[SÉRIE D'ÉTÉ] Dialogue d'entrepreneurs chevronnés avec Michel de Guilhermier

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Dans La Tribune, l'entrepreneur bordelais Guillaume-Olivier Doré donne la parole aux gorilles à dos argenté, ces chefs d'entreprises aux tempes grisonnantes
Dans La Tribune, l'entrepreneur bordelais Guillaume-Olivier Doré donne la parole aux "gorilles à dos argenté", ces chefs d'entreprises aux tempes grisonnantes (Crédits : CC Pixabay by Diego_Torres)
OPINIONS. Chaque jeudi de l'été, l’entrepreneur bordelais Guillaume-Olivier Doré (@go_dore) dialogue dans La Tribune avec un ou une entrepreneure chevronnée, qu'il appelle affectueusement "gorille à dos argenté". L'occasion de prendre du recul pour déguster quelques conseils de vénérables anciens sur le monde de l'entreprise. Deuxième épisode avec Michel de Guilhermier.

Pour cette dernière chronique avant la pause estivale (rassurez-vous, je reviens fin août), j'ai pu échanger avec un "gorille à dos argenté" que j'apprécie tout particulièrement. Michel de Guilhermier est parmi les premiers entrepreneurs à avoir milité pour ce que j'ai surnommé le "slow capital". En deux mots, la prise en compte du temps long dans la création et la réussite d'une entreprise.

Avec Michel, nous nous sommes connus en 2005 dans mon premier réseau d'entrepreneur en France, Agregator, et d'ailleurs on ne s'est pas toujours bien entendu. Normal, je suis aussi (un peu) VC (venture capital / capital risque) à mes heures perdues et nous n'avions pas toujours partagé la même vision de ce métier. Du coup, il décide de faire ce métier lui aussi, mais en intégrant ses propres valeurs. Au-delà du respect que j'ai pour lui, il dispose d'une qualité assez exceptionnelle : celle de l'art du "pivot", comme on appelle maintenant ce changement de direction stratégique.

Le plus bel exemple ? L'incroyable histoire d'Inspirational Stores, qui après une levée de dix millions d'euros en 2008 est immédiatement passé de la délégation d'e-commerce de luxe (Ladurée, Caviar Kaspia, etc) au rachat d'une entreprise d'équipement moto sur Internet. Motoblouz est devenu depuis un leader dans son secteur. Et il avait raison : il faut du temps et de la patience pour entreprendre et réussir. Attention, Michel tient un "blog" (si si ça existe) depuis 2004   : une lecture que je recommande vivement sur des sujets éclectiques.

Alors tout naturellement lorsque je lui ai demandé ce qui l'exaspère le plus dans la crise actuelle, il est revenu sur sa marotte (et la mienne aussi) : le côté "trendy" de l'entrepreneuriat.

"Ce qui m'énerve toujours, et pas plus aujourd'hui qu'hier, c'est le pipeau et les discours généralistes, les grands conseils creux prodigués par des gens qui ne sont pas du terrain. Et avec le marasme économique amené par le Covid, j'observe une inflation de donneurs de leçons..." Langue de bois vous avez dit ? "J'en vois trop peu qui savent simplement mettre en exergue les basiques immuables : créer un produit ou un service que les clients veulent vraiment, et le faire mieux que les concurrents, en veillant à avoir un modèle économique sain, à savoir que quand vous vendez à 100, que ça ne vous coûte pas 200, le tout en prenant soin de recruter des collaborateurs top et motivés !"

Quant aux entrepreneurs de cette génération, c'est sans appel : "On se focalise sur la crise du Covid-19 et bien moins sur la crise des valeurs où beaucoup d'entrepreneurs sont fréquemment plus des joueurs de Monopoly qu'autre chose, avec une conscience et un sens des responsabilités insuffisant vis-à-vis de l'argent investi."

Dans ces conditions, transmettre devient essentiel :

"Le meilleur conseil à un entrepreneur, c'est de se trouver un mentor qui soit un vrai entrepreneur successful chevronné, à savoir qu'il a prouvé savoir surfer à travers les temps et les secteurs en créant à chaque fois de la valeur économique à long terme, sans opportunisme mal placé. Ce n'est pas parce qu'un entrepreneur a réussi une fois que c'est un bon. Il a pu juste se trouver au bon endroit et au bon moment. Mais celui qui au cours de 20 ans de carrière entrepreneuriale a su créer de la valeur plusieurs fois, en endurant des périodes difficiles et des crises, celui-là a nécessairement prouvé qu'il avait la bonne attitude et les bons réflexes entrepreneuriaux, quelle que soit les périodes et les conditions."

Pas de religion sectorielle pour Michel de Guilhermier, surtout depuis qu'il exerce comme VC. "Je ne vois pas forcément les choses sous l'angle du secteur hot du moment. Le bon secteur est celui dans lequel on se sent de faire une vraie différence parce qu'on un avantage concurrentiel personnel. On maîtrise un ou plusieurs facteurs clé du secteur en question, et ce mieux que les autres. Le succès long terme est essentiellement lié aux avantages concurrentiels et non pas à la dynamique d'un secteur. Et il y a plein de secteurs à réinventer, grâce parfois à la technologie, mais parfois simplement aussi grâce à une simple approche vraiment centrée client qui fait toute la différence, y compris et surtout dans des secteurs bien traditionnels ! Quand on sait comprendre intimement les besoins des clients, et qu'on sait ensuite construire l'offre qui fait la différence, on peut attaquer avec succès une infinité de secteurs..."

Et Michel de Guilhermier de poursuivre : "Je vois des entreprises qui cartonnent dans des secteurs très différents, l'alimentaire, la legaltech, le nettoyage industriel, l'e-commerce de champagne, des services B2B pour infirmières, etc. A chaque fois, c'est pareil : une excellente équipe, qui a la bonne approche, qui se dote d'avantages concurrentiels et innove régulièrement. Quand un secteur est "hot", vous aurez 50 concurrents sur la ligne de départ (il a connu ça avec Photoways/Photobox en 2000). Dix ans après, il n'en reste plus qu'une poignée. Ce n'est pas le secteur qui fait la réussite, mais comment les entrepreneurs s'y prennent."

Et la relance des équipes dans tout ce bazar ? "Les collaborateurs ont toujours besoin de savoir où va l'entreprise, d'être rassurés ou au moins de savoir à quoi s'en tenir. Le capitaine du navire doit donc avoir un langage clair, transparent, et positif. Si l'entreprise a le bon ADN, la crise peut juste être un moment dur à passer."

Et quoi de mieux qu'un serial entrepreneur, successfull, adepte du "slow capital" ? Vous en rêviez ? Michel est là et il fait partie des rares VCs qui ont aussi été serial entrepreneurs, avec des échecs, des pivots, des succès. C'est bien là qu'est la valeur ! Et ne le lancez pas sur ce qu'il pense de certains VCs (pas tous, il est souscripteurs de plusieurs fonds, ie ISAI, un vrai fonds d'entrepreneurs) : ça pourrait vous valoir quelques piques politiquement incorrectes...

Bel été à toutes et tous, rendez-vous le jeudi 27 août prochain pour un échange avec un dernier entrepreneur (et pas des moindres : Patrick Amiel, the Famous @Patamiel) avant de poursuivre la série avec "six entrepreneures pour la relance" au mois de septembre.

Prenez soin de vous et mettez des masques d'ici là

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