Tourisme : les locations meublées bouleversent les pratiques (6/8)

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La Rochelle est la 2e destination de Nouvelle-Aquitaine la plus réservée sur Airbnb mais la plateforme est aussi très dynamique à la campagne.
La Rochelle est la 2e destination de Nouvelle-Aquitaine la plus réservée sur Airbnb mais la plateforme est aussi très dynamique à la campagne. (Crédits : CC Flickr by Raphaël Chekroun)
L’afflux des locations de gré à gré par le biais des plateformes numériques consitue un raz-de-marée pour tout le secteur touristique. Mais quand Bordeaux souhaite les encadrer, des territoires ruraux de Nouvelle-Aquitaine cherchent au contraire à les attirer. Voici le 6e volet de notre dossier sur les mutations du tourisme.

Face aux près de 110.000 lits disponibles dans les hôtels de Nouvelle-Aquitaine, les plateformes internet de locations meublées affichent un total vertigineux de 825.000 lits, dont 40 % uniquement pour Airbnb, selon le cabinet Pro Tourisme. Un phénomène devenu incontournable, en particulier sur le littoral néo-aquitain, mais qui n'est pas perçu partout de la même manière. A Bordeaux, où la mairie évalue entre 8.000 et 10.000 le nombre de locations proposées sur les différentes plateformes, la guerre est déclarée depuis l'an dernier pour endiguer le phénomène. Près de 2.700 hébergeurs sont désormais inscrits sur le portail de la taxe de séjour et 207 procédures de mise en demeure de régularisation ont été lancées, aboutissant à 87 retours sur le marché classique, 76 retours à de la résidence principale, six autorisations de changement d'usage... et 46 procès-verbaux transmis à la justice.

"Les plateformes ne sont pas des ennemies"

A l'inverse, en Creuse, Corrèze et Haute-Vienne, l'Association des maires ruraux, le Comité régional du tourisme (CRT) et Airbnb ont conclu un partenariat pour promouvoir ces départements ruraux moins bien desservis et moins sujets à la concentration touristique.

"Les plateformes ne sont pas des ennemies. Elles ont rajouté de la capacité d'accueil sur le marché de l'hébergement dit de charme, notamment dans les territoires intérieurs et ruraux, et elles contribuent efficacement à la promotion de territoires plus excentrés", fait valoir Michel Durrieu, le directeur général du CRT.

"Notre rôle n'est pas d'aider Airbnb à se développer dans la région mais quand ils viennent compléter l'offre ou pallier le manque d'offre, c'est positif", abonde Sandrine Derville, la vice-présidente du Conseil régional en charge du tourisme. Et l'activité de la plateforme Airbnb enregistre en effet ces derniers mois un dynamisme bien réel dans les zones rurales parfois très éloignées du littoral atlantique même si le plus gros du volume de réservations reste ancré à l'ouest de la région, comme en attestent les chiffres ci-dessous

Les dix plus fortes croissances annuelles de réservations sur Airbnb en Nouvelle-Aquitaine à fin mai 2019 (*) :

  • Hostens, Gironde, 1.300 hab : +512%
  • Saint-Agnant, Charente-Maritime, 2.700 hab : +353%
  • Ludon-Medoc, Gironde, 4.600 hab : +320%
  • Larche, Corrèze, 1.600 hab : +305%
  • Semussac, Charente-Maritime, 2.300 hab : +286%
  • Barsac, Gironde, 2.100 hab : +273%
  • Créon, Gironde, 4.600 hab : +211%
  • Le Passage d'Agen, Lot-et-Garonne, 9.600 hab : +197%
  • Sainte-Hélène, Gironde, 2.800 hab : +183%
  • Aubusson, Creuse, 3.400 hab : +179%

Les dix premières destinations en volume sur Airbnb en Nouvelle-Aquitaine à fin mai 2019 (*) :

  • Bordeaux, Gironde
  • La Rochelle, Charente-Maritime
  • Biarritz, Pyrénées-Atlantiques
  • La Teste-de-Buch, Gironde
  • Arcachon, Gironde
  • Anglet, Pyrénées-Atlantiques
  • Bayonne, Pyrénées-Atlantiques
  • Poitiers, Vienne
  • Saint-Jean-de-Luz, Pyrénées-Atlantiques
  • Hendaye, Pyrénées-Atlantiques

Mieux connaître les usages des locataires Airbnb

L'objectif de cet accord entre Airbnb et le Comité régional du tourisme est avant tout le partage des données d'hébergement : "Airbnb se développe énormément et cette clientèle échappe à nos radars si bien que les collectivités et les professionnels sont un peu démunis face à cela. Le but n'est pas de fliquer ces touristes mais de mieux connaître leurs localisations, leurs attentes et leurs usages pour mieux y répondre", ajoute Sandrine Derville. Mais le partenariat prévoit aussi à terme des campagnes de marketing conjointes. De quoi faire tiquer la Fédération nationale des Gîtes de France qui pointe une concurrence déloyale. "Pour l'heure, la position du conseil d'administration du CRT est que nous ne paierons pas de campagne de communication conjointement avec Airbnb. C'est très clair", affirme cependant Sandrine Derville tandis que Michel Durieu renvoie les Gîtes de France dans leurs cordes : "Je ne peux que me réjouir de voir la Fédération nationale des Gîtes de France signer un partenariat de visibilité avec un autre géant, Expedia. En 2018, Airbnb, c'était 250 millions d'euros de volume d'affaires en Nouvelle-Aquitaine. Les Gîtes de France : 25 millions..."

Quoi qu'il en soit, ces plateformes, qu'il s'agisse d'Abritel, du Bon Coin ou de Trip Advisor, font en effet rêver plus d'un professionnel du tourisme. En Dordogne, André Barbé, le directeur général du centre Lascaux IV, imagine déjà proposer avec Airbnb une nuit unique au milieu des peintures préhistoriques sur le modèle de l'opération "une nuit au Louvre" menée le 30 avril dernier à Paris. De quoi bénéficier d'une audience mondiale. L'idée est lancée !

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Cet article est le 6e volet de notre enquête sur les mutations du tourisme parue en kiosques dans l'Edition Bordeaux de l'hebdomadaire La Tribune. Vous pouvez vous abonner ici. A lire aussi :

(*) Communes au-delà de 50 réservations sur 12 mois, période du 1er Juin 2018 au 31 mai 2019, comparée à la même période de 2017 à 2018). Source : Airbnb, 5 juin 2019.

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