Impression 3D et matériaux composites : les centres de recherche de l'Estia font des petits

Dans les Pyrénées-Atlantiques, les centres de recherche Addimadour et Compositadour, spécialisés dans l'impression 3D et les composites, attirent des entreprises, mais ont aussi donné naissance à des startups prometteuses telles que Lynxter et Adaxis.

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Les plateformes Addimadour et Compositadour disposent de plus de 14 robots.
Les plateformes Addimadour et Compositadour disposent de plus de 14 robots. (Crédits : AH / La Tribune)

Thomas Batigne, président de Lynxter, est encore bouleversé par l'exploit : il vient d'obtenir le feu vert auprès de la Communauté d'agglomération du Pays basque (CAPB) - qui ne souhaitait pas voir partir la startup dans la commune landaise Saint-Martin-de-Seignanx - pour la construction de sa première usine, en plein technocentre de Bayonne. Le fondateur de ce fabricant d'imprimantes 3D, créé avec Karim Sinno et Julien Duhalde, ne pouvait rêver meilleur endroit : c'est là que se trouvent Compositadour (matériaux composites) et Addimadour (impression 3D). Créées respectivement en 2010 et 2017 par l'Estia (école d'ingénieurs) et la CCI Bayonne Pays basque - sur les dix hectares, à l'entrée de Bayonne proche de l'autoroute A63, où se trouvait une usine Sony - ces deux plateformes de recherche forment un écosystème très riche. Plusieurs startups industrielles sont en train d'y éclore, notamment Lynxter et Adaxis dans l'impression 3D (appelée fabrication additive dans l'industrie), mais aussi l'agence de design industriel Outercraft.

Une impression 3D polyvalente

"Nous sommes à l'étroit dans nos locaux actuels, surtout pour l'assemblage de nos imprimantes avec des pièces essentiellement de fabrication française. Dans notre usine, d'une taille de 3.500 m2 pour un investissement de six millions d'euros, nous prévoyons d'être 40 à 50 dès 2023, soit le double", explique Thomas Batigne, en déambulant dans l'atelier loué dans l'hôtel d'entreprises, également situé dans le technocentre et géré par la CAPB.

Lynxter a connu une croissance fulgurante, "110% en moyenne par an", depuis la signature de son premier contrat avec Airbus en 2016. Sa marque de fabrique, c'est la polyvalence de ses imprimantes (prix moyen 45.000 euros), dont on peut changer les têtes d'impression pour utiliser différentes matières (silicone, céramique, composites...). Elles peuvent servir aussi bien pour de la fabrication de pièces en urgence que pour la customisation ou le développement de nouveaux produits.

Lynxter

Les imprimantes 3D de Lynxter peuvent combiner différentes matières (crédits : AH/La Tribune).

Après avoir levé 1,5 million d'euros en 2019, le trio est actuellement en plein levée de fonds pour financer son développement international : "en 2021, nous avons mis en place une chaine de distribution en Allemagne que nous allons dupliquer aux Etats-Unis cette année", détaille le jeune dirigeant. Il ne révèlera pas de chiffres, tant la concurrence fait rage sur ce marché évalué par les consultants de Wohlers, la référence dans le domaine, à 12,8 milliards de dollars en 2020, "en croissance de 7,5%, contre une moyenne de 27,4 % au cours de la dernière décennie".

Convertir les robots à l'impression 3D

De jolies perspectives aussi pour Adaxis, voisin de Lynxter - et sans doute futur partenaire- depuis début janvier. Née de la rencontre des équipes d'Addimadour et de celles de l'Institut de recherche suédois (Rise) lors du concours européen BoostUp ! qu'ils ont remporté, cette startup a vu le jour en 2021. Deux Français, Henri Bernard et Guénolé Bras, ont imaginé avec deux Suédois, Vasan Churchill et Emil Johansson, un logiciel permettant de transformer facilement n'importe quel robot industriel en imprimante 3D.

"La plupart des robots (2,7 millions d'unités dans le monde, d'après la Fédération internationale de la robotique) ne servent qu'à déplacer des objets. Nous donnons la possibilité de les faire imprimer des pièces de très grand format, que ce soient des fusées ou des canapés, en une fois et sans supports, ce qui permet un gain de temps et de matière", explique Henri Bernard, qui vient d'échanger son habit de responsable robotique chez Addimadour pour celui de président d'Adaxis.

Ainsi, un bateau à moteur a déjà été imprimé en 72 heures. Une trentaine de clients, dans l'aéronautique et l'automobile notamment, utilisent déjà AdaOne (en référence à Ada Lovelace, inventrice du programme informatique) et Adaxis souhaite en acquérir autant cette année. "On peut aussi facilement faire des prototypes, des réparations ou de la petite série, car on n'aura plus besoin de fabriquer des moules, ce qui prend entre six et neuf mois et qui sont chers, obligeant à les rentabiliser", détaille l'ingénieur. La startup vient de lever un million d'euros et également de recevoir le prix (25.000 euros) Atelier de l'Innovation de la CAPB, qui a récompensé dix startups du territoire, comme elle l'avait fait avec Lynxter en 2019.

"La force de frappe d'une ETI"

"Autour de Compositadour et d'Addimadour se sont formées ou installées plusieurs startups et PME qui ont la force de frappe d'une ETI", se félicite Françis Sedeilhan, qui dirige l'équipe de 40 salariés de ces centres de recherche, dont certains travaillent à mi-temps pour l'une de ces entreprises. Ces chercheurs travaillent avec des industriels, notamment aéronautiques (Dassault, Safran, Daher, Stelia Aerospace...) car le technocentre est labellisé Aerospace Valley : ils testent des innovations (60 à 70 projets par an), mais forment aussi leur personnel, en plus des étudiants de l'Estia, parmi lesquels ceux du premier master européen « procédés du futur ».

"Il est difficile de trouver autant de technologies au même endroit : quatorze robots, plus trois en cours d'acquisition. Nous investissons régulièrement, environ cinq millions d'euros en dix ans. Nous allons démarrer la construction du Turbolab, un banc d'essai pour des avions électriques ou hybrides, qui sera exploitée avec notre voisin Akira Technologies", conclut le responsable.

À retenir


  • Un 3e centre dans les tuyaux

    L'Estia compte bien renouveler l'exercice réussi avec Addimadour et Compositadour. L'école vient tout juste de se doter d'une troisième plateforme de recherche à Bidart, le Cetia, créée avec le Ceti (Centre européen des textiles innovants). Dotée d'un budget initial de 1,5 million d'euros, notamment provenant de la région, et ouverte aux marques, fabricants et collecteurs-trieurs, elle doit permettre d'accélérer le développement d'une filière de recyclage de l'habillement en facilitant la transformation de "déchets en gisements", d'après Chloé Salmon Legagneur, sa directrice. "Notre premier projet avec Decathlon et le groupe Eram concerne la décomposition de la chaussure. Nous allons construire un démonstrateur capable de trier automatiquement, en utilisant la robotique et l'intelligence artificielle, un millier de chaussures par jour. C'est une étape clé avant le déploiement à grande échelle", détaille celle qui dirige, à l'Estia, depuis quatre ans la Chaire Bali (Biarritz active lifestyle industry). C'est dans le cadre de ce programme de recherche, fédérant Decathlon et Groupe Eram mais également Petit Bateau ou encore Patatam, que l'idée du Cetia a germé.

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