Gironde : la piste de la fusion département-métropole plus que jamais refroidie

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Alain Juppé réfléchit encore à l'opportunité et surtout à la faisabilité d'une fusion de Bordeaux Métropole et du Département de la Gironde. En coulisses, plus grand monde n'y croit.
Alain Juppé réfléchit encore à l'opportunité et surtout à la faisabilité d'une fusion de Bordeaux Métropole et du Département de la Gironde. En coulisses, plus grand monde n'y croit. (Crédits : La Tribune / Mikaël Lozano)
A l'issue de réunions avec le gouvernement, Jean-Luc Gleyze réitère son opposition au projet de fusion entre le Département de la Gironde et Bordeaux Métropole. De son côté, Alain Juppé s'interroge sur l'opportunité tant politique qu'économique d'un tel projet à l’approche des élections municipales. Toutes les options sont officiellement encore sur la table mais, en coulisses, plus grand monde ne croit que la fusion aboutira.

Après le retrait de Lille et Nantes, trois binômes de collectivités locales sont encore pressenties pour fusionner à l'horizon 2020 : Bordeaux Métropole et la Gironde, Toulouse Métropole et la Haute-Garonne et Nice Métropole Côte d'Azur et les Alpes-Maritimes. Mais pressenties ne signifie pas enthousiastes, loin s'en faut. Les présidents des trois métropoles ont été reçus par Jacqueline Gourrault, la ministre de la Cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, le 27 novembre, qui a ensuite rencontré les trois présidents des Départements le 29. A l'issue de ces entretiens, les premiers ont salué la volonté de dialogue de la ministre tandis que les seconds ont réaffirmé, dans un communiqué commun, "leur opposition totale à une métropolisation imposée sur leurs territoires" et "la nécessité de respecter la double volonté locale des métropoles et des conseils départementaux concernés"

Le modèle envisagé par le gouvernement est celui mise en œuvre à Lyon depuis 2015 : la Métropole de Lyon a absorbé sur son périmètre les compétences du département du Rhône (collèges et dépenses de solidarité notamment), ce dernier étant désormais cantonné aux territoires ruraux et périurbains entourant la métropole. Sachant que la nouvelle ministre a affirmé "qu'il n'a jamais été question d'imposer un tel rapprochement à qui que ce soit".

L'option d'un retrait est sur la table

L'opposition de Jean-Luc Gleyze, le président du Département de la Gironde, était déjà connue tandis qu'Alain Juppé, le président de Bordeaux Métropole, se déclarait plutôt favorable au projet tout en restant prudent et en posant ses conditions. Mais, deux mois plus tard, l'ancien Premier ministre, qui ne débordait déjà pas d'enthousiasme, semble de moins en moins convaincu par cette perspective. Selon nos informations, il a ainsi évoqué, lors du bureau métropolitain ce 29 novembre, la possibilité de se retirer de la démarche.

Alain Jupppé a ainsi souligné les obstacles qui demeurent à l'aboutissement d'une fusion. Sur la forme, le calendrier risque, avec le dépôt d'un projet de loi début 2019, de se télescoper avec la campagne des élections municipales. Sur le fond, le maire de Bordeaux considère comme un préalable indispensable le règlement du différent entre l'Etat et les Départements sur le financement des aides sociales. En Gironde, pour la seule année 2017, le reste à charge pour le département au titre des trois allocations individuelles de solidarité s'élève ainsi à 248,9 M€, soit 160 € par habitant, et Alain Juppé ne souhaite évidemment pas récupérer la note.

Coup de froid

Officiellement rien n'est décidé. L'entourage d'Alain Juppé assure qu'il "réfléchit toujours à l'opportunité de poursuivre, ou pas, le processus" et qu'il reste favorable au principe d'une fusion. Mais, en pratique, compte tenu du calendrier politique et des enjeux financiers, on ne trouve plus beaucoup d'élus métropolitains qui croient encore que le processus aboutira au cours des 18 prochains mois. "La piste de la fusion était assez chaude il y a quelques mois mais il faut bien dire qu'elle s'est quelque peu refroidie dernièrement. La fusion va dans le sens de l'histoire... mais peut-être pas de l'histoire immédiate. Il faudra probablement attendre encore un peu", confie ainsi un proche du maire de Bordeaux.

La modération inébranlable d'Alain Juppé dissimule mal sa faible adhésion au projet. Une tendance qui ne devrait pas se retourner avec le temps et qui ne manque pas d'être observée de près à Toulouse et à Nice où les présidents des Départements concernés sont également farouchement opposés à une fusion. Et si à Toulouse, les élus métropolitains se sont prononcés le 8 novembre dernier, en adoptant une motion en faveur de la fusion qui n'a pas recueilli l'unanimité, une défection bordelaise pourrait inciter le gouvernement à, finalement, en rester là.

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