Guerre en Ukraine : 70 % des artisans en difficultés économiques en Nouvelle-Aquitaine

Selon une étude de la Chambre des métiers et de l'artisanat Nouvelle-Aquitaine, les entreprises de l'artisanat sont durement touchées sur le plan économique par les retombées de la guerre en Ukraine. Hausse du coût des matières, approvisionnement ralenti, trésorerie en danger : l'impact sur ces métiers est accru, alors que l'effet du Covid n'a pas encore été résorbé.

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L'alimentaire est le secteur qui dit connaître le plus de difficultés, avec 78 % d'entreprises impactées selon l'étude la Chambre des métiers et de l'artisanat.
L'alimentaire est le secteur qui dit connaître le plus de difficultés, avec 78 % d'entreprises impactées selon l'étude la Chambre des métiers et de l'artisanat. (Crédits : Anaka Photographe)

En Nouvelle-Aquitaine, 68,7 % des entreprises de l'artisanat rencontrent des difficultés économiques inhérentes à la guerre en Ukraine. Elles sont même 78 % dans l'alimentaire. Ce sont les chiffres qui ressortent de l'étude menée par la Chambre des métiers et de l'artisanat (CMA) de la région.* Après le Covid, l'impact de cette nouvelle crise économique se mesure déjà.

Plus largement, toutes les entreprises consommatrices de matières premières, subissent un impact de la guerre en Ukraine. Ainsi, 74 % des entreprises qui ont répondu à l'étude disent connaître des difficultés liées au coût des matières premières. 52 % subissent des problèmes d'approvisionnement. Et 32 % peinent à cause de renégociations de devis. L'artisanat se retrouve impacté par une crise qui touche d'abord des produits essentiels à la production (huiles végétales, blé, gaz, carburants...).

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"Nous commençons à avoir des inquiétudes sur les entreprises très consommatrices en énergie. Elles se disent qu'il va falloir ralentir leur activité car le coût de production est plus élevé que le prix de vente", rapporte Gérard Gomez, le président de la CMA Nouvelle-Aquitaine. "Sur les matières premières, c'est difficile de changer les chaînes d'approvisionnement si rapidement. Il y a des négociations avec les fournisseurs pour essayer de bloquer les prix sur une certaine durée."

Parmi les autres difficultés, le corps artisan évoque le coût des déplacements (86 % des répondants) et de l'énergie (51 %). Des complications conjoncturelles qui touchent un plus large ensemble d'entreprises de la région, en dehors de l'artisanat. Fin mars, rien qu'un mois après le déclenchement de la guerre, elles étaient déjà 40 % à ressentir un impact négatif en Gironde.

Des trésoreries au plus bas

Pour contrer les retombées économiques négatives, les entreprises de l'artisanat cherchent de nouvelles sources d'approvisionnement pour limiter la hausse des coûts. Mais sont tout de même contraintes d'intervenir sur leurs prix de vente. C'est le cas pour Vincent Prévôt, traiteur à Rauzan en Gironde, qui achète désormais l'huile de friture en Espagne et a augmenté certains tarifs de 15 %. "Pour le reste, on va faire le dos rond. Le temps que ça passe" regrette-t-il.

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Pourtant, un problème ne le quitte plus depuis plus de deux ans : la carence de trésorerie. 81 % des entreprises répondantes à l'étude disent en connaître. Elles ont certes été amplifiées par la guerre en Ukraine mais existaient déjà auparavant, notamment à cause de la crise Covid. Avec ce fonds de caisse qui ne parvient pas à se reconstituer, et les autres entraves conjoncturelles, 2/3 des acteurs de l'artisanat n'ont plutôt pas ou pas du tout confiance en l'avenir de leur entreprise. Malgré cela, et c'est un signe réjouissant, ils ne sont que 6 % à témoigner de difficultés salariales. L'emploi ne semble donc pas menacé à court et moyen terme.

Les représentants de l'artisanat restent pourtant alarmistes. "Nous pensions être sortis de la crise, les carnets de commandes se remplissaient, il fallait vite embaucher. Et là on reprend un coup derrière la tête" martèle Gérard Gomez. La CMA Nouvelle-Aquitaine a réactivé la cellule Covid, rebaptisée cellule Ukraine, afin de répondre aux différentes interrogations des artisans de la région.

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* Étude menée du 21 mars au 13 avril en Nouvelle-Aquitaine (hors Vienne) à laquelle 1519 entreprises ont répondu

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