L'immobilier, casse-tête des startups (3/8)

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Plusieurs startups sont hébergées au Château numérique à Bègles
Plusieurs startups sont hébergées au Château numérique à Bègles (Crédits : Agence Appa)
[SERIE NUMERIQUE 3/8) Au moment de sortir des pépinières et des incubateurs, nombre de startups se retrouvent confrontées à des problématiques immobilières complexes. Comment trouver des locaux adaptés quand on ne sait pas quel sera son effectif dans un an ? Comment convaincre un bailleur privé quand son modèle économique n'est pas stabilisé ? De nouvelles initiatives voient petit à petit le jour à Bordeaux, présentées dans ce 3e volet de notre enquête en 8 parties sur les réalités du numérique à Bordeaux.

"Les baux commerciaux sur 3 / 6 / 9 ans devraient être morts depuis longtemps, assène Julien Parrou-Duboscq. Quand tu cherches des locaux pour ta startup dont l'effectif évolue rapidement, tu te retrouves à devoir prendre ou trop petit, ou la plupart du temps trop grand. Sur ce plan, il y a des choses à inventer."

Figure du numérique bordelais, patron du groupe Actiplay, président de l'association Bordeaux Entrepreneurs et cofondateur de l'accélérateur de startups Héméra, Julien Parrou-Duboscq résume ainsi en quelques mots la problématique de tous ceux qui, après avoir quitté le douillet cocon des pépinières et des incubateurs, se retrouvent confrontés au marché immobilier.

"Nous avions monté notre projet en dehors de tout incubateur et nous avons finalement intégré la pépinière éco-créative des Chartrons, à Bordeaux, alors que nous étions 4", éclaire deux des cofondateurs de la startup Weenove, Julien Barbot et Emmanuel Chollet. "Quand nous en sommes partis, presque trois ans après, nous étions 13. En sortant de la pépinière, nous avions envisagé de trouver des locaux à plusieurs entreprises mais on a abandonné. Une des startups doit porter seule le bail avec tout ce que ça implique, ça semblait trop compliqué. On a mis presque un an à trouver des locaux, en négociant un bail précaire sur deux ans."

La stratégie patrimoniale d'Unitec

"Si tu n'es pas sur une courbe de croissance à 10 %, avec déjà des rentrées d'argent solides, ça peut être compliqué de convaincre un bailleur privé, abonde Stéphane Rochon, directeur général de la technopole Unitec. L'offre immobilière n'est pas adaptée aux startups qui atteignent un certain degré de maturité et dont l'effectif est susceptible d'évoluer très vite."

Pour y remédier, Stéphane Rochon planche actuellement sur un projet d'envergure :

"Je cherche actuellement des partenaires pour développer une stratégie patrimoniale qui va au-delà de la pépinière d'entreprises de Bordeaux Unitec. L'idée est de trouver un acteur privé qui accepte de prendre le risque sur du foncier, environ 2.000 m2. Bordeaux Unitec serait son locataire principal et ferait ensuite des baux précaires avec des jeunes pousses en recherche de surfaces adaptables. Ca ne coûterait rien à la collectivité."

La future Cité numérique qui ouvrira ses portes à Bègles en fin d'année sur 27.000 m2, doit également répondre à cette problématique avec des espaces dédiés aux startups en croissance. D'autres pistes privées commencent à voir le jour, complémentaires. Lorsqu'il aura investi fin 2018 ses futurs locaux de l'ancienne halle industrielle Marie Brizard, 1.600 m2 sur trois niveaux rue Fondaudège dans le centre de Bordeaux, l'accélérateur Héméra proposera 200 postes de travail sans dépôt de garantie ni caution. L'objectif ne sera pas d'accueillir des startups de plus de 30 salariés, mais d'offrir à celles qui sont plus jeunes des espaces modulaires où elles pourront s'épanouir facilement. Le Village by CA, accélérateur du Crédit agricole d'Aquitaine, offre lui aussi aux pépites qu'il accompagne des locaux modulaires pouvant suivre la croissance des effectifs.

Lire aussi : Coworking : Mama Works arrive à Bordeaux avec 2.800m² de bureaux

Le Château numérique, un modèle unique

A Bordeaux une autre initiative mérite qu'on s'y attarde. Bénéficiant d'un montage original, le Château numérique accueille aujourd'hui 80 salariés. "Quand on a poussé la porte de l'agence du numérique AEC, on était juste deux gars avec un Powerpoint", rigole Adrien Pinson, cofondateur de la startup Jelouemoncampingcar.com, devenue depuis Yescapa, un des fleurons émergents de l'économie collaborative. A peu près au même moment, d'autres jeunes entrepreneurs poussent la porte d'AEC. Toutes intègrent l'Auberge numérique et grandissent ensemble, partageant leurs réussites comme leurs moments de doute. Vient le moment de quitter l'Auberge et de laisser la place à d'autres, pour aller à la Cité numérique. Mais cette dernière entre en travaux. Germe alors une autre idée qui permet aux jeunes pousses de continuer à travailler ensemble et à se soutenir au quotidien. Une grande bâtisse de trois étages est trouvée à Bègles, dans un quartier résidentiel, où débarque bientôt plusieurs startups et leurs équipes. On y trouve Yescapa, Samboat qui permet de louer un bateau auprès de particuliers, Jestocke.com proposant au grand public comme aux entreprises de louer leurs espaces de stockage vacants, Marbotic et ses jouets connectés éducatifs, Rocketfid qui œuvre dans la gamification, et la pharmacie en ligne Mesoigner.fr.

"AEC nous a jamais lâché, soulignent les entrepreneurs. L'agence s'est positionné en facial face au bailleur et assure la comptabilité du lieu et la partie administrative, ce qui nous est d'une grande aide. Deux jours après notre entrée dans les murs, la ministre Fleur Pellerin venait visiter les lieux !"

Deux ans après ses débuts, l'initiative est concluante. Seule Yescapa a quitté le navire pour trouver de la place ailleurs, afin de loger ses 35 salariés. "A 80 personnes et avec des effectifs en croissance globale, ça aurait pu être dur, juge Marie Mérouze, fondatrice de Marbotic. On a mis deux ans à trouver une organisation rodée, en mode collaboratif."

"Le système a beaucoup d'avantages, estime Nicolas Cargou, cofondateur de Samboat. On partage nos problématiques au quotidien, on trouve toujours quelqu'un qui a la réponse à notre question, en discutant avec les différents pensionnaires du Château on détecte des situations qui peuvent avoir échappé à nos collègues..."

L'esprit de corps prime : "Combien de fois on a pu se remonter le moral en cas de coup dur...", souffle Laure Courty, fondatrice de Jestocke.com. "Même sur des questions stratégiques comme le financement, on s'entraide beaucoup, note Benoît Panel, cofondateur de Yescapa. Si la Maif a investi dans notre startup mais aussi dans Samboat et Jestocke, et qu'il s'agit aussi de notre assureur commun, ce n'est pas un hasard."

Au sommaire de notre enquête sur les réalités de l'écosystème numérique et innovation de Bordeaux :

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Commentaires
a écrit le 11/07/2017 à 15:47 :
Et pourquoi ne pas s'installer à Arcachon desservi en TER et en TGV?

Qualité de vie en plus... garantie.... Bien à vous. F.L.

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