Patrick Bobet : "Bordeaux Métropole doit accélérer son développement économique et être plus sélective"

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Patrick Bobet, dans son bureau de maire du Bouscat, le 8 mars 2019, au lendemain de son élection à la présidence de Bordeaux Métropole.
Patrick Bobet, dans son bureau de maire du Bouscat, le 8 mars 2019, au lendemain de son élection à la présidence de Bordeaux Métropole. (Crédits : Thibaud Moritz / Agence APPA)
INTERVIEW. Mobilité, maîtrise foncière et mutualisation : ce sont les trois dossiers mis en avant par Patrick Bobet, le nouveau président de Bordeaux Métropole. Maire du Bouscat et conseiller métropolitain depuis 2001, cet ancien médecin généraliste de 67 ans se dit ouvert à l'hypothèse d'un métro sur les boulevards, décidé à accélérer en matière de développement économique et interventionniste dans le domaine clé du logement. Entretien.

La Tribune : Quel est votre sentiment après cette élection à la présidence de Bordeaux Métropole ?

Patrick Bobet : C'est d'abord une lourde responsabilité. J'ai été vice-président en charge des finances depuis 2014, ce qui m'a donné une vision transversale de l'action de la métropole mais avec seulement le prisme financier. Depuis quinze jours, je me plonge donc dans tous les dossiers importants du territoire en lien avec les maires des communes concernées.

Après votre élection, vous avez rendu hommage à Michel Sainte-Marie, décédé le 27 février dernier, en citant ses mots sur la cogestion. Vous vous inscrivez dans la continuité de ce principe...

Oui, absolument. Parce que je considère qu'il s'agit de la meilleure manière de travailler ensemble, de porter des projets métropolitains tout en respectant l'identité et les besoins de chaque commune. On évite ainsi que les grosses communes ne se servent plus que les petites. En revanche, quand j'utilise le mot "se servent", j'insiste sur le fait que la Métropole ne doit pas être un guichet auquel chaque maire vient se servir en négociant des équipements avec ses voisins. Ce qui doit primer c'est véritablement l'intérêt métropolitain, qui est au-dessus de celui des communes, et j'y veillerai.

Considérez-vous que la Métropole se trouve à un tournant ?

Nous sommes même face à plusieurs tournants. Un tournant démographique d'abord avec un slogan "la métropole millionnaire" qui n'a pas suscité l'adhésion parce qu'il n'était pas bien choisi et qu'il a fait peur aux habitants. Ce slogan est désormais derrière nous et il vaut mieux laisser les choses se faire naturellement.
Ensuite, il y a un tournant financier avec un budget métropolitain extrêmement contraint qui nous oblige à étaler des projets, à repousser des investissements et il y aura même des amortissements qu'on aura peut-être du mal à tenir, notamment sur le réseau du tramway qui commence à fatiguer. Il faut donc aller chercher de nouvelles ressources financières : les fonds européens, que l'on met trop peu à contribution, et le mécénat et le naming, par exemple. L'argent est rare, l'Etat ne peut pas tout faire donc il faut être imaginatif notamment auprès du secteur privé. Enfin, le troisième tournant est celui des liens entre la Métropole et les territoires qui l'entourent. Alain Juppé l'a souvent dit et j'en suis convaincu : il y a une différence réelle entre le fait d'habiter dans la métropole et le fait d'habiter à 35 km. Il faut prendre en compte cette réalité.

Quelle est votre analyse du mouvement des Gilets jaunes qui est très marqué à Bordeaux et en Gironde ?

Je comprends complètement les raisons de cette mobilisation. Je comprends très bien que les habitants des campagnes aient le sentiment d'être oubliés des services publics et dépendants de la voiture et du carburant. Cependant, en tant que président de la Métropole, ce n'est, en quelque sorte, pas mon problème. Je ne le dis pas de manière dure mais parce que cela ne relève pas de mes compétences mais de celles de l'Etat ! Emmanuel Macron est venu nous dire à Bordeaux : "Je crois à l'intelligence collective" pour sortir de cette crise. Moi je traduis : "Je mise sur le pourrissement de la situation et le retournement de l'opinion". Je le regrette.

Ce qu'on peut faire au niveau de la Métropole ce sont des réponses ciblées sur la mobilité, notamment sur la billettique unique, mais je ne vois pas bien ce qu'on peut faire au-delà. Nous ne pouvons pas rétablir des services publics en zone rurale et par le jeu des péréquations fiscales et des dotations, les métropoles contribuent déjà sensiblement au développement des campagnes.

Lire aussi : Les 7 points à retenir des échanges d'Emmanuel Macron avec les maires de Gironde


La mobilité est le premier enjeu que vous avez cité après votre élection. Dans quelle direction entendez-vous avancer ?

L'agglomération bordelaise est congestionnée, c'est indéniable, mais elle a quand même réussi à globalement gérer la croissance du trafic automobile depuis 20 ans. L'enjeu principal est d'arriver à reporter sur les transports en commun environ 10 % de ce trafic aux heures de pointe pour fluidifier le tout et particulièrement la rocade. Le tramway arrive à la fin d'un cycle et avec la ligne D et la ligne A vers l'aéroport, on frôlera les 100 km de réseau. Je crois qu'il faut envisager de se dire collectivement qu'on n'en fera pas davantage. Il faut privilégier, d'une part, des solutions plus souples comme les transports à haut niveau de service et, d'autre part, la réhabilitation de la ceinture ferroviaire pour aller vers un RER métropolitain.

"Je suis favorable à ce qu'on regarde l'option d'un métro : c'est très cher, c'est vrai, mais ça emmène quatre à cinq fois plus de passagers et ça dure au moins deux fois plus de temps."

Mais concernant les boulevards, vous n'écartez pas l'option d'une ligne de métro...

Je suis pragmatique ! Tôt ou tard il faudra un transport à haut niveau de service le long des boulevards. Le tramway me semble hors sujet car il impliquerait le blocage des voies de circulation et trois ans de travaux qui seraient insupportables pour les habitants de l'agglomération. Il faut donc passer en dessous ou au-dessus. Je suis favorable à ce qu'on regarde l'option d'un métro : c'est très cher, c'est vrai, mais ça emmène quatre à cinq fois plus de passagers et ça dure au moins deux fois plus de temps en termes de vieillissement et d'amortissement. On peut aussi imaginer un passage en métro aérien. L'idée n'est pas tant de réaliser de nouvelles études que de considérer de près tout ce qui a déjà été fait. Et je pense qu'il possible d'envisager de mettre le privé à contribution pour un tel chantier sur un montant significatif grâce au mécénat et au naming.

Au-delà des "tuyaux", la mobilité passe aussi par les usages. Souscrivez-vous à cette vision ?

Oui tout à fait. Il faut travailler sur plusieurs sujets : la retenue des poids lourds aux heures de pointe, la place de la voiture en ville, l'usage du vélo avec un report modal qui doit atteindre 20 % contre à peine 15 % aujourd'hui. On doit aussi travailler aux horaires des grandes entreprises ou de l'Université par exemple. C'est ce qu'on appelle le "bureau des temps" et qui a encore du mal à s'exprimer à Bordeaux alors que d'autres grandes villes avancent sur le sujet.

Patrick Bobet

Patrick Bobet (crédit : Thibaud Moritz / Agence Appa)

En matière d'urbanisme, vous défendez un interventionnisme des élus locaux notamment sur le foncier. Pourquoi ?

Il faut être plus offensif à plusieurs titres. Nous avons adhéré à l'établissement public foncier (EPF) et je crois que c'est une bonne chose. Nous l'avons refusé pendant des années parce qu'il était trop local et associé à une nouvelle taxe mais le contexte a changé. Il ne faut pas avoir peur de préempter du foncier parce que c'est la seule manière de bloquer un peu l'envolée des prix liée à l'attractivité de la ville et qui permet aux promoteurs de se frotter les mains ! Chacun doit gagner sa vie, c'est normal, mais il faut limiter aussi la flambée des prix qui chasse de nos villes de première couronne voire de deuxième couronne les ménages modestes. C'est dommage parce qu'une ville a besoin de tout le monde pour fonctionner.
Je souhaite aussi que l'on mette sur pied un organisme foncier solidaire pour dissocier le foncier et le bâti et permettre à des ménages modestes de se loger. De la même manière, l'accession sociale correspond à une très forte demande à Bordeaux Métropole en particulier de la part de jeunes familles.

La Métropole en fait-elle suffisamment pour le logement social ?

Elle est plutôt active et se trouve autour de 23 % de logements locatifs sociaux. Mais il faut travailleur sur la répartition du parc. Les communes qui ont déjà beaucoup de logements sociaux ne doivent plus en construire et l'effort doit être mené par les autres mais beaucoup de communes sont déjà très denses, notamment Bordeaux et Talence. Par ailleurs, je suis convaincu qu'un logement social, qui a été financé par l'argent public, doit le rester à tout jamais. S'il est vendu, il faudrait mettre en place un encadrement pour que les reventes ultérieures soient réservées à des ménages sous conditions de ressources, à l'instar de ce qui existe sur l'accession sociale.

"Maintenant que nous sommes attractifs, que c'est reconnu, je crois qu'il faut que nous soyons plus sélectifs dans les implantations d'entreprises"

Quel est votre regard sur l'action économique de l'agglomération ?

Il faut être clair : nous avons mis un coup d'accélérateur phénoménal depuis cinq ans, notamment sous l'impulsion de Virginie Calmels, qui a apporté son savoir-faire et son relationnel, mais je suis convaincu qu'il faut maintenant que l'on accélère encore. Maintenant que nous sommes attractifs, que c'est reconnu, je crois qu'il faut que nous soyons plus sélectifs dans les implantations d'entreprises et assumer de nommer les secteurs dans lesquels nous voulons attirer des emplois : le numérique mais pas seulement, le laser, les énergies renouvelables, l'hydrogène mais aussi le secteur industriel.

Après la mobilité et la maîtrise foncière, votre troisième "M" est celui de la mutualisation...

Oui et j'y mets deux facettes : d'une part, la mutualisation technique interne entre les services des communes et de la Métropole et, d'autre part, les relations entre la Métropole et les territoires alentours avec davantage de dialogue et d'échanges.

Sur ce sujet, Nicolas Florian propose par exemple d'étendre les lignes de bus au-delà des frontières administratives de la Métropole et de favorise les achats publics mutualisés. Qu'avez-vous en tête de votre côté ?

Ce sont de très bonnes initiatives. Il faut agir dans plusieurs domaines - développement économique, transports, achats publics, ressources naturelles et alimentaires, tourisme - en poussant tout ce qui fonctionne bien entre les services. Il faut partager les bons côtés comme les mauvais en restant pragmatique, simple et sans imaginer de grande messe des territoires. Les protocoles bilatéraux fonctionnent bien, il faut poursuivre.

Lire aussi : Economie, urbanisme, climat : les premières déclarations du maire de Bordeaux


Il vous reste douze mois de mandat, dont un trimestre qui sera dédié à la campagne électorale. Comment appréhendez-vous ce délai ?

Soyons clair, la mandature se termine, tous les grands projets sont lancés et toutes les grandes décisions sont prises. Il n'y a donc plus besoin de réfléchir pour cette mandature. En revanche, il faut préparer la suivante avec les grands défis dont nous avons parlé.

Serez-vous candidat à votre succession en 2020 ?

A la mairie du Bouscat, oui. A la Métropole, non. Parce que je suis convaincu que la Métropole doit être présidée par le maire de la ville centre, à Bordeaux comme ailleurs. A condition, et c'est indispensable, que le modèle de la cogestion soit respecté et que la ville-centre ne serve pas au détriment des autres !

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Commentaires
a écrit le 14/03/2019 à 12:05 :
suite a mon courrier du 6 mars 2019 je suis toujours en attente d une reponse consernant la rue jean pages villenave d ornon 33140 au suje d un murs antibruit merci de me repondre
a écrit le 12/03/2019 à 14:31 :
La question du financement est clairement posée et c'est le cœur du sujet actuel.
Aujourd'hui, ce sont les banques privées (et BCE) qui créent la monnaie et la prêtent avec taux d’intérêt à l'Etat, ce qui fait une charge de la dette conséquente. Cette monnaie sert à 80 % à la spéculation en France et favorise également un état d'esprit propice à l'évasion fiscale. ce qui fait qu'il n'y a d'argent que pour la Dette et pas pour les dotations des collectivités locales comme on peut le voir dans le journal du département de ce mois.
L'Etat devrait reprendre le contrôle de l'émission monétaire et orienté réellement ce flux monétaire vers des projets d'infrastructures qui permettent d'améliorer la vie de la population et également d’accroître la productivité permettant de rembourser l'émission monétaire ainsi créée.
Ce crédit public permettrait de financer dees travaux important pour la métropole, la région ou même l'Etat , ce que ne peut pas faire le privé.
l'exemple le plus parlant est le Canal Seine Nord qui n'a que des avantages mais nécessite de sortir du fameux "3%" dont personne ne sait pourquoi il est là !

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