Eau, électricité, alimentation : Bordeaux Métropole ne cultive pas que son jardin

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(Crédits : CC by Pixabay / RTE / Mathieu Mamontoff Artiste Associé)
Pour alimenter une croissance dynamique, l'agglomération bordelaise tisse des relations, pas toujours consensuelles, avec les territoires environnants. Eau, produits agricoles et électricité sont autant de ressources éminemment stratégiques à sécuriser en planifiant les investissements nécessaires comme en reconfigurant les circuits d'approvisionnement.

Ce n'est un secret pour personne, la Gironde et la métropole bordelaise ne cessent d'attirer de nouveaux habitants. Une attractivité qui a des conséquences en matière de foncier mais aussi sur la consommation des ressources naturelles et énergétiques que sont l'eau, la production agricole et l'électricité. Trois ressources stratégiques dont l'approvisionnement doit être anticipé et sécurisé bien qu'aucune ne soit en situation de pénurie dans la région. Contrairement à d'autres territoires du bassin hydrographique Adour-Garonne, la Gironde dispose de suffisamment d'eau, encore faut-il la répartir équitablement. La Nouvelle-Aquitaine affiche aussi une production d'électricité excédentaire et n'est autre que la première région agricole française faisant ainsi office de grenier idéal.

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Pour autant, derrière ces évidences, plusieurs conflits d'usages marquent le territoire dans le domaine de l'eau que ce soit à Bordeaux Métropole, dans le Lot-et-Garonne sur la retenue de Caussade ou dans les Deux-Sèvres avec le projet des bassines. De même, la production agricole a la désagréable habitude de faire des détours de plusieurs milliers de kilomètres, désastreux sur le plan environnemental, pour rallier Bordeaux depuis Marmande, Agen ou Mont-de-Marsan. Enfin, l'électricité ne coule de source qu'à condition de prévoir les infrastructures adéquates. Autant d'enjeux cruciaux pour les responsables politiques locaux et pour les entreprises agricoles comme industrielles.

La Gironde vient d'installer il y a quelques jours le Comité départemental de l'eau qui élaborera dès 2019 un livre blanc de l'eau "dans une perspective d'adaptation au changement climatique et d'anticipation, mais aussi de prévention, des conflits d'usages à venir". De conflit d'usage il est en effet question avec le projet des champs captant. Distants d'une quarantaine de kilomètres, Bordeaux Métropole et le centre Gironde envisagent d'y prélever 10 millions de m3 pour préserver le niveau de leur propre nappe d'approvisionnement. De quoi susciter l'inquiétude des habitants et sylviculteurs médocains.

Illusoire autonomie

En 2017, la Métropole a mis en place un Conseil consultatif de gouvernance alimentaire durable pour se saisir de l'enjeu de l'autonomie. "On ne peut évidemment pas prétendre à une autosuffisance alimentaire mais cette structure, qui associe 150 collectivités, associations, producteurs, consommateurs et experts, permet d'y réfléchir et d'y associer nos voisins d'égal à égal", explique Anne Walryck, la vice-présidente de Bordeaux Métropole en charge du développement durable et présidente du conseil consultatif. De simple pôle de consommation, l'agglomération bordelaise entend irriguer économiquement son hinterland. Elle y travaille étroitement avec le Marmandais et le Réolais pour rationaliser les flux logistiques sans passer par la case Rungis. Au lieu de subir leur interdépendance alimentaire, ces collectivités ont décidé de s'en saisir en présentant une candidature commune sur le thème de la gouvernance alimentaire dans le cadre de l'appel à projet "Territoire d'innovation", lancé par l'État avec la Banque des territoires.

C'est en effet une tendance de fond dans la région : chaque territoire, petit ou grand, veut désormais reterritorialiser sa production agricole pour tout à la fois diminuer les kilomètres de trajets aussi nocifs qu'inutiles et sécuriser les débouchés de leurs propres agriculteurs. Un vrai travail de fourmi : selon le cabinet Utopies, seulement 1,8 % des produits alimentaires de toutes sortes consommés à Bordeaux ont une origine locale. Une proportion qui est de 2,1 % à Limoges, 2,3 % à Brive, 3,4 % à Agen et 3,5 % à Pau.

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Au cours des prochains jours, nous publierons notre dossier complet, "Eau, électricité, alimentation : les plans du Grand Bordeaux pour sécuriser sa croissance" paru dans La Tribune Hebdo datée du 5 avril 2019. Il est possible de consulter la version numérique en format pdf ici.

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Commentaires
a écrit le 03/05/2019 à 9:09 :
Avouez que la gestion de l'eau, 100% naturelle, de la ville de New York est un exemple mondiale cette ville pouvant quand même se targuer d'avoir la meilleur eau au robinet du onde, pourquoi des petites villes en comparaison disposant encore de surfaces naturelles ne s'y mettent elles pas ?

Parce que faut donner du fric aux actionnaires milliardaires pour qu'ils s'évadent fiscalement comme d'habitude et tout simplement.

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