Bordeaux Métropole : le métro va-t-il se réinviter dans le schéma des mobilités ?

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Le réseau de métro (ligne bleue et ligne jaune) à Bordeaux ayant fait l'objet d'une brève étude de faisabilité en 2019.
Le réseau de métro (ligne bleue et ligne jaune) à Bordeaux ayant fait l'objet d'une brève étude de faisabilité en 2019. (Crédits : Étude exploratoire sur la réalisation d’un métro à Bordeaux, septembre 2019)
Ecartée par le président de la Métropole, Alain Anziani, l'hypothèse d'un métro à Bordeaux pourrait pourtant s'inviter à nouveau dans les débats. Plusieurs élus de la majorité de gauche entendent peser pour que de nouvelles études soient menées dans le cadre du futur Schéma des mobilités.

"Je reste convaincu qu'il faudra rouvrir très sérieusement le dossier du métro avant la fin du prochain mandat, probablement dans trois ou quatre ans", déclarait à La Tribune, début 2020, Patrick Bobet, l'ex-président de Bordeaux Métropole désormais chef de file de l'opposition de droite. Il s'exprimait paradoxalement quelques mois après avoir entériné la mort du projet d'une ou deux lignes de métro, jugé incompatible avec les moyens budgétaires de la Métropole. Très impopulaire chez les candidats aux municipales l'an dernier, l'hypothèse d'un métro était cependant jugée légitime, faisable techniquement et rentable économiquement dans les conclusions d'une étude exploratoire menée à la demande de la Métropole en 2019. Un métro à l'horizon 2035 viendrait en outre soulager le réseau de tramway existant qui touche déjà ses limites.

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Un an plus tard, la Métropole, désormais présidée par le socialiste Alain Anziani, vient de commander à l'Ifop un sondage d'opinion sur les habitudes de déplacements des habitants à l'ère du Covid. Si le métro ne figure pas parmi les questions posées, plusieurs éléments favorables ressortent néanmoins des réponses des sondés. Ils expriment ainsi une demande de transports en commun mieux interconnectés, plus fiables, plus fréquents, plus sûrs et plus confortables... tout en réclamant davantage de place en surface pour les pistes et aménagements cyclables, pour les cheminements piétons mais aussi pour les places de stationnement !

"Le métro présente trois inconvénients majeurs"

Or, l'espace public n'étant pas infini, un seul mode de transport répond à ces injonctions parfois contradictoires : le métro. De quoi convaincre Alain Anziani de réfléchir au sujet ? Absolument pas répond l'intéressé interrogé par La Tribune ce mardi 9 mars :

"Le métro présente trois inconvénients majeurs. Le premier c'est son coût qui est dix fois plus important que celui d'un tramway, qui tourne autour de 25 millions d'euros du kilomètre, et se chiffre donc en centaines de millions d'euros ! Le deuxième c'est le temps très long d'élaboration entre la décision politique et la réalisation de l'infrastructure puisqu'il faut compter dix à quinze ans. Le troisième c'est l'ampleur d'un tel chantier qui viendrait bouleverser le réseau de transports en commun de solutions de mobilité en surface."

Le chiffrage de l'étude réalisée en 2019 pour le compte de la Métropole évaluait le coût moyen du métro à 90 millions d'euros par kilomètre, l'investissement total grimpant à 1,4 milliard d'euros pour une seule ligne et à 2,7 milliards pour deux lignes. Et le président de Bordeaux Métropole d'ajouter que "les besoins de mobilité dans dix ou quinze ans seront peut-être profondément évolué avec des usages du vélo, de la marche, du RER métropolitain, du téléphérique, du numérique qui nous permettront d'être au rendez-vous sans avoir besoin du métro." De quoi enterrer définitivement le projet ? Pas si sûr à en croire les alliés directs d'Alain Anziani.

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Une nouvelle étude dans les tuyaux ?

Car en réalité au moins deux des trois vice-présidents chargés du sujet, l'écologiste Clément Rossignol-Puech (stratégies des mobilités et mobilités alternatives) et la communiste Claude Mellier (infrastructures routières et ferroviaires) militent pour qu'une nouvelle étude soit lancée sur la faisabilité d"un métro à Bordeaux. "Il y a désormais des outils pour creuser sans bouleverser la surface. Il faut travailler le sujet du métro plus en détails avant de se prononcer. Nous allons d'ailleurs mener des auditions sur le sujet, à commencer par l'association Métro de Bordeaux dans les tous prochains jours", explique à La Tribune Claude Mellier. "Le RER Métropolitain ne résoudra pas tout, ce n'est qu'une partie de la solution. Et si le métro est un projet à quinze ans, il faut bien commencer à y réfléchir sérieusement à un moment donné", ajoute l'élue communiste de Mérignac qui pousse activement au sein de la majorité de gauche pour qu'une nouvelle étude soit menée dans le cadre du futur Schéma des mobilités. S'il est acquis qu'un projet de métro ne sera pas inscrit au Schéma des mobilités, une étude exploratoire pourrait en revanche y figurer.

Ce schéma, qui doit prendre le relais du SDODM (schéma directeur opérationnel des. déplacements métropolitains) voté en 2016, doit être finalisé cet été. Il est sous la responsabilité de Clément Rossignol-Puech qui se dit aujourd'hui favorable à l'exploration de cette hypothèse pour préparer le long terme : "Oui, je pense qu'il faut regarder ce sujet de près pour préparer l'après 2030, l'après RER Métropolitain. Je souhaite donc qu'une étude un peu plus poussée soit menée dans le cadre de nos réflexions sur les mobilités de demain", confirme-t-il à La Tribune. Une seule majorité mais plusieurs sons de cloches à Bordeaux Métropole. Comme sur le sujet de l'aéroport et des Girondins de Bordeaux.

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