CCI Bordeaux Gironde : la feuille de route offensive du futur président Patrick Seguin

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Patrick Seguin, seul candidat en lice pour la présidente de la Chambre de commerce et d'industrie Bordeaux Gironde
Patrick Seguin, seul candidat en lice pour la présidente de la Chambre de commerce et d'industrie Bordeaux Gironde (Crédits : Agence Appa)
Il n’est pas encore président de la CCI de Bordeaux Gironde. Mais, seul candidat en lice, Patrick Seguin devrait être élu le 6 mars. En exclusivité pour La Tribune, il présente les grandes orientations de sa feuille de route, tient un discours résolument offensif et annonce notamment une participation plus active dans le devenir des structures dont la CCI est actionnaire : Vinexpo, Kedge Business School, l’aéroport de Bordeaux-Mérignac.

Pierre Goguet fraîchement élu président de CCI France, la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Bordeaux Gironde s'est retrouvée au début du mois de février sans président, elle qui n'a déjà plus de directeur général depuis plus d'un an et qui vient de prendre une stature départementale après la fusion des CCI de Bordeaux et de Libourne. Sauf tremblement de terre, Patrick Seguin, candidat d'union du Medef et de la CGPME, seul en lice, sera celui qui succèdera à Pierre Goguet. Son élection aura lieu le 6 mars, après deux mandats passés à la CCI bordelaise en tant que membre associé puis membre titulaire. S'il souhaite donner la primeur du contenu précis de sa feuille de route aux élus consulaires, Patrick Seguin, également président de la PME Greease, a toutefois consenti à dévoiler à La Tribune les grandes orientations de son futur mandat.

Patrick Seguin, vous n'étiez initialement pas censé être candidat à la présidence de la CCI de Bordeaux Gironde. Comment la situation s'est-elle présentée ?

"Il y a 4 mois, c'était effectivement inimaginable ! Mais le premier candidat auquel, au Medef girondin que j'ai rejoint en 1997, nous avions pensé, n'était pas éligible. Un autre s'est présenté mais sa candidature a été rejetée par le conseil d'administration. Entre temps Jean-François Clédel (ancien président du Medef Gironde) a été élu à la tête de la CCI Nouvelle-Aquitaine. J'ai pour ma part reçu une quinzaine de coups de fil, notamment de membres nouvellement élus à la CCI Bordeaux Gironde, qui m'ont incité à me présenter. Le président du Medef girondin ne pouvant pas se présenter, c'était effectivement l'occasion de changer de système. Le monde consulaire n'échappe pas au rejet des systèmes établis. En face de moi il y avait un candidat brillant, celui de la CGPME, Jean-Pierre Campech (PDG de Partedis, NDLR). Nous avons discuté et nos présidents respectifs, Franck Allard et Serge Marcillaud, aussi. Nous avons finalement convenu d'opter pour une candidature d'union Medef - CGPME. Et me voici donc candidat à la présidence de la CCI de Bordeaux Gironde."

En quoi consiste votre programme ?

"Mon programme, je le réserve aux élus consulaires qui en auront la primeur. Mais je peux vous en donner les grandes orientations. Il est d'abord important de souligner que la CCI de Bordeaux Gironde est en très bonne santé, même si l'Etat nous a pompé beaucoup d'argent. Pierre Goguet a très bien géré la chambre. Cette dernière est orpheline d'un directeur général depuis bientôt deux ans. Même si je n'ai pas encore été élu, il me fallait déjà commencer ma mission et j'ai constitué un petit groupe d'élus consulaires avec qui nous travaillons sur une nouvelle organisation en adéquation avec nos nouvelles missions. Nos interlocuteurs ont changé : auparavant c'était l'Etat, maintenant ce sont la Région, Bordeaux Métropole, les 2 communautés d'agglomération, les 21 communautés de communes de Gironde. Nous, nous devons vendre nos services d'excellence à ces interlocuteurs, c'est notre nouveau métier. Il nous faut aussi mailler finement le territoire départemental. Notre équipe consulaire doit être organisée en conséquence."

Quid d'un nouveau directeur général ?

"C'est cette nouvelle organisation qui définira son profil. D'abord réorganisons, et ensuite nous le recruterons. Candidature interne ou externe, issue du réseau consulaire ou du secteur privé, je suis ouvert à tout."

"Si nous ne sommes pas capables d'être les meilleurs, nous disparaîtrons"

Vous comptez également changer la manière de travailler des élus consulaires ?

"On a 120 élus qui constituent un potentiel de compétences extraordinaires, des gens qui connaissent l'entreprise car ils sont eux-mêmes entrepreneurs. Je veux les faire travailler en binôme avec les personnels de la chambre. Ces duos doivent rassurer et aiguiller les entreprises qui, on l'a vu avec le taux de participation des dernières élections consulaires, ne savent pas ce qu'on fait. Elles n'ont pas suffisamment conscience qu'elles peuvent se tourner vers nous pour répondre à leurs problématiques. Elles doivent y trouver leur compte.
Je compte également mettre en place des formations pour les élus et établir une charte qui formalise leurs droits et leurs devoirs."

Vous semblez véritablement positionner la CCI comme un prestataire de services ?

"C'est exactement ça. Nous avons des domaines d'excellence, à nous de les valoriser. Le paysage autour des CCI et leurs missions ont changé. Ce n'est plus le triptyque commerce, services, industrie, d'autres acteurs comme les startups, d'autres filières ont émergé. Si nous ne sommes pas capables d'être les meilleurs, nous disparaîtrons."

"Revoir la feuille de route de Vinexpo"

Votre ambition est aussi de changer la façon dont la CCI s'implique dans les structures dont elle est actionnaire.

"La chambre ne doit plus être présente en tant qu'institutionnel et ses élus, chefs d'entreprises, doivent davantage s'impliquer plus dans les process de nos filiales. Prenons le cas de Vinexpo : la CCI de Bordeaux Gironde en est actionnaire à 98 % et pourtant nous nous y comportons comme un simple administrateur parmi d'autres. Pour 2017, le coup est parti mais je souhaite que la feuille de route soit revue pour l'édition 2019, qui devra être extraordinaire. Pour Vinexpo aussi le paysage a changé et la concurrence est apparue."

Quels sont les dossiers à suivre du côté de l'aéroport de Bordeaux Mérignac ?

"Nous en sommes actionnaires à 25 % et il faudra bien sûr suivre la question de sa privatisation potentielle. 2018, 2019 ? Je pense que ça se fera plus tard, si ça se fait. Cela dépendra aussi des décisions du futur président de la République. La croissance du trafic est au rendez-vous mais je considère que la question de l'accès à l'infrastructure n'est pas entièrement réglée, malgré la future desserte par le tramway. L'arrivée de la ligne à grande vitesse qui mettra Paris à deux heures de Bordeaux entraîne aussi des négociations avec Air France. Nous voudrions qu'elle s'implique plus dans le « full service », prendre les clients à leur domicile comme le fait la SNCF."

Stanislas de Bentzmann prendra la présidence de Kedge Business School

Concernant l'école de management Kedge Business School ?

"Sa dynamique est très positive et arrive au bon moment pour nous puisque nous allons en récupérer le pilotage pour 4 ans, après les 4 dernières années passées sous l'impulsion de Marseille. Stanislas de Bentzmann (cofondateur et PDG du groupe Devoteam, NDLR) va en prendre la présidence. Nous avons de nouveaux projets à l'international mais je ne peux en dire plus pour le moment."

La CCI est aussi impliquée dans l'agence de développement économique Bordeaux Gironde Investissement, BGI, dont l'actionnariat évolue. Qu'imaginez-vous pour elle ?

"Il lui faut une nouvelle feuille de route sous l'impulsion de son nouveau président, Lionel Lepouder, un homme brillant. Il est important de définir précisément quelle est la place de BGI, notamment par rapport à ADI, l'agence de développement et d'innovation de Nouvelle-Aquitaine."

Enfin, vous évoquiez la bonne gestion précédente de Pierre Goguet en tant que président de la CCI Bordeaux Gironde, malgré un contexte budgétaire difficile. Qu'envisagez-vous, vous ?

"Grâce à cette bonne gestion, la chambre a des capacités financières d'investissement. Donc nous allons investir au profit des entreprises, des clusters, des startups... parce que si nous ne le faisons pas, l'Etat nous prendra cet argent et surtout, parce que c'est notre ADN. Nous devons renforcer les outils que nous mettons à leur disposition, pourquoi pas dans l'immobilier."

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