Tourisme : pourquoi Lascaux s'éloigne du tout numérique

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Lascaux IV a reçu 870.000 visiteurs depuis son ouverture il y a deux ans
Lascaux IV a reçu 870.000 visiteurs depuis son ouverture il y a deux ans (Crédits : Lascaux)
Deux ans après son ouverture, le Centre international de l’art pariétal, dit Lascaux IV, vise 400.000 entrées annuelles en rythme de croisière. En s'appuyant sur les retours des 870.000 premiers visiteurs, la Semitour, qui exploite le site, a ajusté son offre en redonnant de l'importance aux échanges avec le personnel au détriment des compagnons numériques.

Un pas de côté plutôt qu'un pas en arrière. André Barbé, le directeur général de la Semitour, la société d'économie mixte qui exploite les différents sites de Lascaux en Périgord, reconnaît volontiers avoir été "déçu par la promesse du numérique qui est intéressante et présente des avantages mais qui n'est pas assez intuitive et ne fonctionne pas avec tout le monde". Lors de l'inauguration du Centre international de l'art pariétal fin 2016, plus connu sous le nom de Lascaux IV, la communication avait laissé une large place aux outils numériques proposés. Deux ans plus tard, André Barbé se montre bien plus nuancé :

"Dans l'absolu, on pourrait gagner plus d'argent en faisant du tout numérique mais on se rend compte que notre succès vient en réalité de la possibilité d'avoir un guide, une personne qui vous prend la main et vous raconte une histoire. Lascaux est un site qui invite à la contemplation et ce n'est pas toujours compatible avec une tablette numérique."

Et ces demandes de discussions avec les guides sont bien souvent expressément formulées par les visiteurs. Les seniors mais pas seulement : "Lors des visites scolaires, les enseignants nous disent clairement 'On veut un guide, pas de tablette numérique parce que les enfants sont déjà matin et soir devant des écrans'. Il faut répondre à cette demande", témoigne André Barbé. La Semitour (120 salariés, 10 M€ de chiffre d'affaires et 3 % de résultat net) emploie désormais 36 guides en CDI et une soixantaine pendant l'été. Ces "médiateurs" sont là pour assurer des visites guidées mais aussi pour répondre à toutes les questions dans les différentes salles et accompagner les visiteurs dans l'utilisation de leur guide numérique.

André Barbé, directeur général de la Semitour

André Barbé, le directeur général de la Semitour qui exploite le site de Lascaux et d'autres lieux touristiques du Périgord.(photo Pierre Cheminade / La Tribune)

Utiliser les données pour le sur-mesure

Néanmoins, les 1.500 tablettes numériques, faisant office de compagnons de visite, ont aussi leur utilité en permettant à l'exploitant de connaître précisément les parcours des visiteurs et le temps passé devant chaque œuvre, grâce à un CRM mis au point par Aquitem. Une information précieuse qui permet d'ajuster l'offre en réaménageant les parcours, en exposant de nouvelles œuvres (un fac similé du "Cabinet des félins" annoncé pour 2020) et en proposant des offres spécifiques pour répondre aux demandes de plus en plus segmentées du public : "On doit quasiment faire du sur-mesure pour répondre aux demandes des familles, des groupes, des seniors, des scolaires ou des visiteurs japonais. Ces derniers attendent une visite de 90 min quand le temps moyen à Lascaux 4 oscille entre 180 et 230 min", explique le directeur général.

Après un pic à 500.000 visiteurs en 2017 lié à l'ouverture du nouveau site, Lascaux 4 est retombé à 370.000 l'an dernier et vise autour de 400.000 visites annuelles en rythme de croisière, quand le point d'équilibre est à 330.000 visiteurs/an. Tout cela sans compter la grotte de Lascaux 2, toujours ouverte, qui draine 70.000 visites annuelles. "Au total, sur l'ensemble de nos huit sites culturels, nous étions à 360.000 entrées en 2011 et nous avons atteint 740.000 visites l'an dernier", souligne André Barbé, alors que le site fête cette année les 40 ans de son classement par l'Unesco au Patrimoine mondial. "Ce sont les sites de Lascaux II et IV qui génèrent du profit quand les six autres sont à l'équilibre ou en déficit", précise-t-il. Et pour rentabiliser les vastes espaces de Lascaux IV, la Semitour développe depuis deux ans une activité événementielle à destination des entreprises avec l'ambition d'en tirer, à terme, 10 % de son activité.

Deux projets numériques dans les tuyaux

Parallèlement, la société - filiale du Département de la Dordogne, du Crédit agricole Charente-Périgord et de la Caisse des dépôts - ne tourne pas le dos au numérique puisqu'elle lancera un safari en réalité virtuelle et augmentée le 15 juin au sein du parc préhistorique de Thot, et qu'elle renouvellera les 1.5000 tablettes de Lascaux 4 en février 2020 pour un investissement entre 700.000 et 1 M€.

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Commentaires
a écrit le 17/05/2019 à 10:06 :
J'ai testé, je connais bien forcément, et autant Lascaux 4 est cher mais vraiment une belle surprise architecturale et pédagogique avec ses peintures éclatées en atelier qui sont une formidable idée, autant en effet, et tout ceux qui ont fait la visite avec moi le diront également, la tablette et le casque ne sont pas efficaces, nombreux d'ailleurs ne les utilisaient pas, faut avouer que c'était particulièrement nase, alors que les guides eux, motivés et dynamiques, souvent des jeunes du coin qui donc déjà respectent tacitement ce site, sont bien plus agréables et bien plus naturels également vu le contexte.

Une erreur corrigée assez étonnement de la part de la semitour qui en a fait de nombreuses dans notre département par vénalité mais là je les félicite. IL serait dommage de perdre des visites à cause d'une idée à la gond.

J'ai vu qu'à la grotte chauvet, exploitée aussi par la semitour c'était le même principe et les mêmes désagréments, soit les copains qui fournissent le matos font un véritable effort mais vu le produit de base je doute profondément, soit ils dégagent.

L'humain est dans l'air du temps.

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