[SÉRIE D'ÉTÉ] Dialogue d'entrepreneurs chevronnés avec Frédéric Giraud

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Dans La Tribune, l'entrepreneur bordelais Guillaume-Olivier Doré donne la parole aux gorilles à dos argenté, ces chefs d'entreprises aux tempes grisonnantes.
Dans La Tribune, l'entrepreneur bordelais Guillaume-Olivier Doré donne la parole aux "gorilles à dos argenté", ces chefs d'entreprises aux tempes grisonnantes. (Crédits : CC Pixabay by Diego_Torres)
OPINIONS. Chaque jeudi de l'été, l’entrepreneur bordelais Guillaume-Olivier Doré dialogue dans La Tribune avec un ou une entrepreneure chevronnée, qu'il appelle affectueusement "gorille à dos argenté". L'occasion de prendre du recul pour déguster quelques conseils de vénérables anciens sur le monde de l'entreprise. Troisième épisode avec Frédéric Giraud

Aujourd'hui, j'ai le plaisir d'échanger avec Frédéric Giraud. "Fred" comme il se fait appeler, entreprend depuis maintenant 20 ans, dans un secteur réputé difficile : les services aux marques et à la grande distribution. Ce discret adepte du "hard work" a pourtant passé (tant bien que mal) les deux premières crises du 21e siècle et a mis en œuvre quelques préceptes utiles. Surtout que ses activités actuelles sont directement au contact des consommateurs, sur plusieurs sites géographiques. Bref, un entrepreneur de terrain tourné vers ses équipes. Un philosophe qui a raté son bac à 17 ans, raté Médecine puis réussi Sciences po, subi un dépôt de bilan puis créé sa première agence dans le salon de ses parents à 33 ans, évité le dépôt de bilan en 2013 pour créer L'Uzyne avec son associé en 2015...

Comme il avait besoin d'air après cette période compliquée et qu'il est fan de pinasse (pour ceux qui ne savent pas, c'est un bateau !), il est venu tremper ses pieds dans l'océan. On s'est donc parlé sur les bords du bassin d'Arcachon. Normal.

A ma traditionnelle question "qu'est ce qui t'énerve le plus dans la crise actuelle", c'est la notion d'exemplarité qui lui a sauté au visage. Le dirigeant se doit de l'être pour donner le ton :

"Les collaborateurs ont été inquiets, surpris, désemparés parfois" et c'est aux dirigeants de tenir leur rôle de leader. "J'étais le 11 mai au bureau pour envoyer un signal fort de reprise : il fallait remotiver tout le monde !" Point de vue largement partagé : quelque soit l'entreprise et sa taille, les collaborateurs se sont plaints du désengagement physique et moral de leur boss ou de leur manager. "Il faut que tout le monde retourne physiquement au boulot". Message reçu fort et clair.

Sur l'état à venir de la fameuse "Startup nation" dont on imagine qu'elle n'est, et c'est compréhensible, plus prioritaire dans la crise économique qui nous attend, Fred a une vision finalement positivement opportuniste : "De cette crise va naître une fourmilière d'idées de startups. Comme d'habitude, il va falloir faire le tri. Certains investisseurs saisiront des opportunités. C'est l'heure de faire son marché si on a du cash..."

Lire aussi : Covid-19 : quelle sera l'ampleur de la crise pour les startups bordelaises ?

Mais pas d'illusions :  "les entreprises fragiles vont aller massivement au tapis. Que ce soit dans la startup nation ou dans la vieille économie, les dépôts de bilan vont être massifs à partir de fin août"... Et de rappeler que les tribunaux de commerce ne peuvent prononcer aucune liquidation jusqu'à début août et que les 45 jours fatidiques post fin d'état d'urgence sanitaire s'achèvent le 24 août prochain. Une bonne "gueule de bois" à venir donc....

Que faut-il pour entreprendre maintenant ? "Trois règles d'or : faire du chiffre d'affaires tout de suite ; avoir un client qui paye sous 30 jours ; avoir au moins six mois de trésorerie permettant de se payer. Bref, qu'il y ait un capital de 50.000 euros minimum". Le retour aux fondamentaux et un point commun exprimé par tous les entrepreneurs expérimentés : "C'est une véritable ânerie de dire que l'on peut créer une entreprise avec un euro", assène-t-il ! L'entrepreneur prend suffisament de risque pour ne plus subir la double peine de ne pas se rémunérer, et une entreprise doit payer ses salariés, c'est sain. Dont acte.

Et ton nouveau terrain de jeu business alors ? "Il n'est pas nouveau mais j'y travaille d'arrache-pied actuellement : le marketing sportif. Nous sommes sur deux gros deals dans le foot et le cyclisme. Si on les signe en plein Covid, ça voudra bien dire qu'une crise c'est aussi des opportunités !"

Une méthode miracle pour remotiver tes équipes et les relancer ? Être exemplaire. Travailler beaucoup. Être physiquement présent. Communiquer avec le plus de transparence possible. Et surtout faire preuve d'empathie à l'égard des équipes. "Dans notre secteur, nous sommes les premiers sacrifiés sur l'autel des choix marketing de nos clients. C'est une réalité à anticiper en gardant le collectif serré".

Tout cela tient essentiellement en un mot : "leadership". Et Fred s'inspire des meilleurs : "Eleven rings: the soul of success", le bouquin de Phil Jackson, le coach aux onze bagues de la NBA, est un de ses livres de chevet.

Donc pas étonnant que Fred n'ait pas le temps de jouer les cabotins en parlant de lui, tout entier qu'il est à se consacrer à ses équipes, ses clients, et sa boîte. Je vous le dis entre nous : c'est des gars comme ça qu'il faut écouter. Comme le dit son maître à penser, Winston Churchill, "le succès n'est pas final, l'échec n'est pas fatal : c'est le courage de continuer qui compte."

A la semaine prochaine pour nouvel entretien plus "capillaire" en provenance de Clermont-Ferrand (et dédicace à Carlos Diaz pour l'utilisation de son expression "Gorilles argentés")

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