Agrivoltaïsme : la chasse au foncier est ouverte, les prix s'envolent

Un peu plus d'un mois après la publication du décret sur le déploiement de l'agrivoltaïsme, les développeurs font feu de tout bois pour monter leurs projets. Les prés agricoles se retrouvent hautement convoités et les loyers proposés aux exploitants augmentent rapidement.
Maxime Giraudeau
L'agrivoltaïsme consiste à déployer des panneaux solaires sur des terres cultivées où la production et le rendement agricoles doivent se maintenir.
L'agrivoltaïsme consiste à déployer des panneaux solaires sur des terres cultivées où la production et le rendement agricoles doivent se maintenir. (Crédits : MG / La Tribune)

Le top départ a été donné. Après être resté plus d'un an dans l'attente d'un cadre, la filière de l'agrivoltaïsme bénéficie depuis le 8 avril d'un décret qui définit presque toutes ses modalités de déploiement. De quoi signer le réveil des entreprises du secteur, déjà prêtes à profiter de cette nouvelle visibilité permise par la loi. La preuve sur le salon de l'agriculture de Nouvelle-Aquitaine la semaine dernière qui pour la première fois a accueilli des développeurs d'énergie.

Entre les déambulations parmi moutons et vaches de races atypiques, la curiosité du public a aussi été stimulée par des maquettes d'installations photovoltaïques au-dessus des prés. Des terres convoitées par les développeurs d'énergie renouvelable qui envisagent de couvrir entre 0,5 et 1 % de la surface agricole française, soit 135.000 à 270.000 hectares. Si certains projets ont déjà été préparés, la publication du décret a déclenché une course au foncier.

« Il y a une guerre du foncier, observe Fanny Voet, chargée marketing pour Watt & Co, développeur basé dans le Tarn. Des entreprises se sont créées suite au décret, certaines proposent des modèles type alors que chaque projet est différent. On va donc voir des entreprises disparaître car elles n'arriveront pas à maintenir la qualité de la production agricole », opine-t-elle. Le nouveau cadre oblige les exploitations à limiter la perte de rendement à 10 % sous les panneaux puisque, comme le veut l'essence du texte, l'agrivoltaïsme relève avant tout d'un projet agricole.

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« Se méfier des fausses promesses »

Entre les nouveaux arrivants sur le marché et l'intérêt particulier pour les parcelles proches de points de raccordement, les développeurs font monter les enchères. Les rentes annuelles jusqu'ici proposées aux agriculteurs tournaient autour de 2.000 à 3.000 l'hectare. TotalEnergies aurait ainsi proposé de verser plus de 7.000 euros par hectare chaque année pour un projet en Lozère selon des représentants du secteur. « La filière fonce, chaque prairie est devenue une opportunité. Cette guerre du foncier se concrétise par une hausse des propositions sur les loyers. Il va y avoir une spéculation sur le foncier agricole », affirme Bastian Édouard, responsable commercial d'Energiter, développeur montpelliérain.

Les commissions réglementaires chargées d'examiner les dossiers (les Commissions départementales de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers) pourraient tempérer le jeu afin d'éviter l'envolée des rentes au détriment de la production agricole. « Elles veulent regarder nos promesses et voir si les loyers ne sont pas trop élevés. On prévient les éleveurs en leur disant qu'à 7.000 euros l'hectare, le projet ne passera pas », pense le représentant d'Energiter. « L'agriculture doit se méfier des fausses promesses », avertit-on chez Watt & Co. Trop haut, trop beau ?

La rente énergétique intéresse le monde agricole jusque dans les chambres d'agriculture. Plusieurs départements ont déjà imposé de partager la valeur créée par l'agrivoltaïsme sur leurs territoires, comme la Gironde ou la Nièvre, via des Gufa (groupement d'utilisation des financements agricoles) afin de financer des projets de transition ou d'installation. Une redistribution parfois obligatoire qui amenuise les marges des développeurs. « Les revenus doivent seulement aller aux exploitants. Des dispositifs fleurissent, comme les Gufa, mais ils ne doivent pas empêcher le développement de certains projets. Il ne faut pas qu'on devienne des vaches à lait », prévient un représentant de l'entreprise allemande Notus installée en France.

Sans les céréales et la vigne

Si les magnats de l'agrivoltaïsme saluent à l'unisson l'arrivée du décret, le texte est aussi là pour les réguler. L'objectif du maintien des rendements et d'un taux de couverture maximal fixé à 40 % élimine plusieurs typologies de projets. Notamment les installations au-dessus de parcelles céréalières et viticoles qui souffriraient, a priori, trop de l'ombre et de l'humidité. Les terres d'élevage vont être privilégiées en attendant que l'Institut national de la recherche agronomique rende ses travaux sur les autres cultures. Les plus petits projets en terme de surface ont également du plomb dans l'aile et peinent à être financés par les banques puisque le taux de couverture - et donc les bénéfices - sont limités.

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Mais le réveil de la filière est bien arrivé et les projets vont désormais essaimer. Le décret a apporté un coup de projecteur au secteur, qui se trouve plébiscité par l'investissement citoyen. Promesses de forts rendements obligent, avec 7 % en moyenne, les développeurs parviennent à lever en quelques jours plusieurs centaines de milliers voire parfois plusieurs millions d'euros sur des plateformes de financement participatif dédiées à la transition énergétique comme Enerfip ou Lendosphère. Particularité : certains projets sont seulement ouverts aux personnes résidant sur le territoire du projet. De quoi illustrer la quête de l'approbation citoyenne par la promesse des retombées locales.

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Maxime Giraudeau

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Commentaires 6
à écrit le 04/06/2024 à 8:12
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Une grosse bêtise que nous pondent encore nos merveilleux visionnaires politiques. A suivre avec attention!

à écrit le 29/05/2024 à 16:15
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On est parti pour un nouveau record après celui des déficits commercial et budgétaire: on va devenir le pays le plus laid du monde.

à écrit le 29/05/2024 à 13:27
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Comment ces projets peuvent-ils être rentables alors que les prix de l'électricité sont régulièrement négatifs les journées ensoleillées en raison de la surproduction photovoltaïque ???

à écrit le 29/05/2024 à 10:12
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Si çà fait envoler les prix comment les jeunes agriculteurs pourront ils s'installer ?

le 29/05/2024 à 14:47
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Il y a déjà une envolée des prix, due à la recherche de terres agricoles par beaucoup d'acteurs. Pour de jeunes qui veulent s'installer, mieux vaut chercher d'autres débouchés. Si je veux m'installer comme mécanicien, pourquoi me plaindre que les g...

le 29/05/2024 à 16:26
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Il n'est pas indispensable de s'endetter pour acheter l'exploitant peut aussi louer des terres et comme les jeunes agriculteurs sont des enfants d'exploitants ils peuvent louer à leurs parents en constituant des gfa groupement foncier agricole con...

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