Numérique et startups : que vaut vraiment Bordeaux ? (1/8)

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La future Cité numérique, en plein travaux, deviendra en 2018 un lieu totem de l'économique numérique régionale. Ce vaisseau amiral s'étendra sur 27.000 m2 à Bègles, tout près de Bordeaux.
La future Cité numérique, en plein travaux, deviendra en 2018 un "lieu totem" de l'économique numérique régionale. Ce vaisseau amiral s'étendra sur 27.000 m2 à Bègles, tout près de Bordeaux. (Crédits : Agence Appa)
[SERIE NUMERIQUE 1/8] Au-delà du discours marketing et de la hype des startups, que vivent vraiment les acteurs de cette économie du numérique et de l'innovation ? Quel est le vrai potentiel de la métropole bordelaise, de ses jeunes pousses et de ses PME, et sur quels points est-il urgent de travailler ? Premier volet de notre enquête en 8 parties.

La typologie des acteurs en présence dans la métropole bordelaise fait apparaître plusieurs grandes familles. Hors catégorie figure Cdiscount. Le leader français du e-commerce, avec 30 % du marché, est né à Bordeaux en 1999 et y a toujours son siège social, installé à proximité de la nouvelle Cité du vin, sur les quais. A lui seul, Cdiscount a généré un volume d'affaires de 3 milliards d'euros en 2016 et emploie quelque 1.000 personnes sur son site bordelais et 500 sur ses bases logistiques voisines de Cestas et Blanquefort. Seul problème : la plupart des connaisseurs du milieu s'accordent à dire que cette locomotive en puissance, sous le pavillon du groupe Casino, fonctionne en circuit fermé et ne tire concrètement aucun wagon dans son sillage.

Derrière, on retrouve des directions régionales d'entreprises de services numériques telles que CGI, des ETI bien installées et en croissance autour de l'informatique (Cheops Technology, Actual Systèmes) ou de l'analyse de données sur le web (AT Internet, un des leaders mondiaux de ce marché, 220 emplois). Plusieurs PME en croissance sont aussi présentes comme NP6 (emails marketing), Alienor-Aquitem (sites internet et fidélisation clients), Actiplay (ex-Concoursmania, spécialisé dans le jeu marketing), Systonic (agence digitale, hébergement, sécurité...), Dolist (email et data marketing)... PME "historiques" si l'on peut dire, qui concentre de très nombreux emplois qui forment le cœur du numérique bordelais, n'en déplaise aux adorateurs des startups... Et enfin, une longue liste de jeunes startups, justement, à différents stades de maturité.

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Certaines jeunes pousses sont désormais installées dans le paysage et continuent à croître. Nées il y a plus ou moins cinq ans, des jeunes pousses bordelaises ont attaqué conjointement le segment de la consommation collaborative. Les particuliers peuvent ainsi louer leurs pièces vides (avec Jestocke.com, 18 emplois), leur camping-car (avec Yescapa, 35 emplois), leur bateau (avec Samboat, 19 emplois). Les deux dernières citées ont entamé leur internationalisation. Sur d'autres sujets et à des degrés divers, d'autres comme la plateforme LoisirsEnchères (offres de voyages, d'hôtels, de week-end et de sorties aux enchères), Oncrawl (outils d'optimisation du référencement par les moteurs de recherche) ou Marbotic (jouets connectés et pédagogiques en bois) décollent également.

Faut-il des prises de guerre ?

Bordeaux capitalise d'abord sur quelques thèmes bien identifiés : e-santé, e-commerce, économie du partage, par exemple. Mais elle souffre avant tout du manque de gros acteurs.

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On a beaucoup entendu à Bordeaux ces dernières années que la ville devait réussir à attirer, par exemple de puissantes filiales de grands groupes. Et d'importants efforts en marketing territorial ont été consentis en ce sens. Si l'idée n'est pas abandonnée, elle semble en tout cas moins monolithique et l'idée de continuer à faire grandir les acteurs locaux fait son chemin. Les prises de guerre sont encore peu nombreuses : filiale de la RATP, Ixxi est arrivé avec une cinquantaine de personnes et en recrute actuellement 25 de plus. Axa a installé Axa Wealth Services (130 emplois) à Mérignac. Plus récemment, Ubisoft a annoncé ouvrir en septembre prochain un site à Bordeaux avec 50 personnes. De sources concordantes, pour le géant français du jeu vidéo, la perspective semble être plutôt calée sur 250 salariés d'ici trois ans. Mais son arrivée a fait grincer quelques dents, le nouvel arrivant piochant des profils dans les entreprises déjà présentes à Bordeaux. Même si à terme, tous s'accordent à dire que ce type d'arrivée ne pourra qu'être bénéfique pour l'attractivité du territoire.

Un territoire qui justement, profite à plein de l'engouement qu'il suscite. Destination favorite des cadres parisiens cherchant à quitter la capitale, au sommet de multiples classements pour sa qualité de vie ou ses atouts touristiques, Bordeaux a décollé l'étiquette de belle endormie, a des ambitions à revendre et entend profiter à plein de l'effet de loupe dont elle bénéficie. "Un courant très fort nous porte et des talents arrivent : il y a beaucoup de raisons d'y croire", affirme Julien Parrou-Duboscq, patron de la PME Actiplay, figure de l'entrepreneuriat et très investi dans l'économie numérique locale.

"C'est une filière particulière et difficile à structurer car justement, ce n'est plus une filière à part entière tant elle s'entrecroise avec l'économie traditionnelle", souligne Virginie Calmels, adjointe au maire de Bordeaux en charge de l'Economie, de l'Emploi et de la Croissance durable, vice-présidente de Bordeaux Métropole. "La métropole compte environ 7.000 entreprises liées au numérique, employant 25.000 salariés, environ 800 sociétés concernées par le mouvement French Tech et 5 lauréates du Pass French Tech, un nombre de projets en croissance. Les indicateurs sont au vert, la ligne à grande vitesse va rapprocher Bordeaux et Paris à partir de juillet prochain, et l'économie numérique sera bientôt dotée d'un lieu totem, la Cité numérique, qui donnera de la visibilité et de la lisibilité. Il faut continuer à additionner les solutions publiques et privées pour faire grandir l'écosystème."

Ne pas oublier les infrastructures ni les autres territoires

Autre enjeu, et pas des moindres : densifier les collaborations avec le reste de la région. Sur ce point, les réseaux thématiques French Tech auront un rôle à jouer. Angoulême - La Rochelle - Niort - Poitiers ont intégré le réseau thématique EdTech et entertainment, Limoges celui de HealthTech, et l'OceanTech au Pays basque, tournée vers l'océan, celui des sports. Sur ce point, le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine veut accentuer son rôle moteur.

"La métropole bordelaise a un bagage important, souligne Mathieu Hazouard, conseiller régional délégué au numérique. Ailleurs, il existe d'autres initiatives très complémentaires : la e-santé à Limoges, le pôle de l'image Magelis à Angoulême... Ces savoir-faire doivent bénéficier à tous. Et il ne faut pas oublier le déploiement du très haut débit, sans qui nous n'irons pas loin. En cinq ans nous prévoyons d'accompagner 1 million de raccordements à la fibre optique dans 12 départements."

Le Conseil régional veut également accélérer la transformation numérique des PME et planche aussi sur la feuille de route de son futur dispositif Startup Région, qui a pour ambition d'aider à l'émergence de projets mais aussi d'accélérer les pépites les plus prometteuses pour qu'elles deviennent a minima des entreprises de taille intermédiaire (ETI). Vaste, et enthousiasmant, chantier.

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Au sommaire de notre enquête sur les réalités de l'écosystème numérique et innovation de Bordeaux :

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