France Digitale : quatre candidats à la mairie de Bordeaux scannés par les startuppers

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La rencontre de France digitale du 4 février 2020 a eu lieu à la Halle Héméra, à Bordeaux (ici en juillet 2019 à l'occasion du Startupper)
La rencontre de France digitale du 4 février 2020 a eu lieu à la Halle Héméra, à Bordeaux (ici en juillet 2019 à l'occasion du Startupper) (Crédits : Agence APPA)
Les représentants des listes de la majorité municipale sortante (LR-Modem-UDI-Agir), des écologistes (EELV-PS-PCF), de La République en Marche et du Rassemblement National, en lice pour l'élection à la mairie de Bordeaux, ont été questionnés sur leurs intentions par les représentants de la filière numérique, dans le cadre de l'opération "Hacking" lancée par France Digitale. Avec au bout de l'exercice une ville qui passe du service aux startups à celui de la transition écologique pour finir par une fusion entre numérique et sécurité.

L'association France Digitale, qui regroupe les acteurs de la filière numérique (entrepreneurs et investisseurs), s'est lancée dans un tour de France de six métropoles pour sonder les cœurs digitaux des candidats aux élections municipale des 15 et 22 mars prochains. Cette opération nationale baptisée « Hacking » a démarré à la Halle Héméra, à Bordeaux, et s'achèvera à Paris le 27 février. « Il y a toutes les équipes au-dessus des 5 % d'intentions de vote pour l'élection municipale de Bordeaux, à l'exception de Philippe Poutou », précisait à l'entrée de la Halle le maître des lieux Julien Parrou-Duboscq.

Ceci juste avant l'entrée en scène des politiques à l'issue d'une journée découpée en « rencontres investisseurs » et « rencontres talents », où plateaux de charcuterie et fromages remplaçaient avantageusement les fraises tagada. France Digitale a déjà eu l'occasion d'organiser des sessions Hacking, en 2017 pour la présidentielle et l'an dernier à l'occasion des européennes. Pour ce lancement bordelais cuvée 2020 quatre startups ont accepté de représenter le milieu digital :  Blue Valet, service de voiturier, et Monsieur T-Shirt, mais aussi Rendement locatif, filiale de Citruce, et l'antenne française du groupe allemand Flixbus.

Ce que disent les candidats

Thomas Cazenave (LREM) : "Voici le message que je vous adresse : vous représentez la filière numérique, j'ai besoin de vous".

Lors de son intervention, Thomas Cazenave, candidat LREM à la mairie de Bordeaux, a tout d'abord rappelé qu'il connaissait les lieux pour avoir fait deux mois de stage quand le site de l'actuelle Halle Héméra était celui de l'usine du groupe de spiritueux Marie Brizard. Mais ce diplômé de l'Ecole normale supérieure puis de l'ENA, devenu inspecteur des finances, n'a finalement pas fait carrière dans les spiritueux. Il s'est même assez rapidement mis à surfer sur la vague numérique, au plus haut niveau de l'Etat, avec Emmanuel Macron pour le lancement de la French Tech dans les territoires, puis au pilotage de la transition numérique de Pôle emploi.

"Voici le message que je vous adresse : vous représentez la filière numérique, j'ai besoin de vous. Votre ville a besoin de vous. Sur les questions de mobilité, de logement, de transition écologique nous devons aller beaucoup plus vite", a souligné en substance Thomas Cazenave, qui a appelé la municipalité à plus d'agilité.

"Nous voulons vous simplifier les contacts avec la ville, avec ses services. Notre préoccupation est la suivante : comment aider les startups ? Qu'il s'agisse de la question des baux, à 3, 6 ou 9 ans, qui ne correspondent pas aux besoins des startups, ou à l'accès à la commande publique, mon message est : mobilisation !" a lancé Thomas Cazenave.

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Les candidats ont été questionnés par des dirigeants de startups. Thomas Cazenave a ainsi dû répondre à Hugo Ricard, cofondateur et codirigeant de Blue Valet, qui développe un service de voituriers, notamment à l'aéroport de Bordeaux-Mérignac, qui lui a demandé ce que pouvait apporter la ville de Bordeaux aux startups, en particulier pour faciliter l'accès de ces dernières à la commande publique et le logement de leurs salariés.

Thomas Cazenave a expliqué que l'accès aux marchés publics pouvait être facilité pour les startups avec la constitution de petits lots à attribuer. Les gros lots excluant très petites et moyennes entreprises des marchés. « Quant à la question du logement, tout le monde l'évoque. Bordeaux est une ville qui est devenue inaccessible. Il faut changer la politique du logement, la puissance publique doit investir dans ce domaine pour en finir avec l'inflation des prix immobiliers, et rendre les terrains plus accessibles », a déroulé le candidat.

Pierre Hurmic (EELV-PS-PCF) : "Nous voulons que les entreprises qui jouent le jeu de la transition écologique aient des aides fiscales"

Le candidat écologiste Pierre Hurmic, tête de liste Bordeaux Respire !, coalition EELV-PS-PCF, a joué carte sur table, sans essayer de jouer au candidat branché 2.0.

"J'ai un point commun avec vous et une divergence. Le point commun c'est que je suis un acteur de la cité, j'exerce une profession libérale, je suis avocat. Je suis un non-professionnel de la politique, qui a décidé un jour de se lancer dans le jeu politique", a entamé d'entrée celui que les sondages désignent comme le premier challenger du maire de Bordeaux, Nicolas Florian, pour l'élection de mars prochain.

Pierre Hurmic a ensuite poursuivi dans cette même veine du parler vrai écologiste dans un esprit détendu, expliquant pourquoi il était venu alors qu'il aurait pu se faire représenter.

"J'ai préféré être ici pour amorcer les prémisses d'une collaboration. Parce que Bordeaux n'est pas un archipel coupé des enjeux nationaux et internationaux. Et nous, nous voulons d'abord propulser la ville sur le chemin de la neutralité carbone, on ne peut pas y couper. C'est un impératif. Qui se gère aussi avec les acteurs économiques", a expliqué le candidat écologiste.

"Je prends très peu l'avion... et je ne conduis pas"

Pierre Hurmic a insisté sur le fait qu'il fallait simplifier la vie administrative, la décloisonner, soulignant que « ce que l'administration sait faire il faut le faire savoir » en cassant la logique en silos. Il y a dans le système administratif une faiblesse : celle des compétences. Dès aujourd'hui nous devons voir comment nous allons pouvoir travailler avec la Région dans le domaine du développement économique. Il faut avoir un guichet unique et pas des collectivités qui se regardent en chiens de faïence, avec la Métropole, la Région, etc.

De son côté, le cofondateur et codirigeant de Blue Valet a été clair. "Nous sommes conscients de la question écologique, de l'urgence climatique et nous essayons de faire des choses. Mais comment pouvez-vous aider les entreprises ?" a-t-il demandé. Ce à quoi Pierre Hurmic a répondu qu'il faut que le tissu économique bordelais puisse se transformer.

"Vous devez être les intermédiaires entre nous et les PME, les commerçants, pour leur faire passer le message. Nous sommes prêts à mobiliser la fiscalité locale, que les entreprises qui jouent le jeu aient des aides, des avantages fiscaux : nous l'avons chiffré, c'est la carotte fiscale", s'est-il engagé.

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Il a ensuite appelé à travailler la question foncière, à ne pas revendre les immeubles municipaux pour les optimiser.

"Je prends très peu l'avion et jamais pour aller à Paris, ce que je trouve incompréhensible. Et je ne conduis pas, c'est ma femme qui s'en charge. Et c'est elle qui est tombée sur votre offre de voiturier de Blue Valet, une offre vraiment nickel chrome" s'est enthousiasmé le candidat écologiste.

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Julia Mouzon (liste Nicolas Florian) : "La mairie doit impérativement être à votre service, car elle ne connait pas votre métier"

Contrairement à Pierre Hurmic, le maire Nicolas Florian n'a pas fait le déplacement à la Halle Héméra, où il a délégué la responsable de l'élaboration de son projet et colistière : Julia Mouzon. Cette polytechnicienne, diplômée de l'Ecole d'économie de Paris, est passée par la prestigieuse direction du Trésor avant de quitter la haute fonction publique pour fonder sa startup Elueslocales.fr. Autrement-dit, Julia Mouzon n'est pas simplement une "digital native", qui parle couramment le startupper, mais une authentique "startuppeuse".

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Spécificité sur laquelle la représentante de Nicolas Florian a attaqué d'entrée.

"J'ai une particularité, je connais beaucoup d'entre vous, a-t-elle commencé. J'ai d'abord travaillé dans l'administration, puis j'ai lancé une startup dans le Starbuck de La Bastille. Il faut être en phase et la mairie doit être impérativement à votre service, car elle ne connaît pas votre métier. En revanche, ce que la mairie peut faire c'est créer un écosystème. La French Tech Bordeaux c'est différent du Conseil des entrepreneurs de Bordeaux (qui fait partie des conseils consultatifs créés par la mairie -NDLR)", a éclairé Julia Mouzon.

Une demande d'ouverture des données de la ville

Elle a ensuite insisté sur le fait que la mairie doit jouer un rôle de lien entre les besoins des startups exprimés et en attente, observant qu'il fallait développer la commande publique. "Nous voulons vous accompagner dans vos ambitions, par exemple celle d'entrer dans le French Tech 120", a-t-elle précisé.

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Bassel Abedi, représentant de Rendement locatif, créé en 2017 à Bordeaux, établissement secondaire de Citruce, à Paris, groupe fondé en 2008 et dirigé par Camille Aubert, qui propose une application de calcul d'investissement en immobilier locatif, est ensuite intervenu.

"Nous opérons dans le secteur immobilier pour particuliers, nous sommes très digitaux. Notre succès c'est la donnée, que l'on rend facile d'accès. Il y a de plus en plus de données accessibles. Notre demande en tant que startup c'est de travailler avec la ville de Bordeaux sur l'ouverture des données", a exposé Bassel Abedi à Julia Mouzon.

La chef de projet de Nicolas Florian lui a répondu que tout reste à inventer. "Nous devons avoir une vraie conduite du changement dans l'administration", a-t-elle précisé, évoquant un manque d'efficacité qu'elle a illustré avec l'exemple d'un nid de poule à combler. Une opération pas des plus difficiles en matière de travaux publics mais qui n'aboutit pas parce que l'information, a souligné Julia Mouzon, ne remontant pas jusqu'aux agents de la Métropole chargés de cet ouvrage.

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Bruno Paluteau (RN) : "Je suis favorable au développement de la vidéoprotection avec reconnaissance faciale"

Second représentant des professions libérales, le chirurgien-dentiste Bruno Paluteau est tête de liste à la municipale de Bordeaux pour le RN (Rassemblement national). Sa vision du numérique se conjugue étroitement avec les préoccupations sécuritaires de son mouvement politique. Bruno Paluteau ne parle pas de vidéosurveillance mais de vidéoprotection. Si pour la Cnil (Commission nationale de l'informatique et des libertés) ces deux termes se valent, tout le monde peut comprendre la nuance qui sépare le bouclier de la protection de l'épée de la surveillance.

"Je suis quelque peu néophyte dans le domaine numérique et j'ai donc des fiches. Je suis favorable à l'installation d'un éclairage public intelligent, à la gestion des déchets avec des conteneurs intelligents, à la gestion intelligente des déplacements, des flux. Je suis favorable au développement de la vidéoprotection avec reconnaissance faciale, n'a pas craint d'annoncer le candidat RN, alors que cette technologie est devenue un emblème de la dictature chinoise, mais aussi à l'e-Santé. Le RN a-t-il poursuivi, est favorable à la dé-métropolisation et au localisme, avec un recours au développement du télétravail, à la création de startups, avec des circuits courts et la création d'un écosystème pour lequel la 5G va être un accélérateur formidable !".

Des quartiers transformés en villages à forte identité...

Bruno Paluteau a insisté sur la création de tiers lieux pour la formation des seniors au monde numérique, afin de lutter contre la fracture digitale. Avant de mettre en avant sa vision urbaine. "Une ville avec des quartiers qui seront des villages dotés d'une forte identité, témoignant de la France éternelle... Nous voulons transformer la ville avec des quartiers à forte identité, comme les Chartrons ou Saint-Augustin ».

Interrogé par Arnaud Péré, cofondateur de Monsieur T-Shirt, sur les garde-fous qu'il comptait mettre pour contrôler l'usage de la reconnaissance faciale, Bruno Paluteau a répondu qu'il était très important d'étendre cette vidéoprotection à tous les quartiers. Quant à la protection des commerçants au centre de Bordeaux, rue Sainte-Catherine, le candidat RN s'est montré ferme, dénonçant les casseurs d'extrême gauche qui avaient noyauté les Gilets jaunes et qu'il faudrait réduire.

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