Bordeaux Euratlantique : des habitants pourraient saisir la justice face au manque d'espaces verts

Les habitants d'Amédée Saint-Germain, réunis en collectif et soutenus par l'architecte Michel Cantal-Dupart, ont mis leurs revendications sur la table au cours d'une réunion publique. Si une certaine surface d'espaces verts n'est pas implantée dans ce quartier à proximité de la gare Saint-Jean et réaménagé par l"établissement public d'Euratlantique, les riverains porteront l'affaire devant la justice.

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A l'origine, l'aménagement du quartier Amédée Saint-Germain prévoyait des implantions très limitées en espaces verts. Avant d'être revu par Euratlantique.
A l'origine, l'aménagement du quartier Amédée Saint-Germain prévoyait des implantions très limitées en espaces verts. Avant d'être revu par Euratlantique. (Crédits : Bordeaux Euratlantique)

"Personne n'est capable de nous écouter, nous, les citoyens. Alors nous prenons les choses en main." Pour les habitants d'Amédée Saint-Germain, à proximité de la gare de Bordeaux, la période des conciliations est terminée. Leur quartier, totalement métamorphosé par l'Opération d'intérêt national (OIN) Bordeaux Euratlantique, constitue l'un des points de crispation entre les parties prenantes du projet d'aménagement.

En cause, des bâtiments jugés trop hauts, des implantations de bureaux peu adaptées au monde du télétravail et, surtout, des carences en espaces verts. Un manque particulier dont les habitants ont alerté dès 2020. Et qui a poussé la municipalité et son maire Pierre Hurmic à demander l'arrêt des travaux en avril 2021 suite à une concertation publique. C'est à la suite d'une nouvelle phase de consultation, volontairement initiée du 1er au 17 mars dernier par l'Établissement public d'aménagement (EPA) Bordeaux Euratlantique, que le collectif Amédée Sacré-Coeur s'est réuni ce 2 juin. Et pointe toujours "un projet qui correspond au XXe siècle" comme le définit l'un des membres.

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A travers la récente consultation du public conduite par l'EPA, à laquelle 945 personnes ont participé, quatre scénarios différents d'aménagement ont été soumis aux habitants. Ils proposaient des variantes autour de l'implantation d'immeubles de 11 étages et d'un parc d'1,2 hectare sur le secteur Amédée Sud. Une zone où, jusqu'ici, rien n'était prévu en termes d'espaces verts. Pourtant, pour les membres d'Amédée Sacré-Coeur, cette surface est insuffisante. Le collectif réclame un parc de 2 hectares minimum sur le secteur Sud d'Amédée Saint-Germain, l'un des trois secteurs de ce quartier d'une dizaine d'hectares. Sans quoi le tribunal administratif serait saisi pour des motifs urbanistiques, sociaux et environnementaux que les habitants n'ont pas souhaité révéler. Le collectif indique à La Tribune vouloir contester "tout acte administratif qui ne respecte pas le droit de la population à vivre dans un environnement non-dégradé et qui ne mette pas en danger la santé des habitants".

Amédée plus vert que d'autres quartiers

Une revendication sur laquelle le collectif veut se montrer inflexible, notamment après l'expérience des confinements et l'effet des îlots de chaleur : à un kilomètre autour de chez eux, aucun parc. "Le parc de 2 hectares c'est vital, ce n'est pas un caprice" s'élève Cristina Narciso, membre du collectif et habitante du quartier. "Avant le confinement, les habitants faisaient confiance aux promoteurs et investisseurs. Mais en voyant le projet en 2020, on a réalisé d'un style extrêmement brutal et d'une hauteur de bâtiment qui bouche la lumière" appuie sa partenaire Magali Della Sudda.

Depuis, Euratlantique a prouvé sa disposition à revoir le projet. En mars dernier, l'établissement a présenté une nouvelle mouture où la part du bâti a été revue à la baisse pour limiter la hauteur des bâtiments. Ainsi, 44.000m² de constructions sont programmées, dont 26.000 de logements et 16.000 de bureaux, contre 51.000 prévus à l'origine. Les immeubles s'élèveront de 3 à 9 étages. Quant au parc publique d'1,2 hectare, complété par 3.700m² d'espaces verts privés, Euratlantique présente une superficie favorable par rapport à la situation d'autres quartiers bordelais.

"Le futur quartier d'Amédée Saint-Germain accueillera environ 2 000 nouveaux habitants (1 300 sur le centre et 730 sur le sud). 20 950 m² de jardins publics seront créés sur les
espaces publics. Cela représente un ratio de 10,3 m² d'espaces verts par habitant nouveau.
Pour comparer, les Bordelais intra-rocade bénéficient de 8,6 m² d'espaces verts accessibles au public par habitant. Sur la moitié sud de Bordeaux, les habitants actuels n'ont que 4 m² d'espaces verts accessibles au public par
habitant" relate le document issu de la consultation et édité par Euratlantique.

Bureaux contre télétravail

La superficie par habitant prévue à Amédée Saint-Germain demeure néanmoins inférieure aux recommandations de l'Organisation mondiale de la Santé, qui préconise un minimum de 12m². Mais en justifiant un avantage par rapport aux autres quartiers bordelais, l'établissement prouve qu'il s'adapte au contexte. Et se prémunit déjà des futurs mécontentements des habitants. Si Bordeaux Euratlantique n'a pas souhaité répondre à nos sollicitations, invoquant une période de réserve électorale, il est peu envisageable que l'EPA accède à la revendication d'un parc de 2 hectares. D'autant qu'à un kilomètre de là, le jardin de l'Ars, qui fera à terme 7 hectares, sera inauguré le 25 juin.

Implanter deux hectares de parc à Amédée Sud signifierait réduire encore le nombre de logements et de bureaux, manne financière importante pour l'établissement mais aussi pour la SNCF. En effet, l'entreprise ferroviaire est toujours propriétaire des parcelles d'Amédée Nord et Amédée Sud. Seule une parcelle nécessaire à l'aménagement des espaces publics du secteur Sud a pour l'instant été vendue pour un euro symbolique. Du reste, la SNCF pourra déterminer un prix de vente au promoteur Euratlantique en fonction de la quantité de bâti à construire. Autrement dit, plus les superficies de construction sont importantes, plus la SNCF pourrait prétendre à vendre cher.

Mais maintenir un volume important de bureaux neufs est-il cohérent avec l'évolution du travail salarié ? Avec l'irruption du télétravail dans la vie professionnelle, l'occupation des bureaux s'est vue diminuée et correspond moins qu'avant aux priorités des entreprises. C'est ce qu'observe depuis de nombreuses années Michel Cantal-Dupart, architecte et urbansite de renom qui conseille le collectif Amédée Sacré-Coeur. "Le temps de travail n'est plus prépondérant dans la vie des français. Le Covid a vraisemblablement amplifié le phénomène, mais ça n'a fait qu'accélérer la tendance" fait-il remarquer à La Tribune. Avant d'ajouter : "Je ne vois pas comment on peut arriver à une zone opérationnelle de bureaux à Amédée Saint-Germain,quand les voies de circulation qui y mènent sont tous les jours encombrées." Reste que Bordeaux doit aussi montrer qu'elle veut et peut accueillir de nouvelles entreprises, à l'heure où la demande est très forte.

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"Nous sommes pour une végétalisation maximale"

L'architecte urbaniste a déjà fait part de ses interrogations sur le projet lors d'une rencontre avec les maires de Bordeaux et Bègles. Il souhaite désormais s'entretenir avec la direction d'Euratlantique d'ici quelques semaines. La mairie écologiste, quant à elle, ne s'est pas encore exprimée publiquement pour appuyer l'implantation d'un parc de 2 hectares. La municipalité a déjà pris à sa charge le surcoût représenté par la création du parc proposé par Euratlantique, soit 1,2 million d'euros.

"Nous sommes pour une végétalisation maximale, nous allons pousser le curseur au maximum" déclare Olivier Cazaux, tout en rappelant : "Quand nous avons remporté la mairie, rien n'était prévu en termes d'espaces verts. Nous héritons d'un dossier qui a une dizaine d'années." Même son de cloche du côté du maire Pierre Hurmic, interpellé par les habitants du collectif lors du conseil de quartier du 8 juin. Un conseil où était présente Valérie Lasek, directrice générale d'Euratlantique, malgré cette "période de réserve électorale". Les membres du conseil d'administration de l'EPA vont se retrouver ce vendredi 17 juin pour fixer la feuille de route. Et relancer d'ici 2023, l'un des derniers chantiers de la vaste opération d'aménagement.

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