RER métropolitain et péage urbain : les priorités de Vincent Feltesse pour la mobilité à Bordeaux

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Vincent Feltesse soutient la création d'un péage urbain dont les contours restent à définir.
Vincent Feltesse soutient la création d'un péage urbain dont les contours restent à définir. (Crédits : Agence APPA)
Vincent Feltesse, candidat à la mairie de Bordeaux et à la présidence de Bordeaux Métropole, se fixe quatre priorités en matière de mobilités : RER métropolitain, péage urbain, suppression du stationnement de surface et amélioration de la desserte des zones d'emplois. Les contours d'un potentiel péage urbain restent cependant particulièrement flous.

"On arrive à la fin d'une mandature très particulière avec un empilage de schémas et d'effets d'annonces mais très peu de réalisations concrètes par rapport aux trois précédentes. Il y a une dégradation de la situation et c'est la première fois depuis 25 ans qu'il n'y a pas de nouveau projet d'envergure à Bordeaux." Avant de présenter ses propositions en matière de mobilité, ce 22 octobre, Vincent Feltesse, qui conduit la liste Bordeaux métropole des quartiers présentée comme "100 % société civile", a pris soin d'attaquer le bilan de l'équipe municipale et métropolitaine. "Ils mettent sur le même plan le renforcement du Bat3 [Bat Cub désigne les navettes fluviales] et une ligne de tram, les téléphériques et les trottinettes. La réalité c'est que le le BHNS [bus à haut niveau de service] vers Saint-Aubin-du-Médoc est en échec juridique et que le pont Simone Veil est encalminé", poursuit l'ancien président de la Communauté urbaine (2007-2014).

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Le candidat défait à l'élection municipale de 2014 se fixe deux principes - "apaiser la circulation et assumer la primauté de la question économique et des trajets domicile-travail" - et entend bien faire le tri dans les projets actuels de transports en commun : "A part, la ligne D et l'extension de la ligne A vers l'aéroport, il faut se donner six mois pour tout remettre à plat et tout revoir : la liaison vers Gradignan, l'extension de la ligne D vers Saint-Médard-en-Jalles et le BHNS."

800 à 900 M€ pour le RER métropolitain

Un audit qui se ferait nécessairement à la lumière du RER métropolitain. Soutenu par des élus métropolitains et régionaux de tous bords, ce projet est jugé structurant et prioritaire par Vincent Feltesse, qui comme pour la plupart de ses propositions de campagne aborde l'échelle métropolitaine plus que l'échelle municipale bordelaise. "La priorité absolue c'est le RER métropolitain avec l'objectif d'en faire un levier d'articulation entre Bordeaux métropole et les territoires hors métropole. Si c'est la priorité, et je crois qu'il y a un consensus politique là-dessus, alors il faut en tirer les conséquences et y consacrer suffisamment de crédits", affirme le conseiller municipal qui défend "un réseau de quatre lignes à développer en moins de dix ans pour un coût de 800 à 900 M€ à répartir entre la Métropole, la Région et l'Etat, soit environ 300 à 400 M€ pour la Métropole auxquels il faudra ajouter les coûts de fonctionnement"

L'ancien conseiller de François Hollande à l'Elysée veut aboutir à "une fréquence d'un train toutes les 10 à 15 min aux heures de pointe pour pouvoir traverser la métropole en 30 min contre environ une heure avec le tramway". Les lignes envisagées sont Libourne / Ambarès / Cestas / Arcachon ; Villenave-d'Ornon / Saint-André-de-Cubzac ; Macau / Pessac / Bordeaux ; la ligne de ceinture Pessac / Arlac / Caudéran / Le Bouscat / Cracovie / Coté du vin / Cenon. S'y ajouteraient un tronçon entre la ligne B et C du tramway au Nord et une liaison en tramway ou BHNS entre la gare Saint-Jean et la place de la Victoire, rejoignant ainsi des propositions formulées par la Fnaut, une association d'usagers.

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Pour avancer rapidement, Vincent Feltesse veut mettre sur pied "un G5 mobilités" associant la Métropole, la Région, le Département, l'Etat et la CCI Bordeaux Gironde auxquels s'ajouterait la SNCF. "Le syndicat mixte Nouvelle-Aquitaine Mobilités, créé l'an dernier, n'associe pas l'Etat et opère à l'échelle d'une vingtaine de bassins de mobilité dans la région ce qui ne correspond pas à la problématique métropolitaine", considère Vincent Feltesse. Il souhaite aussi contractualiser avec les communautés de communes voisines pointant notamment le cas de Cestas, qui abrite notamment les entrepôts de Cdiscount et Lidl mais n'est pas desservi par les transports en commun car hors de Bordeaux Métropole : "Cestas gagne des emplois mais perd des habitants. C'est l'archétype de l'absurdité en termes d'aménagement économique."

Un péage urbain aux contours très flous

Partant du constat que "le grand contournement autoroutier ne se fera très probablement jamais", le candidat préconise la création d'un péage urbain pour fluidifier la circulation sur la rocade, voire en intra-rocade, et améliorer la qualité de l'air. Une proposition qui reste particulièrement floue à ce stade : "J'utilise volontairement le terme de péage urbain pour qu'il fasse réagir mais, de manière pragmatique, je suis favorable à ce qu'on étudie une forme de péage urbain sur la rocade pour y diminuer le trafic de l'ordre de 15 %. On peut par exemple faire payer les mauvais circulants comme les personnes seules dans leur voiture ou les poids lourds en transit", explique-t-il.

Pas plus de précisions donc sur le périmètre envisagé (rocade, boulevards ou les deux), le public concerné (véhicules légers ou lourds ou les deux, essence ou diesel, ancienneté, niveau de pollution), les tarifs, les conséquences pour les transports en commun existants ou encore le risque de fracture sociale avec les territoires périurbains voisins. "Si vous faites du covoiturage, si vous roulez en voiture électrique ou si vous habitez à 30 ou 40 km de la Métropole et que vous n'avez pas d'autre choix que la voiture, l'idée du péage urbain n'est pas de vous pénaliser mais bien plutôt de vous aider", se contente de répondre Vincent Feltesse, prônant "un large débat et des expérimentations sur le sujet comme dans beaucoup de métropoles européennes telles qu'Oslo, Londres, Stockholm ou Milan où le péage urbain fonctionne." Et le candidat d'ajouter : "Avec un RER métropolitain et un péage urbain, on réorganise les flux de mobilités dans la métropole et c'est à partir de cette nouvelle donne qu'on articulera le réseau de bus et les dessertes fines."

Suppression du stationnement de surface

Enfin, la troisième proposition concerne la suppression progressive du stationnement de surface pour les voitures en hypercentre voire en intra-boulevards. "La suppression de chaque place de stationnement libère 12 m2 que l'on peut utiliser pour reconquérir l'espace public pour les piétons, les déplacements doux, les commerçants, etc.", avance Boubacar Seck, architecte et co-listier de Vincent Feltesse. Mais alors que Nicolas Florian a indiqué récemment vouloir consacrer 20 M€ sur cinq ans à un plan vélo, le candidat ne donne pas davantage de précisions sur les axes concernés, le calendrier ou le chiffrage si ce n'est l'objectif de "basculer vers un nouveau modèle de mobilité dans le centre de Bordeaux progressivement et systématiquement" et de mobiliser les ressources du "grand emprunt vert". Et en ce qui concerne la multiplication des trottinettes électriques en libre-service, Vincent Feltesse prône "un durcissement fort de la règlementation".

Il reste le projet d'aménagement des boulevards qui était initialement prévu pour la mandature 2014-2020. "On a perdu six ans, c'est dommage. Le sujet des boulevards est d'abord un sujet de mobilité et il faut le lier à celui de la rocade et du RER métropolitain. Plutôt qu'un transport en commun en site propre, nous préconisons un aménagement tronçon par tronçon avec des couloirs de bus réservés, des pistes cyclables et deux files de circulation automobile en commençant par là où c'est le plus évident matériellement. Il faut aussi aborder la question des pénétrantes vers le centre-ville et la rocade", indique Vincent Feltesse.

Enfin, le projet de métro, enterré par le bureau de Bordeaux Métropole, n'est pas non plus au programme de Vincent Feltesse "dans les dix prochaines annés".

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