French Tech 120 : l'écosystème bordelais, le grand oublié ?

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L'équipe de Loisirs Enchères. La startup basée à Bordeaux est sélectionnée dans le programme French Tech 120
L'équipe de Loisirs Enchères. La startup basée à Bordeaux est sélectionnée dans le programme French Tech 120 (Crédits : Loisirs Enchères)
Le French Tech 120, dévoilé lundi, ne compte que deux startups basées en Nouvelle-Aquitaine malgré une dizaine de candidatures locales. De quoi placer la région en queue de peloton, loin derrière l'Occitanie et l'Auvergne-Rhône-Alpes. Pas de quoi inquiéter l'écosystème numérique bordelais qui met en avant les six autres membres du FT 120 ayant récemment déployé des bureaux à Bordeaux. Réactions des principaux intéressés.

Loisirs Enchères et Treefrog Therapeutics. Ce sont les deux startups sélectionnées parmi les 83 jeunes entreprises en forte croissance du programme national d'accompagnement French Tech 120 qui vient compléter le premier peloton du Next 40 dévoilé fin 2019. Elles font figure d'oiseau rare puisque l'écosystème bordelais et la Nouvelle-Aquitaine ne comptent que deux représentants parmi les 123 entreprises sélectionnées. Ce programme est particulièrement centré sur les startups franciliennes qui représentent 70 % du total mais il laisse néanmoins un petit tiers au reste du territoire et notamment Auvergne-Rhônes-Alpes (9 startups), l'Occitanie (5), la région Sud et les Hauts-de-France (4 chacune), le Grand-Est (3) puis la Nouvelle-Aquitaine.

Ce classement est-il révélateur d'un manque de maturité des jeunes pousses bordelaise ou d'un retard à l'allumage de l'écosystème local et régional ? "'Il y avait très peu de boîtes correspondant aux critères de chiffre d'affaires et de levées de fonds en Nouvelle-Aquitaine. Nous aurions aimé en sélectionner davantage mais nous ne pouvions pas et cela ne signifie pas que la région n'est pas dynamique dans la tech", considère Kat Borlongan, interrogée par La Tribune. "Evidemment que nous aurions préféré placer trois ou quatre représentants de Nouvelle-Aquitaine mais il ne faut s'arrêter à ce chiffre", réagit également Philippe Metayer, le directeur général de French Tech Bordeaux, qui préfère mettre en avant un autre indicateur : "Dans le French Tech 120, Bordeaux compte huit membres : deux startups dont le siège est à Bordeaux et six autres qui ont des bureaux étoffés à Bordeaux et investissent dans le territoire. Quand Mirakl décide d'installer son centre de R&D de 50 personnes à Bordeaux ce n'est pas anodin".  Il s'agit d'entreprises telles que Deezer, Backmarket, ManoMano, Mirakl, OVH ou encore Qapa.

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On peut aussi y inclure LGO exchange, très discrète entreprise spécialisée dans les cryptomonnaies dont les équipes sont éclatées entre Bordeaux (services techniques), New York, Marseille et désormais Limonest, près de Lyon.

Une dizaine de candidatures locales

"Le taux d'innovation et de création d'entreprises est bon. Nous n'avons pas à rougir de nos chiffres et de notre dynamisme. Nous avons de très belles entreprises en très forte croissance mais elles ont été doublées par des entreprises connaisant une croissance encore plus forte, c'est le jeu", poursuit Philippe Metayer. Au-delà des deux lauréats, French Tech Bordeaux dénombre une dizaine de candidatures d'entreprises régionales dont la quasi-totalité originaires de Bordeaux. Le programme French Tech 120 accompagnera une deuxième promotion de startups début 2021, il y aura donc une nouvelle opportunité pour l'écosystème girondin de faire valoir son dynamisme d'autant que Treefrog Therapeutics est l'une des plus jeunes startups à avoir été sélectionnées par French Tech 120. De quoi pose jalons pou l'avenir.

De son côté, Mathieu Hazouard, le conseiller régional de Nouvelle-Aquitaine en charge du numérique, tient lui aussi à relativiser la signification du French Tech 120 : "C'est un dispositif de l'Etat, centré sur l'Ile-de-France, et piloté par la French Tech de bout en bout sans concertation avec les régions pour établir les critères. Il ne résume pas l'écosytème régional. Nous allons continuer à accompagner nos entreprises en insistant notamment sur le sens de leur activité et leur impact sur la société et l'environnement plutôt que sur le montant de la levée de fonds. Mais c'est positif pour les deux lauréats, notamment en termes de visibilité !"

Les deux lauréats témoignent

  •  TreeFrog Therapeutics

Leur sélection par la mission French Tech et Bpifrance dans le programme French Tech 120 (FT 120) ravit Maxime Feyeux (président) et Kevin Alessandri (directeur général) deux normaliens, respectivement biologiste et physicien, cofondateurs de la jeune pousse bordelaise. Treefrog Therapeutics développe avec C-System une technologie de culture de masse des cellules souches pluripotentes (CSP) sans équivalent dans l'histoire de la biologie. Les CSP, qui peuvent fabriquer n'importe quel type d'organe, ne supportent pas d'être cultivées dans des boîtes de Pétri, base de la culture cellulaire. D'où une effarante pénurie sur le marché mondial, où les cellules souches pluripotentes s'échangent au tarif surréaliste de 10 M€ le kilo ! Avec C-System, Treefrog Therapeutics est capable de produire à la seconde 5.000 capsules spécialement conçues pour assurer une culture optimale de ces CSP.

L'objectif de la startup, qui a levé 7 M€ en six mois l'an dernier, est de s'imposer comme un leader mondial d'ici trois ans. D'où de nouvelles levées de capitaux à attendre en 2020.

« Cette sélection dans le FT 120 nous a rendu euphoriques car peu de grandes entreprises du secteur ont eu un parcours aussi rapide que le nôtre jusqu'à présent, éclaire Kevin Alessandri. Notre entreprise, poursuit-il, est en accélération continue, sur un modèle américain. Nous sortons de l'Université de Bordeaux et notre technologie représente un enjeu majeur pour les thérapies cellulaires. Nous sommes appuyés par de nombreux partenaires, à commencer par la Satt Aquitaine, mais aussi Bpifrance, la Région, Business France ou encore la CCI Internationale... Nous avons un besoin vital de l'appui de l'Etat car sur le marché mondial nous allons affronter des entreprises 100 fois plus grosses que nous ».

La jeune pousse va doubler de taille cette année, en passant de 20 à 40 personnes, et encore l'an prochain. C'est pourquoi elle va louer 1.000 m2 de locaux à partir de mars, dans le cadre du bioparc Innocampus, à proximité immédiate de l'Université de Bordeaux.

  • Loisirs Enchères

"On est hyper content d'avoir été retenu parce que ça valide le travail, les idées, la vision, le résultat et le potentiel de Loisirs Enchères, c'est très positif pour les salariés", se réjouit Frédéric Bonfils, le directeur général de cette entreprise spécialisée dans la réservation de loisirs et de vacances mis aux enchères en ligne. Installée en plein centre-ville de Bordeaux, elle compte 50 collaborateurs et une activité en plein boom avec l'objectif d'atteindre 100 M€ de chiffre d'affaires d'ici 2024. "Il y a peu de startups du secteur du tourisme et de startups positionnées sur le BtoC au sein du French Tech 120, ça nous offira donc une superbe visibilité auprès de nos fournisseurs et investisseurs. J'en attends aussi beaucoup de la mise en réseau avec les autres lauréats qui constitue pour moi au moins 50 % de l'intérêt de ce programme", poursuit Frédéric Bonfils.

Le site revendique 900.000 membres, 210.000 ventes réalisées l'an dernier, 1.600 partenaires et 700 offres de disponibles en permanence, à 90 % en France. "L'objectif pour l'année 2020 est de rationaliser nos process et notre activité. On est en plein dans cette phase de passage à l'échelle, de scale-up : standardiser pour accélérer par 10 ou par 100 notre activité tout en gérant notre forte croissance", détaille Frédéric Bonfils, qui attend aussi du programme FT 120 "un soutien pour accélérer et faciliter les démarches et toucher les bons interlocuteurs". Et le dirigeant d'avoir un mot pour ses confrères et consoeurs : "Je suis déçu pour pas mal de mes collègues dans de très belles startups et scale-ups qui auraient mérité de figurer dans la sélection. Il y avait probablement de la place pour davantage d'entreprises régionales."

Lire aussi : Loisirs Enchères lève 4 M€ pour doper sa croissance nationale

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Commentaires
a écrit le 28/01/2020 à 11:32 :
J'ai crée un start up destinées à optimiser l'aide au start up, pour les start up qui aide les start up dans leur marketing d'aide au start ups, destiné aux start ups.

#Bullshit jobs
a écrit le 22/01/2020 à 21:45 :
Effectivement les critères nationaux ne correspondent pas aux critères de chacune des régions !
;-))
a écrit le 22/01/2020 à 18:48 :
Je suis désolé de savoir qu'ils ne sont pas dans mon village et qu'ils n'appartiennent pas a la France!

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