Le coronavirus a déclenché une crise boursière plus violente que celle des "subprimes" de 2007

 |   |  810  mots
Les marchés sont emportés eux aussi par un choc psychologique de très forte magnitude.
Les marchés sont emportés eux aussi par un choc psychologique de très forte magnitude. (Crédits : CC Pixabay by Gerd Altmann)
Incroyable mais vrai, l'impact boursier de l'épidémie de coronavirus, alias Covid-19, a frappé les marchés boursiers avec la violence d'un éclair bien plus foudroyant que celui généré par la crise des "subprimes", qui a démarré en 2007, selon Axel Champeil, patron de la société financière bordelaise Champeil. Pourtant il ne devrait pas avoir les mêmes effets économique et financier dévastateurs : parce que les Etats -même affaiblis- sont prêts à faire face, analyse pour La Tribune le PDG.

"Avec la crise provoquée par le coronavirus, la bourse est prise de mouvements de panique très impressionnants. Au début c'était une simple correction des marchés, tout à fait normale, mais aujourd'hui on assiste à des comportements incompréhensibles, irrationnels, typiques d'une crise de panique. Il est donc désormais très difficile de savoir si la valorisation des entreprises cotées sur le marché a quelque chose à voir avec leur valeur réelle", éclaire Axel Champeil.

Lire aussi : Grâce à la Réserve fédérale, les marchés repartent de l'avant

Le PDG de la société financière bordelaise éponyme estime que la frénésie d'achat des consommateurs dans les hyper et supermarchés est de même nature que la panique qui a saisi les négociants sur le marché boursier. "Cela fait penser à une prophétie autoréalisatrice", diagnostique-t-il. Un syndrome psychologique généré par la peur qui pousse les gens à faire exactement ce qu'il faut pour que la catastrophe qui les angoisse finisse par arriver.

Le spectre de la prophétie autoréalisatrice

Ainsi, dans le cadre d'une prophétie autoréalisatrice, les consommateurs seraient moins motivés par la nécessité de couvrir leurs positions, en accumulant des stocks de marchandises sans rapport avec leurs besoins réels, que par la nécessité de hâter la survenue d'une catastrophe qu'ils jugent inconsciemment inévitable. Un comportement masochiste qui se retrouverait aussi - d'une manière inversée - chez les traders. Ces derniers feraient ainsi exactement la même chose en vendant à découvert et à toute vitesse afin de perdre le moins possible, générant ainsi une chute des valeurs cotées de plus en plus étendue et rapide.

A cause d'un contexte imprévisible où plus aucune analyse prédictive ne fonctionne. Cette incertitude massive et impossible à réduire par des calculs probabilistes devenant l'amorce évidente pour tous les opérateurs d'un krach boursier. La question qui hante désormais tous les analystes est de savoir ce que pèse la crise financière actuelle par rapport à celles de 1987 et de 2007. Sachant que la crise n'est pas, ce coup-ci, venue des marchés financiers avant de toucher l'économie réelle, mais au contraire d'un choc économique violent, qui a très vite frappé les marchés.

Lire aussi : Coronavirus : les CCI de Nouvelle-Aquitaine déploient leurs cellules de crise

Une réaction très rapide et positive du gouvernement

"Ce que le CAC 40 a perdu depuis le début de la crise du coronavirus en France, il y a trois semaines, c'est l'équivalent de ce qu'il avait perdu lors de la crise des « subprimes » de 2007 au bout de 14 mois ! C'est réellement très violent. Par contre il est toujours très difficile de faire des comparaisons avec d'autres crises. Par rapport à 2007, cette crise du coronavirus a entrainé une chute beaucoup plus rapide des marchés financiers. Il en va de même pour la réaction politique, qui est, elle aussi, beaucoup plus rapide, tout comme l'impact économique, qui a précédé les autres chocs", déroule Axel Champeil.

La réaction politique est au rendez-vous, comme l'a démontré Emmanuel Macron, en annonçant un gigantesque plan financier de soutien aux entreprises mais aussi la non application de la réforme de l'assurance chômage qui devait démarrer au 1e avril prochain. Un virage incontournable pour éviter un choc systémique dévastateur juge Axel Champeil, qui soulève néanmoins quelques questions.

Neutraliser le Covid-19 en huit semaines pour que ça passe

"Les Etats, en difficulté financière depuis la crise des subprimes, n'ont plus beaucoup de marges de manœuvre mais il fallait bien assurer la protection de la France pour éviter une crise systémique. On peut donc parier qu'il va y avoir un effet de rattrapage économique assez rapide, malgré les dépôts de bilan qui vont arriver. Le plus dur ça va néanmoins être le poids de la dette, car la question de savoir où l'on va trouver l'argent ne change pas. Selon l'adage bien connu, le pire n'est jamais sûr et je ne doute pas que les entreprises du CAC 40 arrivent rapidement à se redresser", pronostique le PDG de Champeil, qui estime que, sur le plan de l'économie, cette crise va être aussi puissante et brève qu'un flash.

Le risque serait que trop de faillites concentrées dans un temps trop court n'entrainent une crise bancaire. Mais comme l'Etat s'est engagé à être volontariste, ce détonateur ne devrait pas pouvoir se déclencher. Si, comme l'anticipent les spécialistes, la crise sanitaire ne dure pas plus de huit semaines, Axel Champeil estime alors que le plus dur sera passé et que l'économie et la bourse repartiront du bon pied.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :