« Nous voulons permettre aux collectivités d’être opérationnellement vertes » (Natura City)

INTERVIEW. Fabrice Cabrejas est un intrapreneur. Après un appel à idées lancé par son employeur Nexity auprès des collaborateurs, il a créé Natura City en mars 2020. L’entreprise bordelaise, rattachée à Nexity, propose aux collectivités des outils de diagnostic et d'action pour remettre de la nature en ville en ciblant en priorité les terrains fortement imperméabilisés que sont les îlots de chaleur urbains. Il explique sa démarche et les obstacles rencontrés à La Tribune

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Directeur régional Sud Ouest chez le promoteur immobilier Nexity, Fabrice Cabrejas a fondé Natura City début 2020.
Directeur régional Sud Ouest chez le promoteur immobilier Nexity, Fabrice Cabrejas a fondé Natura City début 2020. (Crédits : Agence APPA)

LA TRIBUNE - Quels sont les enjeux liés au retour de la nature en ville qui est au cœur de votre activité ?

FABRICE CABREJAS - Il y a un réel besoin de nature en ville où la température monte bien plus qu'en périphérie, c'est pourquoi nous nous intéressons aux centres-villes et, en premier lieu, aux métropoles. Les habitants veulent s'approprier l'espace public qui est relativement minéral et ils se sont rendus compte qu'ils avaient besoin de vert, mais pas simplement pour la couleur. La nature, c'est le vivant, le climat, les saisons, les services écosystémiques. La question est de savoir comment on crée les conditions de ramener cette nature en ville. Il ne s'agit pas d'arrêter de construire puisque le parc résidentiel n'est pas totalement constitué, mais de construire là où c'est le plus pertinent en tenant compte de plusieurs paramètres.

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Des programmes qui vont dans ce sens sont lancés par les collectivités, notamment à Bordeaux avec le Bâtiment frugal bordelais. Qu'est ce que cela vous inspire ?

Nous avons décidé d'investir ce marché qui portera ses fruits dans quelques années, mais il n'est pas encore tout à fait mûr. Les collectivités se lancent en effet dans des projets de micro-forêt, de plantation d'arbres, de réaménagement des cours d'écoles pour en faire des oasis urbaines, de résilience alimentaire, de permis de végétalisme. Mais au-delà de déployer un catalogue d'initiatives, il s'agit de savoir pourquoi on le fait. Où doit-on planter en priorité ? Quelles essences seront plantées et à quel endroit ? Ceci étant dit, il y a une prise de conscience des collectivités de la nécessité d'agir car elles doivent s'adapter au réchauffement climatique. Quelle que soit leur étiquette politique, les élus ont d'ailleurs inséré un volet vert dans leurs programmes. Natura City doit permettre aux collectivités d'être opérationnellement vertes.

Quelles sont les solutions sur lesquelles il faut jouer ?

Il y a trois solutions. Il faut jouer sur le bleu et le vert c'est-à-dire sur la nature et le chemin de l'eau, sur le gris, donc le matériau, et réfléchir à l'usage des différents espaces. Cela va donc au-delà de la nature. Il faut que les quartiers soient multifonctionnels. Il faut être décarboné dans la conception, mais aussi dans l'usage.

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Que proposez-vous concrètement aux collectivités ?

Nous proposons trois outils à commencer par le diagnostic de pertinence à agir, l'idée étant de regarder la ville dans sa globalité et de dire où cela dysfonctionne, c'est-à-dire où sont les îlots de chaleur urbains, et où est-ce problématique pour la santé des personnes fragiles. Nous avons établi trois critères : la vulnérabilité, l'accessibilité et la mutabilité. Cela permet à la collectivité de bâtir une feuille de route. Elle peut ensuite nous demander d'étudier le réaménagement d'un site en particulier. Nous faisons alors des propositions de réaménagement en mettant en avant les gains. Cette étude comparative entre l'avant et l'après est réalisée via un outil de diagnostic que nous avons co-développé avec le bureau d'études E6. Il permet de mesurer les bénéfices d'un réaménagement du point de vue de la lutte contre les îlots de chaleur urbains, la désimperméabilisation des sols et l'intégration de la nature en ville.

Fabrice Cabrejas

Fabrice Cabrejas (crédits : Agence APPA).

Notre troisième outil est une maquette numérique bioclimatique à destination des élus mais aussi des citoyens afin qu'ils s'approprient le réaménagement. Arrêtons de leur déplier les plans, permettons leur de visualiser le réaménagement depuis chez eux. C'est ce que l'on appelle le CIM (city information modeling). Enfin, en ayant les moyens demain, nous serons capable de déployer un PLU (plan local d'urbanisme) bioclimatique.

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Alors que vous commencez à travailler avec des collectivités en Ile-de-France et dans les Landes, quels sont les freins que vous rencontrez ?

Cette question de la naturalité s'inscrit pour commencer dans un temps long. Les terrains ne sont pas tous mutables au même moment donc la question est de savoir comment les élus s'inscrivent dans ce temps long. Parmi les freins, je citerais aussi la différence entre ce que souhaitent les élus et le temps nécessaire aux services pour le concrétiser. Enfin, c'est bien sûr coûteux mais des solutions existent. S'il y a des équipements publics à intégrer, la taxe d'aménagement peut, par exemple, être majorée de 5 % à 10 % voire 15 %. Il y aussi la possibilité de passer par un projet urbain partenarial (PUP) ou une zone d'aménagement concerté (ZAC).

Qu'est ce qu'il manque aux collectivités ?

Il est important d'intégrer, dès le démarrage d'un projet, des écologues ou des bureaux d'études environnementales qui pensent nature, c'est-à-dire qu'il faut changer de logiciel. C'est une autre approche de la nature en ville, qui n'est pas la compétence première de l'architecte. Natura City se positionne en tant que maître d'ouvrage, donc quand une municipalité nous donne son feu vert, nous constituons la bonne équipe avec un ergonome spécialiste de l'espace public, ou encore des psychologues sociaux qui vont penser les lieux et la gestion des flux.

S'il y avait une dernière chose à retenir, quelle serait-elle ?

Il faut être économe du sol, c'est-à-dire avoir moins d'emprise sur le sol et plus d'espace de pleine terre. Cela signifie qu'il va falloir accepter de monter en hauteur à certains endroits où ce sera nécessaire et rendre cette hauteur désirable.

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