Gironde : Jean-Luc Gleyze favorable à des "assises du territoire", sous conditions

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Jean-Luc Gleyze souligne les fractures sociales et territoriales qui traversent la Gironde et refuse toute fusion entre le Département et la Métropole de Bordeaux.
Jean-Luc Gleyze souligne les fractures sociales et territoriales qui traversent la Gironde et refuse toute fusion entre le Département et la Métropole de Bordeaux. (Crédits : PC / La Tribune)
Lors de ses voeux, le président du Département a souligné les fractures sociales et territoriales qui traversent la Gironde et nourrissent la mobilisation des Gilets jaunes. Plan très haut débit, contrats avec les villes moyennes, expérimentation du revenu de base, Jean-Luc Gleyze a également mis en avant les actions de la collectivité pour y remédier. Répondant favorablement à la proposition d'Alain Juppé de tenir des "assises du territoire", il conditionne sa participation au rejet par le président de la Métropole du projet de fusion avec le Département.

"La métropole bordelaise est une chance pour ce département", a rappelé d'entrée le président (PS) du conseil départemental de Gironde lors de ses voeux à la presse, jeudi 10 janvier 2019. Mais alors que le mouvement social inédit des Gilets jaunes secoue le département, de manière plus intense qu'ailleurs, depuis le 17 novembre dernier, Jean-Luc Gleyze est aussi revenu sur "les fractures territoriales qui existent au sein de la métropole et en Gironde entre la métropole dense, sa première couronne, les zones d'habitats diffus, les zones rurales et littorales et qui sont la raison de la mobilisation forte que nous connaissons. La métropole est bien dotée en équipements et en services et cela crée parfois un sentiment de relégation dans territoires ruraux." Il a fermement condamné les violences de ces derniers mois à l'encontre des bâtiments publics, des journalistes et des élus locaux et nationaux, tout en rappelant que certaines des revendications des Gilets jaunes sont légitimes.

Assises du territoire : "oui, mais"

Réagissant à la proposition formulée la veille par Alain Juppé, le maire de Bordeaux et président de Bordeaux Métropole, d'organiser des "assises du territoire" avec le Département et la Région, pour répondre aux sentiments de relégation de certains territoires et habitants de Gironde, l'élu socialiste s'y montre favorable, sous conditions :

"Cette proposition est une bonne nouvelle, c'est une prise de conscience, une lucidité nouvelle. Je le défends depuis longtemps : il faut travailler à l'interdépendance des territoires ! C'est donc une proposition intéressante à laquelle je participerai volontiers mais avec un prérequis : Alain Juppé doit se prononcer clairement contre le projet de métropolisation du Département. Si c'est le cas, nous travaillerons collectivement avec la Métropole, la Région et les services de l'Etat pour trouver des solutions communes et concertées."

En fin politique, Jean-Luc Gleyze veut donc assurer la pérennité du Département en s'assurant de planter le dernier clou dans le cercueil du projet de fusion entre le Département et la Métropole. Projet qui semble s'éloigner chaque jour davantage faute de concrétisation. En effet, le gouvernement semble avoir désormais d'autres sujets de préoccupations et si aucun texte n'est adopté définitivement au Parlement avant le 31 mars, la fusion ne pourra intervenir à court terme compte tenu des élections municipales du printemps 2020.

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Bien que des instances de coopération entre collectivités existent déjà, la tenue d'assises du territoire peuvent permettre, selon Jean-Luc Gleyze, d'approfondir ces démarches concertées et de les élargir à tous les sujets, en particulier ceux soulevés par les citoyens. Quant au grand débat national annoncé par le chef de l'Etat, l'élu local se montre plus circonspect :

"La réalité quotidienne de beaucoup de Français, ceux qui n'ont rien et qui sont dans la grande pauvreté ou ceux qui ont trop peu comme les agriculteurs, les artisans ou les aidants de personnes âgées ou handicapées, n'est pas une nouveauté même si certains ne voulaient jusque là pas la voir. Le vrai sujet du gouvernement lors de ce débat sera de ne pas faire naître de faux espoirs auprès de la population."

Trois nouveaux contrats "villes d'équilibre" en préparation

L'élu girondin préfère donc s'en remettre aux actions visibles sur le terrain. C'est le cas du déploiement du réseau de fibre optique, le plan Gironde Haut Méga, qui branchera les premiers foyers girondins à la fin de l'année et qui vise le raccordement de tous les habitants d'ici six ans. C'est aussi la protection de l'enfance, les allocations individuelles de solidarité ou encore le plan de construction de nouveaux collèges.

S'y ajoutent les contrats de villes d'équilibre signés entre le Département et certaines villes moyennes. Objectif : réduire les inégalités territoriales et renforcer leur rôle de centralité en finançant de nouveaux équipements et services publics et en participant à la revitalisation de leur centre-ville. "Quand un territoire rural décroche, c'est souvent parce que la ville secondaire autour de laquelle il s'articule a décroché. Il faut donc mailler le département de pôles d'équilibre et consolider sa structure urbaine secondaire", considère ainsi l'élu girondin. Libourne et Lesparre-Médoc ont été les premières concernées mi-2018, suivies par La Réole avant très prochainement Castillon-la-Bataille puis Langon et Saint-André-de-Cubzac.

L'expérimentation du revenu de base avance

Sur le volet social, Jean-Luc Gleyze poursuit inlassablement son travail de conviction pour lancer "une expérimentation sans dogmes ni certitudes sur un revenu de base". Désormais épaulé par 17 autres président de Départements, il estime que la contestation des Gilets jaunes conforte la nécessité d'expérimenter ce dispositif. "Est-ce que le revenu de base est une réponse à ce mouvement ?Je ne sais pas mais ça mérite d'être discuté et étudié", glisse-t-il.

Pour en parler, le président du conseil départemental sera reçu le 14 janvier par la girondine Christelle Dubos, secrétaire d'Etat auprès d'Agnès Buzyn, la ministre des Solidarités et de la Santé. C'est la première fois que l'exécutif manifeste un intérêt pour la démarche. "Il y a visiblement une curiosité du gouvernement vis-à-vis de cette expérimentation, de son déroulement et de son évaluation. Le revenu de base fait aussi écho au revenu universel d'activité évoqué par Emmanuel Macron lors de la présentation du plan pauvreté en septembre dernier. On peut tout à fait imaginer une expérimentation commune", fait valoir le président du conseil départemental.

Dans la foulée, il rencontrera le 15 janvier les députés de la commission des affaires sociales qui examineront prochainement la proposition de loi d'expérimentation territoriale visant à instaurer un revenu de base, déposée le 18 décembre par des députés socialistes. Ce texte propose une durée de trois ans pour expérimenter une prestation sociale unique, automatique et inconditionnelle dans des départements volontaires.

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