Développeurs bordelais : après les espérances, la gueule de bois ? (4/8)

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Certains développeurs bordelais et experts en numérique indépendants avaient beaucoup misé sur le développement de l'écosystème bordelais. Mais ils déchantent aujourd'hui.
Certains développeurs bordelais et experts en numérique indépendants avaient beaucoup misé sur le développement de l'écosystème bordelais. Mais ils déchantent aujourd'hui. (Crédits : Reuters/Kil Hong-Ji)
[SERIE NUMERIQUE 4/8] Alors que le gâteau du numérique grossit, des développeurs et spécialistes indépendants bordelais font part de leur sentiment de ne pas en profiter.

Selon différents rapports, un déficit de près de 40.000 "codeurs" pourrait toucher le pays d'ici deux ans. Pourtant Pierre Benayoun, ingénieur informatique en mode "one man startup", créateur du Cabinet numérique et co-fondateur du collectif Quinconces, réseau d'entrepreneurs du numérique, a le rire amer :

"A 36 ans je me suis rendu compte que j'étais un vieux développeur dont on ne sait que faire. Les clients ne veulent pas me payer plus cher qu'un junior."

Le marché fait face à un développement à deux vitesses : les jeunes diplômés situés dans la fourchette basse du marché, jonglant entre les différents langages de programmation, restent les profils les plus recherchés. Quant aux profils plus matures et expérimentés, ils peinent à pénétrer le marché et voient souvent leur trajectoire bloquée.

"Si les salaires sont en hausse, le problème du développeur est qu'il a une carrière courte. Il est attractif dès la sortie de l'école car il maîtrise le dernier langage à la mode et il atteint son summum  au bout de trois à cinq ans d'expérience. Mais après cinq ans, il est très difficile d'évoluer vers l'expertise technique ou au-delà de la gestion de projet. Et c'est encore plus difficile pour les rares femmes du milieu. Les mentalités évoluent, mais la route est encore longue", ajoute Pierre Benayoun.

La transformation digitale patine encore

Sur le banc des accusés, trône l'absence de gros acteurs au sein du tissu local pour répondre à l'offre de services des cadres expérimentés, et surtout la faible diffusion de la question de la transformation digitale dans les stratégies. Stéphane Rochon, directeur général de la technopole Unitec, ne mâche pas ses mots :

"Les patrons bordelais de l'économie dite traditionnelle ont tendance à avoir peur de la compétence bordelaise en se disant que les professionnels locaux font essentiellement des sites pour le monde du vin, et rien de plus. Faire appel à un prestataire parisien les rassure. Mais ces agences parisiennes font face à une pénurie de compétences et se retrouvent à externaliser en passant par des plateformes intermédiaires."

On peut donc se retrouver dans le cas de figure d'une PME bordelaise qui mandate une entreprise parisienne qui fait travailler... un indépendant bordelais !

"C'est assez déprimant de voir que dans ce cas il y a un éventail de sous-traitants et que finalement, les clients payent trois fois le prix de la prestation qu'ils auraient payé directement à un développeur local !", déplore François-Xavier Bodin, cofondateur de la startup Linguali.

Souvent considérés comme des exécutants, les développeurs français pâtiraient donc d'une faible reconnaissance. "J'ai eu le sentiment d'évoluer dans un monde où l'on cherche des pisseurs de code", se souvient Pierre Benayoun. Nombre de développeurs se retrouvent cloisonnés à leurs compétences techniques sans entrevoir d'échappatoire. Berceau de nombreuses startups, l'écosystème local n'est pourtant pas la panacée que certains ont pu envisager :

"Les startups du numérique répugnent à faire appel à des développeurs indépendants parce que quand tu fais du web, externaliser ton site, ton application, est extrêmement dangereux. C'est une ressource critique à internaliser absolument", affirme Stéphane Rochon.

Les développeurs sont dans un angle mort : les entreprises ignorent leurs qualifications réelles face à un magma de prestataires dont les tarifs passent du simple au double. Quant à ce sentiment de gueule de bois, François Xavier Bodin reste nuancé :

"Les illusions ont rarement fait une bonne base de business modèle. On ne peut pas comparer une réalité d'aujourd'hui avec une illusion d'hier, et une réalité d'hier avec une illusion d'aujourd'hui."

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Au sommaire de notre enquête sur les réalités de l'écosystème numérique et innovation de Bordeaux :

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Commentaires
a écrit le 11/07/2017 à 15:13 :
Et après développeur ? Chef de projet !
https://www.youtube.com/watch?v=dqEtXw4wDKo&list=PLCE0XU6fVvzBOBgyVrFYaaxOLkXjZ4Peo&index=1

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