Biotechnologies : Treefrog Therapeutics lève 64 millions d'euros et va créer sa première filiale

Avec cette levée de 64 millions d'euros, la startup bordelaise Treefrog Therapeutics vient d'activer un nouveau moteur pour booster sa croissance à l'international et dans le monde des médicaments. En rendant possible la culture des cellules souches (pluripotentes induites) à grande échelle, dans des délais réduits et avec un niveau élevé de qualité, grâce à sa technologie C-Stem, Treefrog Therapeutics est en train de briser un verrou médical historique, notamment pour traiter la maladie de Parkinson

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Frédéric Desdouits est le nouveau directeur général de la biotech Treefrog Therapeutics.
Frédéric Desdouits est le nouveau directeur général de la biotech Treefrog Therapeutics. (Crédits : TreeFrog Therapeutics)

La startup bordelaise Treefrog Therapeutics (Thérapies de la rainette -Ndlr) annonce ce lundi 13 septembre la levée de 64 millions d'euros pour son second tour de table. Cette levée de fonds, près de dix fois plus importante que la première réalisée en mai 2019 et la plus importante jamais réalisée par une jeune pousse bordelaise, marque l'accélération du décollage de la startup. Ce qui explique en particulier que Treefrog Therapeutics ait désormais un nouveau directeur général, en la personne de Frédéric Desdouits.

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Polytechnicien et docteur en neuropharmacologie, ce dernier va remplacer Kevin Alessandri, qui est l'un des cofondateurs de Treefrog Therapeutics, avec Jean-Luc Treillou (président) et Maxime Feyeux (directeur scientifique). Parce qu'une partie des 64 millions d'euros levés va servir à financer la création de la filiale de Treefrog Therapeutics aux Etats-Unis, à Boston. Nouvelle société fille dont Kevin Alessandri va prendre la direction début 2022, entérinant ainsi la naissance d'un groupe.

Des tests sur l'Homme pour la maladie de Parkinson en 2024

Avec sa technologie de rupture, baptisée C-Stem, Treefrog Therapeutics propose une innovation biotechnologique sans équivalent dans le monde pour produire de façon fiable, avec un très haut niveau de qualité, et en très grande quantité les indispensables cellules souches pluripotentes induites (CSPI) nécessaires au développement des thérapies cellulaires. Il s'agit par exemple de fabriquer grâce aux CSPI des doubles des neurones qui auront été détruits par la maladie de Parkinson puis de les greffer chez le patient.

"Cette levée de fonds est bouclée depuis le 14 août. Notre objectif est d'installer la technologie C-Stem pour qu'elle puisse être utilisée par le plus grand nombre. Pour y arriver, C-Stem devra d'abord répondre aux critères GMP (good practice manufacturing, pour bonnes pratiques de fabrication -Ndlr). Dans nos objectifs thérapeutiques nous travaillons sur des candidats médicaments pour la maladie de Parkinson, avec les premiers tests sur l'Homme qui devraient avoir lieu d'ici 2024. Notre technologie permet de fabriquer des neurones dans des tubes à essai puis de les greffer : nous sommes les seuls à pouvoir le faire", éclaire pour La Tribune Frédéric Desdouits.

Trois à cinq ans d'avance sur tout ce qui se fait dans le monde

Le directeur général évoque plusieurs millions d'euros à investir dans la filiale qui va voir le jour début 2022 à Boston et qui devrait employer une quinzaine de personnes. Les Etats-Unis sont au cœur des plus gros programmes d'investissements dans les nouvelles thérapies géniques ou cellulaires. Impossible, donc, de faire l'impasse sur cette locomotive mondiale. Le Japon, où Treefrog Therapeutics ouvrira sa deuxième filiale à l'étranger courant 2022 est une super-pointure scientifique sur le sujet.

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"Ne vous méprenez pas, Treefrog Therapeutics va rester une entreprise française ! Nous avons vu des dizaines d'investisseurs et d'experts sur le sujet des cellules souches. Nous avons entre trois et cinq ans d'avance sur tout ce qui se fait dans ce domaine dans le monde. Mais nous sommes une jeune société qui doit encore prouver qu'elle va être capable d'être au rendez-vous. Côté emploi, nous avons actuellement 45 contrats à durée indéterminée, des stagiaires et des thésards, soit une cinquantaine de personnes. Nous devrions embaucher 20 à 25 personnes de plus d'ici la fin de l'année", souligne le directeur général.

Un rendez-vous que la startup semble ne pas pouvoir manquer.

Des investisseurs publics, privés, français, américains

En avril dernier, Treefrog Therapeutics a réussi à produire 15 milliards de cellules souches pluripotentes induites. Une première mondiale qui est encore venue confirmer si besoin était qu'avec C-Stem la startup bordelaise détient les clés d'une nouvelle dimension thérapeutique. Et c'est bien l'énormité de ce potentiel biotechnologique, dont la robustesse ne cesse d'être validée au fil des tests grandeur nature, qui explique la forte montée en puissance de ce deuxième tour de table financier de Treefrog Therapeutics.

La startup agrège ainsi autour d'elle les acteurs publics, liés à l'Université de Bordeaux et à la Région Nouvelle-Aquitaine, qui ont été les premiers à la soutenir, tout en attisant l'intérêt des investisseurs privés ou parapublics. Engagé dans ce deuxième tour de table, le fonds Large Venture, de Bpifrance, appartient naturellement au cercle des chevaliers blancs de l'innovation tricolore, et s'est engagé dans l'opération aux côtés du fonds d'investissement américain Leonard Green & Partners, mais aussi du groupe pharmaceutique Bristo Myers Squibb (BMS), bien connu en Aquitaine pour avoir été propriétaire des laboratoires Upsa, à Agen, qu'il a revendu en 2019 au groupe japonais Taisho.

"Avec cette levée de fonds et l'arrivée de Frédéric, TreeFrog change radicalement de dimension, éclaire Kevin Alessandri, futur patron de la filiale américaine. Expert en stratégie et en management de sociétés pharma et biotech, poursuit-il, Frédéric apporte plus de 25 années d'expérience dans la gestion d'équipes en forte croissance en France et aux Etats-Unis. Nous sommes également maintenant soutenus par Bristol Myers Squibb, un groupe pharmaceutique pionnier des thérapies cellulaires et par des investisseurs de tout premier plan, décidés à créer un leader mondial.

Enfin, je tiens à remercier l'Etat français et la Région Nouvelle-Aquitaine, souligne le cofondateur de Treefrog Therapeutics, pour leur soutien important en vue de la création d'une filière industrielle capable de produire en France des milliards de cellules thérapeutiques pour des millions de patients. Le financement, le management et la gouvernance sont maintenant sécurisés et alignés pour réussir à traiter les premiers patients en 2024".

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Comme le précise l'entreprise, le fonds d'investissement européen Xange, leader sur le premier tour de table, est également présent au second, ainsi que les investisseurs de la région, qu'il s'agisse d'Aquiti Gestion, Irdi Capital Investissement, Galia Gestion, la Satt Aquitaine Science Transfert et BNP Paribas Développement

On ne sait rembobiner les cellules que depuis 2012

Avec C-Stem, Treefrog est en train de lever un obstacle colossal au développement des CSPI et détient les clés d'un tout nouveau champ thérapeutique aux perspectives révolutionnaires. Les cellules souches ne supportent pas d'être cultivées dans des boites de Petri comme toutes les autres cellules : un milieu tellement hostile pour elles qu'il les pousse au suicide (apoptose). D'où l'incapacité jusqu'ici des laboratoires pharmaceutiques à répondre à la gigantesque demande non satisfaite en CSPI pour développer des thérapies cellulaires. Avec une image forte à la clé, puisqu'il faut débourser 10 millions d'euros pour obtenir un seul kilo de ces cellules.

Il est plus facile de comprendre la complexité des enjeux biotechnologiques soulevés actuellement quand on sait que l'invention des CSPI est elle-même récente, qu'elle n'a pas plus de dix ans. C'est en 2012 que sont apparues les premières cellules souches pluripotentes induites, des cellules adultes qui ont été ramenées à leur état premier. Les CSPI sont des cellules adultes qui ont été littéralement rembobinées jusqu'à leur stade fœtal, qui les rend capables de fabriquer à nouveau n'importe quel type d'organe du corps (peau, poumon, foie, os...). Une prouesse scientifique qui a valu à ses auteurs, les professeurs Shinya Yamanaka (université de Kyoto) et le Britannique sir John B. Gurdon (Université de Cambridge), le prix Nobel de Médecine en 2012.

En organisant la culture des CSPI dans des nano-compartiments en trois dimensions, C-Stem supprime le stress qui leur est fatal dans les boites de Petri. Du jamais vu !

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