Hotravail, employeur girondin de salariés handicapés, se prépare encore à grossir

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Serge Dessay, PDG de Hotravail, est aussi vice-président du Club des ETI (entreprises de taille intermédiaire) de la Région Nouvelle-Aquitaine.
Serge Dessay, PDG de Hotravail, est aussi vice-président du Club des ETI (entreprises de taille intermédiaire) de la Région Nouvelle-Aquitaine. (Crédits : Agence Appa)
Offrir de vrais emplois à durée indéterminée aux travailleurs handicapés, c’est la mission de Serge Dessay, PDG et fondateur du groupe girondin Hotravail. Désormais à la tête de l’une des plus importantes entreprises de ce secteur en France, Serge Dessay, qui a déjà eu beaucoup recours à la croissance externe ne compte pas s’arrêter : c’est ainsi qu’il s’intéresse de très près à un nouveau dossier en Bretagne.

Invité du petit déjeuner de ce mardi 16 avril à l'Intercontinental Bordeaux Le Grand Hôtel, organisé par La Tribune en partenariat avec le Crédit agricole d'Aquitaine, animé par Pierre Cheminade, journaliste à La Tribune, Serge Dessay à ouvert aux plus de 120 personnes présentes les portes d'un mode d'activité trop peu connu : celui des entreprises adaptées.

Car avec Hotravail, Serge Dessay a créé une entreprise aidée qui emploie 520 salariés, dont 97 % de handicapés, pour un chiffre d'affaires de 27 M€ en 2017. Cette entreprise, qui regroupe désormais 19 sociétés, s'est hissée dans le top 5 national des entreprises aidées. Installée à Cestas (Gironde), aux portes de Bordeaux Métropole, Hotravail a vu le jour à l'initiative de l'épouse de Serge Dessay, Nadine Mathieu Dessay, alors que le futur PDG, grièvement blessé lors de son service militaire, dans les années 1980, a passé cinq ans dans un fauteuil roulant. La France est à bien des égards un pays très conservateur et le futur patron de Hotravail a eu tout le temps de s'en apercevoir.

Des entreprises rentables avec des salariés fragiles

"Nous avons créé cette entreprise il y a 26 ans avec mon épouse. Hotravail change la façon de voir le handicap dans notre pays. Nous avons créé cette entreprise contre vents et marées. Nous avons dû surmonter d'énormes obstacles pour y arriver. Lorsque vous êtes handicapé, cette situation devient votre nouveau métier, parce que c'est comme cela que l'on vous catalogue. Mais pour moi un travailleur handicapé c'est d'abord un travailleur : c'est à l'entreprise à s'adapter" déroule ainsi le PDG qui préfère au concept de handicap, qui renvoie à une limitation, celui de fragilité.

Lui qui a recouvré la marche après l'avoir perdue. "Les entreprises que je dirige sont rentables et elles emploient des personnes fragilisées, c'est ainsi que je les considère. Car nous sommes tous fragiles. D'un point de vue officiel on considère que quand vous êtes handicapé vous n'avez plus d'autonomie, que vous n'êtes plus capables de vous prendre en charge ... Mais moi je suis handicapé et je dirige une entreprise. Et mes salariés, dont 97 % sont handicapés, arrivent à s'encadrer", martèle Serge Dessay, pour bien planter les décors.

Serge Dessay Hotravail

(crédits : Agence APPA)

Des salariés aux parcours exemplaires

Le PDG, qui entend proposer un vrai travail à ses salariés, a ainsi des dizaines d'histoires dans sa besace, plus surprenante l'une que l'autre pour qui ne connait pas l'univers du handicap, et toutes dépeignent des parcours exemplaires même quand elles sont déconcertantes.

"Nous avons embauché un salarié myopathe qui a travaillé 20 ans chez nous. Il a démarré comme jardinier. Puis il est passé chef d'équipe, puis chef de chantier et enfin responsable. Il a continué à professionnellement progresser alors que sa santé se dégradait. Jusqu'au jour où il est devenu incapable d'écrire. Nous avons alors équipé sa voiture d'un téléphone commandé par un gros bouton, qui permettait à ses messages dictés d'être automatiquement écrits. Grâce à cette innovation nos devis, au lieu de partir trois ou quatre jours après, pouvaient être envoyés dès le lendemain", éclaire Serge Dessay.

Très implanté dans le Grand Sud-Ouest et le Grand Sud-Est, de la Nouvelle-Aquitaine aux portes de la Provence, le groupe Hotravail dispose depuis huit ans d'un centre de formation à Montpellier.

Apprendre la langue des signes à l'école primaire

Si Hotravail étend principalement son activité aux espaces verts, aux activités de nettoyage et au second œuvre du bâtiment, le groupe touche aussi à la viticulture, au recyclage, à la maintenance et aux hautes technologies.

"Un jour j'ai été contacté par Jérôme Verschave, le directeur général d'Aérocampus, à Latresne, qui m'a mis au contact du général commandant la cellule de reclassement des militaires victimes d'accidents. C'est ainsi que nous avons reçu un ancien pilote d'hélicoptère, ce qui nous a conduit à créer une nouvelle filiale spécialisée dans la formation de télépilotes de drones, utilisés notamment en agriculture, et baptisée Hinov" détaille Serge Dessay.

Depuis plusieurs années Hotravail est labélisé Ecocert, autrement-dit ses équipes n'utilisent plus de préparations chimiques pour les travaux de jardinage, mais uniquement des dispositifs mécaniques ou des produits Bio. Hotravail accueille des tas de profils différents en matière de handicap, mais Serge Dessay ne supporte pas la catégorisation faite par les autorités.

"Séparer les sourds-muets des aveugles ou des psychologiquement fragiles ça ne marchera jamais, il faut faire l'intégration de toutes ces personnes. Nous avons des personnes qui sont arrivées chez nous avec de très gros problèmes et qui vivent désormais normalement, dans leurs appartements. Dans les pays nordiques les enfants apprennent la langue de signes : il serait temps que l'on s'y mette en France...", insiste le PDG.

La Bretagne mais aussi Saint-Sébastien au Pays basque

Hotravail envisage de poursuivre son développement de plusieurs manières. A commencer par des extensions territoriales. Le PDG ne cache pas qu'il a un dossier d'ampleur sous le coude en Bretagne. Une nouvelle opération de croissance externe qui pourrait se déboucler dans les prochaines semaines. Il jette également un œil intéressé de l'autre côté des Pyrénées, en particulier vers la Communauté autonome basque (Euskadi) et Saint-Sébastien, où se trouvent d'importantes entreprises adaptées pouvant compter 5.000 salariés avec 100 % de handicapés.

Plus près de Cestas (à l'ouest de Bordeaux), le PDG de Hotravail annonce qu'il a rencontré le maire de Libourne, Philippe Buisson, pour implanter une antenne de son groupe dans cette ville (à l'est du port de la Lune) d'où viennent nombre de ses salariés. Enfin, Serge Dessay prépare sa succession. D'ici trois à cinq ans, il devrait ainsi céder les rênes de Hotravail à son fils aîné, riche d'une solide expérience dans l'industrie. Dans l'immédiat, il prévoit une grosse vingtaine de recrutements sur différents métiers en France, dont une quinzaine en Aquitaine.

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Commentaires
a écrit le 18/04/2019 à 16:35 :
Je me réjouis de rencontrer de telle personne. J'ai un fils qui vit un handicap et qui éprouve de grandes difficultés à trouver un emploi qui lui permettrait un épanouissement et donc une plus grande confiance en lui. Je serais ravi,par votre intermédiaire, de pouvoir me mettre en relation avec Hotravail et un de ses responsable. Je vous remercie.
Très cordialement.
JC Delineau.
Réponse de le 30/04/2019 à 18:39 :
Bonjour, il y a un site internet si vous voulez. http://www.hotravail.com/
Cordialement.
Mickaël.
a écrit le 16/04/2019 à 17:21 :
Un beau discours extérieur, mais ça c est la théorie du PDG. Il faudrait également qu il inculque cette culture à ses salariés non handicapés.

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