Erosion côtière : pourquoi les communes basques avancent en ordre dispersé (3/3)

REPORTAGE. Les stratégies face à l'érosion littorale des huit communes de la côte basque, où habite 40% de la population, sont avant tout déterminées par la physionomie du paysage. Si les approches divergent, les élus de la communauté d'agglomération Pays Basque planchent actuellement sur une vision à 100 ans, qui sera finalisée en 2023. 3e et dernier épisode de notre série de la semaine sur la prise en compte de l'érosion côtière en Nouvelle-Aquitaine.
La baie de Saint-Jean-de-Luz et la corniche basque sont concernées par l'érosion côtière.
La baie de Saint-Jean-de-Luz et la corniche basque sont concernées par l'érosion côtière. (Crédits : Paramoteur 64)

Au Pays basque, on alterne "lutte dure" et "lutte douce". Il ne s'agit pas d'un sport local, mais de stratégies différentes en matière de combat contre l'érosion et la submersion côtière. À Biarritz, on a choisi la première, mais dans la commune voisine de Bidart, c'est la seconde qui prévaut. "Dès le début de la nouvelle mandature en 2020, nous avons défini un projet d'investissement de 17 millions d'euros, dont la première tranche de 4,1 millions d'euros a permis de stabiliser la ligne de crête au sud de la ville", explique à La Tribune Michel Laborde, adjoint au maire chargé notamment de l'aménagement du littoral et des plages.

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Des travaux à l'arrêt

Toutefois, depuis un an, les travaux de renforcement et de végétalisation de la falaise de la Côte des Basques sont à l'arrêt... faute de financements.

"Nous comptions pour la moitié de la somme sur le fonds européen de développement régional (Feder), mais nous n'avons pas encore été remboursés des travaux de l'an dernier. Nous continuons néanmoins d'intervenir sur les urgences, avec notre budget annuel de 500.000 euros, aux environs du phare au Nord, au Sud sur la Côte des basques et surtout autour du rocher de la Vierge en centre-ville où le risque est particulièrement élevé", explique l'élu. Avant de poursuivre : "Nous avons par ailleurs mis en place une protection sous forme de sacs de sable de l'entreprise bayonnaise Wave Bumper contre les vagues de submersion qui menacent le Casino et l'Hôtel du Palais chaque hiver".

Un recul jusqu'à cinq mètres par an

"Nous protégeons ce que l'on doit protéger, avec des mesures ciblées sur la plage du centre par exemple que nous avons renforcée. Mais là où l'on peut, contrairement à Biarritz qui est plus urbanisée, nous laissons la côte reculer", détaille Marc Campandegui, adjoint au maire de Bidart et délégué au littoral, aux espaces naturels et à la sécurité. C'est le cas du golf dont plusieurs greens ont déjà été déplacés ces dernières années. Ce tronçon au dord de la commune est particulièrement touché par l'érosion avec un recul qui devrait atteindre un à cinq mètres par an contre une moyenne de 25 centimètres pour la côte basque selon le GIP Littoral.

Plus au Sud, sur la corniche basque juste après Saint-Jean-de-Luz, l'érosion a également déjà conduit cette année au déplacement vers l'intérieur des terres de l'emblématique sentier du littoral avec sa vue imprenable depuis les falaises sur la mythique vague de Belharra.

Corniche à Urrugne

Les corniches de la côte basque à Urrugne (crédits : Yoni OTPB)

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35 kilomètres de falaises

La grande particularité de la côte basque est justement cette physionomie : sur près de 40 kilomètres de littoral, 35 sont composés de falaises culminant à 70 mètres. Celles-ci, contrairement aux plages et dunes, ne peuvent être reconstruites. De plus, dans l'ensemble, le territoire est très urbanisé : il accueille 40 % de la population, soit 140 000 habitants répartis sur les huit communes d'Anglet, Biarritz, Bidart, Guéthary, Saint-Jean-de-Luz, Ciboure, Urrugne et Hendaye. C'est bien pour cette raison qu'elles se sont empressées - entre le 10 janvier 2022, pour Bidart, et le 3 mars, pour Ciboure - de voter leur inscription sur la liste des 126 communes particulièrement sensible à l'érosion littorale établie par l'Etat.

Toutes les communes littorales basques y figurent... sauf deux : Urrugne et Hendaye. "Nous avons, comme d'autres, demandé préalablement à l'Etat des détails sur le volet essentiel du financement, mais nous n'avons pas de retour [depuis le 26 janvier 2022, NDLR]", explique Kotte Ecenarro, le maire de Hendaye, à La Tribune. "Pour le moment, nous ne voyons que les contraintes de cette liste", ajoute l'édile, davantage préoccupé par les montées subites de la Bidassoa, frontière naturelle avec l'Espagne. L'Association des Maires de France a également saisi le Conseil d'État "pour l'interroger sur le bien-fondé de ce texte afin de garantir la sécurité juridique de l'ensemble de ce dispositif et d'accompagner l'action des maires".

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Adopter une stratégie à cent ans

Il faut dire que les coûts, même s'ils varient en fonction de la stratégie adoptée et la physionomie du littoral, sont élevés et seront potentiellement colossaux en cas de réaménagement. C'est pourquoi les communes basques ont décidé de joindre les forces : après avoir établi une projection à 30 ans, les élus de la Communauté Pays Basque (CAPB) planchent actuellement sur une vision à 100 ans, qui sera finalisée en 2023.

"Comme pour la mobilité, par exemple, le plus dur est le changement des mentalités : nous avons collectivement du mal à nous rendre compte des dangers, même si les tempêtes hors norme et les pluies diluviennes deviennent plus fréquentes, exactement comme les scientifiques ont prévu", pointe Marc Campandegui.

Côte basque

La baie de Saint-Jean-de-Luz et la côte basque (crédits : Paramoteur 64).

L'élu se rendra prochainement à Grenade pour partager les enseignements de l'exercice simulant un fort mouvement de falaise qui s'est déroulé fin mai 2022 à Bidart dans le cadre du projet de recherche européen RiskCoast. "Nous devons essayer de concilier pression naturelle et humaine. Le littoral est un espace naturel, classé Natura 2000 dans notre commune, à l'instar de la montagne ou la forêt que nous devons respecter", ajoute l'élu basque, appelant à considérer la mer non pas comme une "piscine municipale, mais comme un patrimoine à transmettre".

Une remarque qui prend tout son sens dans ce territoire dont l'attractivité dépend beaucoup de la mer. L'éventualité de l'expropriation des propriétaires de villas en bord de mer voire la prévision du coût de la déconstruction des nouveaux bâtiments sur la cote basque, où tant de logements manquent, devra nécessairement s'imposer dans toutes les communes, qu'elles reposent sur des sols rocheux ou sablonneux.

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Cet article est le premier volet d'une série de trois épisodes sur la prise en compte du risque d'érosion littorale en Nouvelle-Aquitaine publiés du 30 août au 1er septembre dans La Tribune :

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Commentaires 4
à écrit le 03/09/2022 à 8:56
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"Toutefois, depuis un an, les travaux de renforcement et de végétalisation de la falaise de la Côte des Basques sont à l'arrêt... faute de financements." Et pourtant c'est pas le plus couteux de végétaliser les bords océaniques, mais on se doute que ...

le 09/09/2022 à 9:57
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encore et toujours la deconstruction ecolos

le 09/09/2022 à 10:00
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encore et toujours la deconstruction ecolos il y a une guerre a mener contre ces gens la nature oui mais pas cette vision gauchiste s'accaparer de la nature pour en faire un partie politique est une escroquerie

à écrit le 01/09/2022 à 17:34
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Bonjour, Je suis des bords de mer en Vendée, comme partout la mer avance, c'est son droit, je suis totalement opposé à toute construction renforcement de la côte, elle doit rester sauvage. Qui des HLM à touristes trop près du bord? Elles ont été ...

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