Devenue ETI, la pépite Alsymex met le cap sur le nucléaire civil

Volontairement très discrète, la société Alsymex vient de fusionner ses cinq PME françaises pour devenir une entreprise unique de 650 salariés et de 105 millions d'euros de chiffre d'affaires. Installée à Mérignac, elle est le premier contractant du projet de réacteur thermonucléaire expérimental international (Iter) tout en fabricant des pièces pour le laser mégajoule et les missiles stratégiques français. Des contrats aussi sensibles que stables dans le temps qui offrent à Patrice Daste, le président de cette ETI, de belles perspectives de croissance.

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Un élément d'un accélérateur de particules fabriqué par Alsymex à Mérignac, en Gironde.
Un élément d'un accélérateur de particules fabriqué par Alsymex à Mérignac, en Gironde. (Crédits : Agence APPA)

On ne rentre pas facilement chez Alsymex. Pour passer le sas de sécurité et accéder au bâtiment de 4.000 m2 classé secret, il faut se doter d'une pièce identité et renoncer à son smartphone, ordinateur et clef USB. Ici pas de réseau wifi ni de télétravail mais un officier de sécurité qui vous suit partout puisque vous n'avez pas à "en connaître". Une ambiance "Bureau des légendes" qui est devenue une seconde nature pour Patrice Daste, président d'Alsymex depuis 2001. Marqué par d'intenses débats sur l'avenir du nucléaire civil français, ce début d'année 2002 signe aussi une nouvelle étape longuement préparée pour cette holding qui appartient au groupe Alcen, fondé et dirigé par le polytechnicien Pierre Prieux.

"C'était pertinent d'avoir une grappe de PME autonomes et spécialisées parce qu'elles travaillaient peu les unes avec les autres. Mais au fil du temps, les contrats de plus en plus gros font intervenir les différentes filiales entraînant une complexité inutile en interne et une organisation illisible pour nos clients", résume Patrice Daste, répondant à La Tribune.

Patrice Daste Alsymex

Patrice Daste, le président d'Alsymex (crédits : Agence APPA).

Un quart d'ingénieurs dans les effectifs

Le résultat de la fusion des cinq filiales (*) intervenue au 1er janvier 2022, c'est une entreprise unique de 650 salariés dont 250 en Gironde et 150 au siège social de Mérignac. Le tout pèse 105 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2021, en hausse de +25 % sur un an ! Avec un quart d'ingénieurs au sein de ses effectifs, Alsymex ne se positionne pas sur des marchés classiques. Ses clients, quasi-exclusivement français, sont la DAM (direction des applications militaires), ArianeGroup, Thales, Safran, EDF, Orano, Technip... ou encore F4E, le consortium international qui porte le projet de réacteur thermonucléaire expérimental international (Iter).

Basé à Cadarache, près de Marseille, ce vaste projet lancé au début des années 2000 vise à tester puis industrialiser le principe de la fusion nucléaire. Un défi scientifique et technologique de longue haleine qui doit aboutir à l'horizon 2035 pour un investissement de près de 18 milliards d'euros. "Nous sommes, en nombre de contrats, le premier fournisseur du projet Iter", souligne Patrice Daste dont le principal concurrent est la Cnim. Dans le cadre d'un contrat de 28 millions d'euros sur huit ans signé avec Iter en décembre 2020, Alsymex produit par exemple des panneaux de première paroi en inox, cuivre et béryllium capables de résister à un plasma dont la température se compte en millions de degrés. Une activité qui donnera naissance à une usine flambant neuve à Tarbes (fin 2022).

150 millions d'euros à court terme

Mais Alsymex produit aussi des couronnes en titane pour les missiles stratégiques français, des pièces des moteurs M88 pour le Rafale de Dassault Aviations ou encore des réflecteurs destinés à équiper des réacteurs nucléaires expérimentaux. Là encore, il s'agit de projets à envisager dans la durée : "On a commencé à travailler sur ce réflecteur en aluminium en 2008 puis la fabrication a débuté en 2016 avec un dispositif breveté de rivetage. Cette année, on va tester l'assemblage avant, enfin, de l'envoyer au client. Une belle satisfaction : autant un soulagement qu'un pincement au coeur", confie Linda Pouget, ingénieure projet Arts et Métiers chez Alsymex.

Alsymex

Linda Pouget et son équipe autour du précieux réflecteur d'énergie en aluminium (crédits : Agence APPA)

Le temps long c'est en effet l'un des traits caractéristiques d'Alsymex :

"Il nous faut compter un à trois ans pour gagner des contrats qui courent en général sur cinq à dix ans. Cela oblige à prendre beaucoup de hauteur et à raisonner de manière vraiment stratégique en investissant sur le long terme. Pour un chef d'entreprise, c'est objectivement passionnant. Cela nous incite aussi à réinvestir énormément dans l'entreprise et la R&D", analyse Patrice Daste, ingénieur mécanique de formation.

Le nucléaire civil comme relais de croissance

Mais il ne faudra pas attendre le long terme pour voir Alsymex passer la barre des 150 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel. Elle devrait l'être d'ici trois à quatre ans. Et c'est bien le nucléaire civil qui est identifié comme relais de croissance prioritaire. Pesant actuellement seulement 10 % de l'activité d'Alsymex, ce marché devrait d'ici quelques années en représenter un petit tiers aux côtés de la défense et des équipements scientifiques. "On ne pourra pas se passer du nucléaire comme énergie décarbonée dans le mix énergétique au regard des difficultés de stockage de l'électricité d'origine renouvelable et des courbes de consommation à l'horizon 2050", considère Patrice Daste.

Plusieurs activités dans le domaine du nucléaire civil sont ainsi dans le viseur d'Alsymex : la construction de réacteurs neufs - qu'il s'agisse de futurs EPR ou de réacteurs expérimentaux -, la construction de mini-réacteurs modulaires SMR, et la propulsion navale pour les sous-marins nucléaires et un possible deuxième porte-avions. Alsymex se positionne aussi sur les marchés de maintenance et de démantèlement mais encore faudra-t-il réussir à recruter pour continuer à grandir. Et sur ce point Patrice Daste s'estime plutôt préservé par rapport à d'autres entreprises :

"C'est vrai que le nucléaire civil ou militaire fait moins rêver qu'avant mais, pour un ingénieur, ça reste un domaine extrêmement attractif d'un point de vue technique. Depuis 2020, on n'a pas eu réellement de mal à recruter, notamment parce qu'on a bénéficié des difficultés de l'aéronautique. Les ingénieurs on en trouve, c'est un peu plus compliqué pour les techniciens méthodes et les techniciens conception."

Alsymex devrait mener une trentaine de recrutements en 2022.

(*) Il s'agit de Seiv (défense et nucléaire civil), Alsyom (grands équipements scientifiques tels qu'Iter et le laser mégajoule), Atmostat (défense et grands équipements scientifiques), Champalle (mécanique en milieu hostile tels que le nucléaire), Alynox (atelier de fabrication mécanique). S'y ajoute ITP une filiale de 50 salariés en Tunisie.

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