« Inblocks propose une nouvelle technologie de blockchain qui réduit de 95 % son impact énergétique »

INTERVIEW. Une révolution dans la révolution : c'est ce que promet Inblocks, startup bordelaise fondée en 2018 pour déployer une nouvelle technologie de blockchain, bien moins énergivore que les solutions classiques. L'arrivée en avril dernier de Laurent Bourgitteau-Guiard, ancien directeur d'1Kubator Bordeaux, signe le véritable lancement de l'entreprise, qui annonce une première levée de fonds pour l'automne prochain et détaille ses projets à La Tribune.

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Avec Inblocks, Christophe Cambordet et Laurent Bourgitteau-Guiard développent à Bordeaux une solution de blockchain moins énergivore.
Avec Inblocks, Christophe Cambordet et Laurent Bourgitteau-Guiard développent à Bordeaux une solution de blockchain moins énergivore. (Crédits : Inblocks)

LA TRIBUNE - Vous êtes l'un des cofondateur d'Inblocks (1), startup bordelaise qui développe une nouvelle technologie de blockchain. Avant de nous expliquer en quoi elle s'inscrit en rupture avec les technologies existantes, un rappel préalable de ce qu'est une blockchain s'impose...

LAURENT BOURGITTEAU-GUIARD - C'est une technologie de stockage et de transmission de données qui a la particularité d'être totalement décentralisée, sécurisée, et de certifier de façon irréfutable l'existence-même de ces données. Comment ? Parce ce qu'elle repose sur un réseau d'utilisateurs anonymes, qui hébergent des nœuds, appelés "mineurs", lesquels vont chacun stocker et crypter simultanément ces données. Toute modification opérée par un utilisateur de la blockchain va engendrer un nouveau bloc, qui sera aussitôt répliqué, validé et crypté par l'ensemble des mineurs. En somme, c'est un peu comme si tous les clients de votre banque stockaient dans leurs ordinateurs les informations de votre propre compte bancaire. Dès que vous réalisez une opération, elle est immédiatement validée, cryptée et stockée par les autres clients, ce qui la rend incontestable et impossible à effacer.

La technologie est née avec le bitcoin au lendemain de la crise financière de 2008, qui s'est aussitôt traduite par une crise de confiance envers les banques. Mais les cryptomonnaies ne sont qu'une application possible parmi d'autres. On parle là de la 5e révolution industrielle : la blockchain est vraisemblablement à la transaction ce qu'internet a été à l'information.

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Quelles sont les applications possibles de la blockchain ?

Elles sont infinies ! La blockchain permet de tracer des produits et de les certifier, ce qui peut intéresser un grand nombre de secteurs. Les laboratoires pharmaceutiques y voient le moyen de certifier les formules de leurs médicaments ; le luxe, celui de certifier l'authenticité d'une pièce. Vous trouverez des applications dans la logistique, l'agroalimentaire, l'énergie...

Mais c'est une technologie très énergivore...

Oui, la blockchain "classique" repose sur ce principe de distribution et de calcul par chaque "mineur" (étape qu'on appelle "le minage"), très énergivore. Aujourd'hui, pour donner un ordre de grandeur, le bitcoin représente à peu près 0,5 % de la consommation énergétique mondiale. Et ce n'est que le début !

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D'où la nécessité de développer des technologies de blockchain "vertes"... Et on en vient à Inblocks, puisque c'est en fait la promesse que vous adressez au secteur avec votre innovation.

Exactement, nous proposons une nouvelle technologie de blockchain qui ne nécessite pas de minage, donc qui réduit de 95 % l'impact énergétique de la blockchain. Nous avons développé un algorithme puissant qui permet de valider les données non pas en imposant un calcul à chaque mineur, mais faisant reposer la blockchain sur une sorte d'ADN infalsifiable. Cette nouvelle technologie étonne parce qu'elle renverse le paradigme technologique, qui repose pour l'heure sur ce principe de minage, nous en avons conscience. Mais nous travaillons à sa validation par des méthodologies reconnues avec le Labri (Laboratoire de recherche informatique) de l'Université de Bordeaux, ce qui est un véritable gage de confiance.

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Pour l'heure, vous proposez une solution de blockchain privée (la lecture et l'écriture de la chaîne sont restreintes à un consortium d'usagers). Qui sont vos premiers clients ?

Nous travaillons avec le groupe Sud-Ouest, pour lequel nous certifions les choix opérés par les lecteurs en matière de cookies ; avec Pix.T, marketplace de photos dont nous certifions l'intégralité du catalogue et des droits de diffusion associés. Nous comptons parmi nos clients aussi Suez et la société Adéquation qui est spécialisée dans la data immobilière.

Inblocks développe aussi ses propres filiales, comme Votelab...

Oui, parce que nous avons observé des demandes récurrentes de la part de collectivités et d'institutions désireuses de certifier des votes électroniques. Typiquement, on a là une application évidente de la blockchain : impossible de voter deux fois avec ce système. Nous avons donc créé Votelab, qui propose une interface de votes dématérialisés, certifiés et sécurisés par une application de notre blockchain : le $Power. Votelab a lancé une ICO [ndlr : levée de fonds numérique] fin avril dernier, qui a rencontré un certain succès, puisque 3,7 millions d'euros ont été réservés sur la première phase par plus de 4.300 citoyens. Nous sommes par ailleurs en train d'étudier la création de nouvelles verticales, au regard des besoins qui s'expriment.

Qu'en est-il du développement d'Inblocks ? À quel horizon comptez-vous lever des fonds ?

Nous lancerons une première levée d'amorçage assez musclée à l'automne 2021, pour déployer notre technologie dans la blockchain publique. Nous avons déjà trouvé plus de 50 % des fonds que nous visons, et nous allons solliciter Bpifrance, parce que nous pensons qu'il faut soutenir l'émergence d'un acteur français dans ce domaine. Cette levée nous permettra de recruter 30 à 50 développeurs en huit à dix mois. Ce sera alors le début d'une grande aventure !

(1) Aux côtés de Christophe Camborde, Matthieu Hourdebaigt et Jérémie Albert.

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