour tout de suite. Mais les professionnels des transports devront être formés à utiliser davantage d'outils numériques", projette-t-il.

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Systèmes vulnérables face aux hackeurs

Pour soutenir cette transition digitale, la chaire s'appuie sur un budget pluriannuel de 300.000 euros entre 2019 et 2024, financé par les mécènes. Mais, rien qu'avec les quatre parcours de thèses en cours, les besoins se révèlent plus importants que cette somme. Trois projets sont donc subventionnés par des institutions, dont un par l'Union européenne sur les infrastructures digitales dans les transports pour 240.000 euros, et l'autre par la région Nouvelle-Aquitaine à hauteur de 140.000 euros. Une embauche est même prévue en janvier 2022 pour un poste de chargé de mission.

Si la chaire s'inscrit dans une numérisation accrue des pratiques et des usages, permise par les avancées scientifiques, comment avoir confiance en des systèmes que le responsable reconnaît lui-même comme vulnérables face aux hackeurs ? "C'est l'une des difficultés que de développer des systèmes sûrs pour la cybersécurité. Cela passe par des systèmes cyber-résilients et c'est un sujet cible des années à venir", rétorque-t-il. Les scientifiques pourront par exemple s'appuyer sur les travaux de la nouvelle chaire de cyber-résilience lancée à Bordeaux en juin dernier et sur les cyberattaques subies l'an passé par les hôpitaux de la région, pendant une période où les hackeurs se montraient friands des systèmes informatiques d'entités publiques.

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Science et politique

Une dizaine de chercheurs est associée au sein de l'équipe, qui regroupe les sciences techniques et les sciences humaines et sociales pour penser la mobilité comme un concept de service sociétal. Avec une attention particulière portée aux pratiques.

"Si on met en place des nouveaux systèmes, comment les citoyens vont-ils y réagir ? Vont-ils accepter de prendre des bus sans chauffeurs ? On cherche donc à proposer des solutions tout en appréhendant l'impact social", vise Mohamed Mosbah.

Pas de solution miracle pour la rocade bordelaise donc, mais une volonté d'y "déployer des systèmes numériques d'informations pour diminuer les bouchons". Du reste, la chaire reste prudente quant aux politiques métropolitaines des transports. Tout remplacer par les vélos ? Réserver des couloirs pour les bus ? "On voit bien que ça ne résout pas tout." Alors, la chaire s'essaiera à convaincre les intercommunalités avec les travaux aboutis des premières thèses courant 2023.

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