Nouvelle usine en Serbie et croissance externe au programme du groupe Le Bélier

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Philippe Dizier est le directeur général du groupe Le Bélier depuis 2005.
Philippe Dizier est le directeur général du groupe Le Bélier depuis 2005. (Crédits : Agence APPA)
Restructuration réussie, déploiement à l'international, croissance externe, évolution du marché automobile et virage vers l'aéronautique. Invité du Petit déjeuner de La Tribune organisé en partenariat avec le Crédit agricole d'Aquitaine le 24 octobre, Philippe Dizier, directeur général du groupe girondin Le Bélier, est revenu en détail sur l'activité de l'entreprise qui emploie 4.000 salariés dans le monde pour 350 M€ de chiffres d'affaires. 50 ingénieurs doivent être recrutés par ce fabricant de pièces d'aluminium qui équipe aussi bien les berlines allemandes que la Tesla 3 d'Elon Musk.

Arrivée au manettes du groupe Le Bélier en 2005, au cœur d'une année catastrophique, Philippe Dizier a mis en place un vaste plan de restructuration et se trouve désormais à la tête d'une entreprise internationale solide et capable d'envisager des opérations de croissance externe. Le directeur général est revenu sur ce parcours et sur les perspectives d'avenir lors du Petit déjeuner de La Tribune, animé par Jean-Philippe Déjean et organisé en partenariat avec le Crédit agricole d'Aquitaine, à l'Intercontinental Bordeaux - Le Grand Hôtel, ce mercredi 24 octobre 2018.

Philippe Dizier

Jean-Philippe Déjean et Philippe Dizier (crédits : Agence APPA)

Le groupe Le Bélier aujourd'hui

Installée à Vérac, en Gironde, où elle emploie 250 salariés, la fonderie d'aluminium Le Bélier est un groupe international coté en Bourse disposant de dix usines en France, Hongrie (1.900 salariés), Serbie (650), Chine (680) et au Mexique (450). 65 % de son chiffre d'affaires est réalisé en Europe tandis que le reste se partage entre ses filiales chinoise et mexicaine. Avec près de 4.000 salariés dans le monde, Le Bélier a réalisé un chiffre d'affaires de 348 M€ en 2017 et prévoit d'atteindre 400 M€ en 2019.

Depuis sa création en 1961, la fonderie s'est spécialisée dans les pièces automobiles en aluminium dont elle consomme 75.000 tonnes par an apportées par 20 fournisseurs. Ses principaux clients sont les équipementiers automobiles de premiers rang (85 %) tels que ZF, Continental et Bosch ainsi que les constructeurs automobiles et, depuis peu, le secteur aéronautique. Le Bélier est le leader mondial des pièces de freinage en aluminium avec 40 % des parts de marché et fabrique également des pièces de turbo et de châssis.

L'arrivée de Philippe Dizier à la direction générale

Ingénieur des Mines, Philippe Dizier est un passionné d'automobile : "C'est un secteur qui tient une place à part pour moi, c'est un monde passionnant, très vivant, qui évolue en permanence et qui est très motivant pour les gens qui y travaillent." Pour autant, lorsqu'il arrive en 2005, le nouveau directeur général doit faire face à un contexte très compliqué pour Le Bélier. "L'exercice 2005 a été peut-être le pire de l'histoire de l'entreprise et s'est soldé par une perte de 10 M€ alors que le résultat était encore positif en 2004. Il y avait un problème de management, notamment à l'international, une gamme de produits trop large et une mauvaise allocation des ressources", résume Philippe Dizier.

Il est alors urgent de redresser la barre et le nouveau dirigeant lance donc une restructuration industrielle et des plans sociaux avec en particulier 200 suppressions d'emplois au siège social de Vérac qui en comptait alors 500.

"J'ai fait le constat que l'entreprise avait un énorme potentiel grâce à ses produits et ses savoir-faire porteurs sur les marchés internationaux. Mais nous avions trop de monde là où on n'en avait pas besoin et pas assez là où c'était indispensable ! Il a donc fallu se réorganiser et se recentrer sur trois produits : le freinage, le turbo et le châssis", explique le dirigeant.

Le groupe, qui comptait 3.000 salariés en 2005, est tombé à 2.000 en 2009/2010 avant de rebondir à 4.000 collaborateurs aujourd'hui.

Philippe Dizier

Philippe Dizier (crédits : Agence APPA).

La culture du secret

La fonderie girondine fabrique désormais 90 % de ses outils, un atout primordial pour préserver sa compétitivité sur un marché mondial de plus en plus concurrentiel :

"Nous faisons beaucoup de co-design avec nos clients, notamment les équipementiers, et nous innovons en permanence dans les possibilités d'allègement des pièces et dans les process de fabrication pour gagner sur la consommation de matière première, d'énergie et de consommables et pour améliorer le rendement et le temps de production", détaille Philippe Dizier. "Toutes nos recettes sont stratégiques mais nous ne déposons pas de brevets pour ne pas nous exposer ! Certains ateliers de production ne sont visités par personne, pas même par nos clients. La culture du secret est dans l'ADN de l'entreprise et elle est probablement exacerbée par la concurrence internationale croissante, notamment asiatique."

L'exigence de R&D est donc permanente et environ 5% des effectifs - 200 ingénieurs et ouvriers qualifiés - s'y consacrent au sein du groupe dont une cinquantaine en Gironde.  La transformation numérique est aussi à l'œuvre via la robotisation des usines de production et le suivi de la production (marquage de chaque pièce, enregistrement, traçage et mise en place.).

L'aluminium, un marché porteur

Malgré la concurrence, le marché des pièces en aluminium se porte bien, tiré par la demande croissante des constructeurs automobiles, notamment allemands, qui doivent impérativement alléger leurs modèles pour passer les nouveaux tests d'émission de CO2. "Depuis le mois de septembre, les certifications européennes ont changé et un véhicule qui était mesuré hier à 100 grammes de CO2/km est mesuré aujourd'hui en moyenne à 108 grammes. Les constructeurs cherchent donc à alléger leurs véhicules autant que possible. L'aluminium étant très léger, ce contexte est très favorable à notre activité", sourit le directeur général.

Pour autant, Le Bélier n'en reste pas là et développe progressivement un nouveau marché auprès des équipementiers de l'aéronautique. "On a réussi à démontrer notre sérieux sur ce segment en matière de supply chain et de traitement thermique. On a investi dans un atelier de fonderie dédié, peint en blanc. C'est un vrai défi car on est sur des lignes de production beaucoup plus petites que dans l'automobile mais on a une vraie motivation pour développer cette activité à forte valeur ajoutée", témoigne le DG. L'aéronautique pèse seulement 6 M€ de chiffre d'affaires aujourd'hui mais pourrait atteindre 10 M€ en 2021.

Investissements et croissance externe

Loin de la fragilité des années 2005/2006 puis de l'année 2010 et de l'intervention du fonds de consolidation et de développement des entreprises (FCDE) à hauteur de 15 M€, la fonderie girondine peut désormais envisager l'avenir avec sérénité voire même avec gourmandise. Le groupe projette ainsi d'investir entre 6 et 8 M€ dans la construction d'une nouvelle usine en Serbie aux portes de l'Europe centrale, une zone jugée stratégique :

"Aujourd'hui, le principal facteur qui ralentit notre croissance, c'est le manque de savoir-faire partout dans le monde. Et plus particulièrement en Europe centrale qui attire beaucoup d'industriels du monde entier. Résultat, il y a peu de chômage, parfois inférieur à 1% localement, et il est donc difficile de recruter et de retenir nos salariés. Au regard de ces difficultés pour avoir les bons profils en Hongrie, on préfère miser sur la Serbie", contextualise Philippe Dizier, qui prévoit l'embauche de 50 ingénieurs dans ses différentes implantations dans les prochains mois.

Enfin, Le Bélier prévoit également de procéder à des opérations de croissance externe d'ici la fin de l'année 2019. "Nous souhaitons nous renforcer en matière d'usinage et nous pourrions procéder à une ou deux opérations pour des montants allant de 4 à 30 M€ en fonction des opportunités", précise Philippe Dizier dont l'entreprise a déjà absorbé avec succès en 2014 le groupe HDPCI avec de nombreuses synergies à la clef.

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