Ukraine : les prochaines semaines s'annoncent très difficiles pour l'industrie française

Aluminium, acier, ferraille, titane, puces électroniques : l'invasion russe en Ukraine et les sanctions économiques viennent déboussoler encore un peu plus l'industrie et des chaînes d'approvisionnement déjà désorganisées dans l'industrie. En Nouvelle-Aquitaine, des entreprises craignent de devoir stopper net leur activité, faute de fournisseurs.

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(Crédits : Yves Herman)

"Depuis le début de la semaine [du 7 mars, NDLR] aucun de nos fournisseurs n'est en mesure de nous donner un prix ou un délai. Ils ne savent pas à quel prix ils pourront nous livrer, ni quand, ni même s'ils pourront nous livrer au regard de la pénurie de matières et composants ! Le résultat c'est qu'ils refusent de faire des devis ou dénoncent les marchés...", témoigne François-Xavier Vigneras, président de l'UIMM Charente à la tête de trois entreprises de l'industrie et de la métallurgie : la Seemi (Société d'études d'équipement de modernisation industrielle), lCDLA (Chaudronnerie de l'Angoumois) et Deville-Besse (usinage et mécanique de précision).

Selon ce chef d'entreprise charentais, l'aluminium, l'acier basique, les charpentes métalliques, la ferraille ou encore le titane sont les matières les plus concernées par la flambée des prix et les retards de livraison. Mais elles ne sont pas les seules puisque les composants électroniques ou encore les engrais sont également directement touchés.

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Et ce son de cloche n'est pas isolé, confirme-t-on à l'UIMM de Nouvelle-Aquitaine, même si l'on précise que ce n'est pas une situation généralisée. "La hausse des prix de l'énergie, avec des budgets électricités parfois multipliés par deux pour 2022, et les difficultés d'approvisionnement, notamment pour la construction métallique sont les deux gros sujets qui nous remontent et que nous suivons de très près", précise Alexandre Le Camus, le délégué général de l'UIMM Gironde-Landes, tandis que la Banque de France en Nouvelle-Aquitaine note, ce 16 mars, qu'en février "l'économie régionale progresse mais le conflit en Ukraine devrait accentuer les difficultés d'approvisionnement, la hausse du coût de l'énergie et des matières premières".

"Des conséquences très importantes"

 "Il va y avoir des conséquences très importantes. La problématique énergétique, qui était déjà un sujet avant, va prendre des proportions énormes, notamment pour le gaz. Si le gaz russe venait à être concerné par les sanctions et contre-sanctions, nous serions dans une difficulté extrême pour faire tourner nos entreprises et chauffer nos maisons. [...] Avec les sanctions, des filières sont touchées au plan commercial comme l'aéronautique, mais la question touche aussi les approvisionnements notamment en titane tandis que le cours du nickel explose à tel point qu'on en trouve plus.. ", prévenait également Eric Trappier, le directeur général de Dassault Aviation et président national de l'UIMM, le 11 mars 2022.

Déjà bousculées et désorganisées par la pandémie et la phase de sortie de crise, les chaînes d'approvisionnement semblent en effet sur le point de rompre dans plusieurs secteurs depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine fin février. "Je ne connais pas le détail de tous les circuits mais, depuis que la situation s'empire en Ukraine, je constate comme tout le monde la hausse des coûts de l'énergie et la désorganisation des chaînes d'approvisionnement", juge le Charentais François-Xavier Vigneras, qui souligne que "les entreprises n'ont pas de marges suffisantes pour pouvoir absorber des hausses de prix de cette ampleur".

La ferraille : +200 %

L'ampleur des hausses est en effet assez édifiante. "Pour la ferraille, on parle de 200 % à 250 % de hausse entre l'avant Covid et le début 2022, pour certains composants électroniques c'est +25 % +30 %. Je n'avais jamais vu des augmentations de coûts dans de telles proportions et avec des cours tellement vertigineux que certains fournisseurs dénoncent des marchés conclus à un prix qu'ils ne jugent plus tenables", détaille François-Xavier Vigneras, avant d'enfoncer le clou :

"Et tout ça avec des délais de livraison à rallonge : pour un automate standard, on est passé d'une livraison en trois à quatre semaines à un délai de près de six mois. Pour les cartes électroniques, des fournisseurs proposent un an de délai, voire pas de délai du tout..."

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Du côté de l'aéronautique et du spatial, c'est le titane qui cristallise les inquiétudes avec le tarissement du filon russe de VSMPO qui pèse à lui seul 40 % du titane consommé par la filière aéronautique française (10.000 tonnes par an). Mais, s'il n'y a pas ou peu d'alternatives d'approvisionnement, l'UIMM ne se montre pas alarmiste à ce stade, assurant que la filière dispose d'autour de six mois de stocks.

Quoi qu'il en soit, tout ces éléments perturbateurs ont des conséquences directes et concrètes sur l'activité de nombreuses entreprises françaises et régionales : même s'il ne leur manque que 10 % ou 20 % des composants ou des matériaux, elles sont de plus en plus nombreuses à anticiper un arrêt de leur activité ou de leurs chantiers dans les prochains jours. Preuve que le sujet est pris très au sérieux par le gouvernement, les dispositifs d'activité partielle et d'APLD (activité partielle de longue durée) viennent d'être mis à jour avec l'ajout d'un motif spécifique "circonstances exceptionnelles : conséquences du conflit en Ukraine".

Une cellule de crise à la Région Nouvelle-Aquitaine

La Région Nouvelle-Aquitaine, a d'ores-et-déjà mis sur pied une cellule de crise économique spécifique à la guerre en Ukraine pour faire remonter et centraliser les difficultés des filières et entreprises régionales. "Comme pour le Covid, nous avons mobilisé tous nos chargés de mission pour accompagner le cas échéant les secteurs les plus concernés dont l'industrie, l'aéronautique et l'agriculture", précise-t-on au conseil régional. Des décisions d'aides pourraient être prise dans les prochains jours ou semaines au regard de l'évolution de la situation.

Du côté de Bpifrance Nouvelle-Aquitaine, le directeur régional Laurent de Calbiac, décrit une "dépendance relativement faible en direct vis-à-vis des marchés ukrainien et russe mais des conséquences indirectes pour les entreprises via les prix de l'énergie et des matières premières". Néanmoins, ajoute son collègue Benoit Rigot, "le nombre d'entreprises néo-aquitaines directement concernées par des filiales, des équipes ou des chiffres d'affaires significatifs sur ces deux marchés est très limité".

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La banque publique d'investissement a néanmoins déjà mobilisé deux ponts de trésorerie pour des entreprises dont les contrats d'exportation ont été stoppés et ayant besoin de temps pour trouver autres clients. Plus largement, les missions de prospection et de création de filiales dans ces deux pays sont bien évidemment stoppées. La crainte de plusieurs acteurs est désormais de voir les entreprises tricolores stopper à leur tour leurs investissements en France, le temps de voir comment la situation évolue.

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Commentaire 1
à écrit le 16/03/2022 à 21:08
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Ah c'est dur et compliqué quand on a fermé ou laissé fermé notre industrie sidérurgique ! On attend toujours la fameuse ré industrialisation....

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