Bioraffineries : la brique manquante pour structurer la chimie biosourcée régionale (1/5)

INFOGRAPHIE. Organiser la filière de la chimie biosourcée, pour davantage tirer profit d'une ressource abondante en Nouvelle-Aquitaine : c'est la mission confiée par la Région au cluster néo-aquitain ACD (Aquitaine chimie durable). Avec pour défi majeur à relever, le déploiement de bioraffineries capables de transformer les ressources locales.

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Une unité d'extraction chimique de matières premières végétales de l'entreprise girondine Berkem.
Une unité d'extraction chimique de matières premières végétales de l'entreprise girondine Berkem. (Crédits : Groupe Berkem)

C'est un des objectifs du Plan de relance néo-aquitain adopté en octobre 2020 par le conseil régional : structurer une filière régionale de la chimie biosourcée, pour miser davantage sur une ressource locale que l'on sait abondante. Un vaste chantier, tant les acteurs concernés interviennent dans différents secteurs et à divers stades de transformation des matériaux, que la Région a confié au cluster ACD Nouvelle-Aquitaine.

Recrutée par ACD pour le mettre en œuvre, Elodie Lacassagne a commencé par dresser le panorama des acteurs avant d'en sonder une quarantaine pour mesurer leurs besoins. Elle fait aujourd'hui état d'un tissu régional de plus de 120 industriels impliqués, de près ou de loin, dans la transformation ou l'utilisation de produits chimiques d'origine biosourcée, et d'une trentaine de laboratoires scientifiques et techniques.

Cartographie dynamique

"Cette cartographie, qui n'est pas exhaustive, illustre une activité importante dans la région", souligne-t-elle auprès de La Tribune, rappelant que quelques industriels locaux se sont déjà fait un nom à l'international en misant de longue date sur le biosourcé (Silab, DRT et Berkem, notamment).

Made with Flourish

Et si "le secteur de la cosmétique est aujourd'hui celui qui utilise le plus de produits biosourcés", car le plus mature en la matière, d'autres émergent depuis quelques années avec une demande exponentielle. "C'est le cas notamment des secteurs peintures, détergents et polymères ou encore des biosolutions, pour qui les besoins s'annoncent potentiellement très importants", rappelait-elle début décembre lors d'un webinaire organisé sur le sujet par, entre autres, ADI-NA et ACD.

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« Il va falloir accepter les surcoûts »

Du côté des besoins justement, les entretiens réalisés par ACD avec une quarantaine d'acteurs "témoignent d'une véritable appétence pour l'intégration des matériaux biosourcés dans les process".

"L'objectif des sondés est clairement de substituer au maximum les produits issus de la biomasse aux produits pétroliers", relaie Elodie Lacassagne. "Mais la plupart voudrait pouvoir le faire à moindre coût, et cela ne sera pas possible. Il faut que les industriels et donneurs d'ordre intègrent cette réalité."

Un discours de vérité également tenu par Patrick Maestro, directeur scientifique de Solvay et administrateur d'ACD, invité lui aussi au webinaire organisé en décembre : "Il va nous falloir accepter les surcoûts qu'imposent les nouveaux procédés de transformation", concédait-il alors.

Encourager le développement des bioraffineries

Car si comme le souligne Elodie Lacassagne, "la région offre une grande diversité de ressources issues de la biomasse, de natures différentes, et pour lesquelles on trouve de grands volumes de co-produits", structurer la filière nécessite une montée en charge de l'appareil productif, et en particulier le déploiement de bioraffineries sur le territoire.

Parce qu'outre l'usine de production de dérivés de cellulose de Rayonier, à Tartas, "la seule à fractionner des bioressources, séparer et purifier les molécules", dixit Elodie Lacassagne, et les sites de transformation de quelques industriels comme DRT ou Berkem, les capacités régionales sont loin de pouvoir absorber les volumes disponibles pour la filière et susceptibles de pouvoir être valorisés.

Rayonier va produire du bioethanol de 2nde génération à Tartas

Dans un communiqué publié le 18 janvier, Rayonier annonce son ambition de produire 21 millions de litres de bioethanol 2G d'ici à l'été 2023 sur le site d'Avébène. Un projet soutenu par la Région, qui a attribué 2,5 millions d'euros de subvention à l'industriel, en commission permanente le 9 novembre dernier.

Cet enjeu, la Région l'a bien intégré, puisqu'elle fait du développement de ces bioraffinerie un des axes de son plan d'actions pour la filière (lire l'encadré). L'appel à manifestation d'intérêt lancé en juin 2021 "pour favoriser l'émergence de démonstrateurs collaboratifs" pourrait d'ailleurs encourager l'émergence de projets, Sachant qu'un appel national vient également d'être lancé par le gouvernement, le 21 janvier dernier, "pour soutenir le développement et l'industrialisation de produits biosourcés et biotechnologies industrielles".

Il reste que l'exploitation de la ressource, et en particulier des coproduits issus des activités agricoles, forestière, suppose un maillage du territoire par des bioraffinerie "calibrées en cohérence avec les enjeux locaux", pointe pour finir Elodie Lacassagne. "Il nous faut maintenant définir plus précisément les besoins des industriels, les mettre en regard des potentiels de biomasse disponibles, puis organiser la synergie entre tous les acteurs susceptibles de transformer de cette biomasse dans la région."

Le plan d'action régional


Le plan d'action régional pour structurer la filière Le plan Rebond de 2020 prévoit un plan d'actions spécifique à la filière chimie-matériaux, qui fixe entre autres objectifs de structurer la filière biosourcées. Pour ce faire, la Région a engagé cinq actions :

  • identifier les besoins, valider les stratégies et plan d'actions par la mise en place d'un groupe de travail
  • promouvoir la chimie biosourcée en organisant une convention d'affaires régionale, en participant à des salons étudiants, en créant des expositions soutenir,
  • promouvoir des démonstrateurs, et financer l'industrialisation de nouveaux procédés
  • favoriser le développement de bioraffineries pour une valorisation locale des productions agricoles et sylvicoles
  • étudier l'opportunité et les modalités de la création d'un label régional "Biosourcé en Nouvelle-Aquitaine."

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